On avance souvent mieux, motivés par les sceptiques…

Ce jeudi 24 novembre dernier, Jean-Yves Fréchette, bien connu ici pour son travail au contact de la twittérature, a accordé une entrevue à Dominic Maurais et Jean-Claude de CHOI Radio X, 98,1. À l’écoute de la conversation, on se rend vite compte que Jean-Yves ne l’a pas eu facile. Ça fait partie du jeu médiatique que de se retrouver parfois en terrain plus «hostile». De fait, Dominic Maurais semblait beaucoup en avoir contre la subvention du MELS si je comprends bien… davantage que contre le projet de l’Institut de Twittérature comparée.

Il m’est arrivé dans ce carnet de réagir face à des gens qui critiquaient la Twittérature pour de mauvaises raisons, n’imaginant pas les efforts nécessaires pour arriver à produire des gazouillis de 140 caractères exactement, se contentant de faire l’association entre médias sociaux, divertissement, facilité et perte de temps. Tout individu qui a passé un peu de temps sur les médias sociaux sait qu’il est possible d’y perdre beaucoup de temps, évidemment. Là n’est pas la question…

Ce que je trouve d’intéressant avec la démarche des animateurs de CHOI Radio X réside dans le fait qu’ils ont invité Jean-Yves à défendre sa position et qu’il l’ont écouté. Ainsi, les auditeurs de cette station ont aussi eu l’occasion d’entendre un «autre côté de médaille» qu’il n’aurait pas eu accès si on en était resté à l’opinion de départ : «ça vient du ministère, bien des chances que ça soit de l’argent jeté par les fenêtres… Au fil de l’entrevue, on voit qu’ils se sont cherchés d’autres cibles à attaquer; souvent, c’est en allant sur le territoire des sceptiques qu’on trouve les meilleurs arguments pour faire valoir l’à-propos de sa démarche.

Bravo Jean-Yves…

L’idée n’est évidemment pas de défendre Twitter, mais le fait d’utiliser tous les moyens à la portée des enseignants qui oeuvrent avec des jeunes de leur temps pour leur apprendre à écrire et à lire, voire de les introduire aux préceptes d’une forme de littérature qui pourrait les conduire vers d’autres formes. Apprendre à jouer avec les mots dans un cadre astreignant, il me semble qu’on doit encourager cela dans nos écoles au Québec.

Au moment où j’arrive à Paris pour participer à une rencontre avec des universitaires Français où la publication Web et l’utilisation des médias sociaux sera au programme, je me dis que l’expression des résistances devra être au coeur de nos préoccupations d’animateurs de la rencontre…

N.B. Complément d’information : «Twitter et l’enseignement du français au secondaire : une entrevue exclusive avec Annie Côté» et «Une langue qui s’étiole, 140 caractères à la fois».

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5 Commentaires
  1. […] Ce jeudi 24 novembre dernier, Jean-Yves Fréchette, bien connu ici pour son travail au contact de la twittérature, a accordé une entrevue à Dominic Maurais et Jean-Claude de CHOI Radio X, 98,1. À l’écoute de la conversation , on se rend vite compte que Jean-Yves ne l’a pas eu facile. Ça fait partie du jeu médiatique que de se retrouver parfois en terrain plus «hostile». De fait, Dominic Maurais semblait beaucoup en avoir contre la subvention du MELS si je comprends bien… davantage que contre le projet de l’Institut de Twittérature comparée . On avance souvent mieux, motivés par les sceptiques… | Mario tout de go […]

  2. Photo du profil de JonathanBoyer
    JonathanBoyer 5 années Il y a

    Mieux vaut tard que jamais pour réagir à vos articles!

    Je me demande pourquoi laisser le genre être décrit par son support. Autrement dit, pourquoi « twittérature », pourquoi pas « microlittérature » et la laisser se modeler au fil des usages. J’ai présentement l’impression que la twittérature est limitée aux possibilités de Twitter. Les 140 caractères conviennent parfaitement à la langue anglaise qui n’utilise pas autant de mots que le nombre qu’exigent le registre soigné en français. Le subjonctif imparfait rencontrera probablement son Waterloo dans la Twittérature 🙂

  3. Photo du profil de Annie Côté
    Annie Côté 5 années Il y a

    La question de Monsieur Boyer est excellente et propose une belle réflexion.

    L’histoire nous apprend qu’un genre littéraire a déjà été défini, non pas par son support comme c’est le cas ici, mais par son moyen: le roman, à la base, était un écrit en langue romane, par opposition au latin. L’usage a voulu que de la langue, le sens de ce mot glisse vers le support et le genre.

    Présentement, deux mots se font concurrence pour parler de cette littérature: la «twittérature» et la «nanolittérature». Wikipédia présente «nanolittérature» comme un terme générique pour ce qui est appelé les formes brèves et qui inclut donc toutes les productions littéraires courtes que ce soit des proverbes, des haïku ou des «tweets» littéraires, indifféremment de leur support. ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Twitt%C3%A9rature )

    Selon moi, l’utilisation du terme «twittérature» a l’avantage de la précision du support et de la brièveté, mais il ne précise pas le genre du contenu: on trouve en «twittérature» des oeuvres narratives, dramatiques et lyriques par exemple. Dans les prochaines années, nous assisterons peut-être à la création de néologismes plus précis. Je conviens cependant qu’on peut ne pas aimer ce mot-valise bilingue.

    Vous écrivez que Twitter convient parfaitement à la langue anglaise qui n’utilise pas autant de mots que le registre soigné en français. Saviez-vous que la langue anglaise comporte beaucoup plus de mots que le français? L’anglais courant peut s’accommoder en effet de peu de mots, mais il faut pas oublier que c’est une langue très riche qui a également plus d’un registre. Je serais curieuse de pouvoir comparer le nombre de mots utilisés pour des production littéraires des registres soignés de ces deux langues. Nous serions peut-être surpris des résultats!

    En terminant, j’aimerais vous dire que d’après moi, le subjonctif imparfait a plutôt dû rencontrer son Waterloo quelque part au vingtième siècle. 😉

  4. Photo du profil de Jean-Yves Fréchette
    Jean-Yves Fréchette 5 années Il y a

    L’imparfait du subjonctif ne trouverait donc pas sa place dans Twitter. Oh ! Le noble temps du maître mode (le plus difficile morphologiquement sans doute à cause de l’accent circonflexe à la troisième personne du singulier) serait d’emblée exclu de Twitter ? Par qui ? Personne n’interdisant quoi que ce soit dans Twitter, rien, mais absolument rien — ni personne — n’empêchera quiconque d’utiliser la belle tournure archaïque du mode démodé. Ni tel mot abscons d’ailleurs, ni telle tournure revêche, ni telle idée dense, ni la métaphore, ni l’oxymoron.

    Twitter est d’abord une terre de liberté : une zone franche. On y trouve de tout : du rien du tout et du trop, du déchet, comme de la quintessence. Il serait donc tout à fait plausible qu’une banalité en arrive un jour à côtoyer sur votre fil un tweet empanaché d’un subjonctif imparfait même si l’opinion générale en arrivait à douter de sa pertinence.

    Mais d’où vient cette inquiétude si répandue que Twitter serait impropre à la consommation pédagogique de contenus difficiles ? D’où vient cette crainte de voir Twitter présumément « affaiblir » l’intelligence de ceux et celles qui l’utilisent ? Car nombreux sont-ils à désespérer de Twitter en prétendant qu’il ne peut véhiculer autre chose que du ragot ou des commentaires à chaud. Et pourtant Bernard Pivot (@bernardpivot1) récemment, dans un de ses tweets, s’inquiétant de sa posture de twitteur, laisse magistralement au subjonctif imparfait le soin d’exprimer toute l’incertitude de son doute : « : Il faudrait que je twittasse combien de fois par jour et par nuit pour être considéré comme un abonné sérieux ? »

    Désolé, monsieur Boyer, l’imparfait du subjonctif a bel et bien trouvé sa place dans Twitter. Au demeurant, et avec l’humour qui teinte bon nombre de ses tweets, @pierrepaulpleau a déjà lancé sur son fil un tweet en 140 caractère pile poil qui conjuguait le verbe « bloguer » à toutes les personnes de l’imparfait du subjonctif : « Sans blague, ça se peut : Que je bloguasse-Que tu bloguasses-Qu’il blogât-Que nous bloguassions-Que vous bloguassiez-Qu’ils bloguassent. » (tweet du mardi 27 octobre 2009).

    Non ! Le micro blogue ne châtre pas d’emblée tout ce qui peut apparaitre techniquement un tant soit peu difficile dans la langue : il le condense, c’est tout ! Et, bien que mon interlocuteur pût en douter, la twittérature le porte en écho.

    Quant à votre question, essentielle entre toutes, à savoir pourquoi laisser le support définir le nano genre, elle mérite réflexion. J’y reviendrai. En attendant, tout le reste est… twittérature !

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