Le PQ s’est trompé

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section du blogue des «spin doctors».

Maintenant que PKP a quitté, le Parti québécois admettra-t-il qu’il a été incapable de bien jouer la carte Pierre Karl Péladeau ?

PKP est entré en politique le 9 mars 2014 et dès sa présentation comme candidat du Parti québécois dans la circonscription de St-Jérôme, on s’est arrangé pour créer une très forte impression. Son poing en l’air a plutôt eu l’effet contraire à celui escompté. Malgré la défaite aux élections générales du 7 avril 2014, les membres du Parti québécois l’ont élu chef dès le premier tour le 15 mai 2015 avec un fort appui de 57,6%.

L’amour rend souvent aveugle.

Même l’avertissement de Jean-François Lisée n’a pas suffit. Michel David a bien résumé la situation à la fin de sa chronique d’hier, « Les orphelins de Pierre Karl Péladeau »:

« Avoir raison est parfois un tort. Certains n’ont jamais pardonné à Jean-François Lisée d’avoir qualifié M. Péladeau de « bombe à retardement ». Il est à espérer que le faible appui (6 %) dont il bénéficie ne le dissuade pas d’entrer dans la course. Les péquistes ont toujours eu du mal à accepter qu’on leur dise leurs quatre vérités, mais ils en ont grand besoin. »

Je ne milite pas au Parti québécois. J’ai voté « oui » les deux fois où un gouvernement du PQ nous a demandé de s’exprimer sur la question nationale, mais je ne comprends pas l’obstination de mes amis péquistes à ne pas me croire quand je dis que je suis passé à autre chose.

Il semble exister une croyance au Parti québécois que sur la base du fait qu’on a déjà été sympathique à l’article UN de cette formation politique, on est « récupérable », à court terme.

Je ne peux pas parler pour les autres, mais en ce qui me concerne, j’ai décroché bien avant l’arrivée du sauveur, actionnaire de contrôle de Quebecor.

Ça n’a pas vraiment à voir avec la façon dont on m’expliquerait le fameux projet de pays ou qui en serait à sa tête.

C’est que j’ai vu le monde changer depuis 1995.

En particulier avec l’arrivée des années 2 000, le désir chez moi et autour de moi de s’affirmer ne passe plus du tout par la souveraineté du Québec, mais par l’inclusion aux réseaux et à l’interconnexion avec les gens d’ici et de partout au monde avec qui je partage des valeurs communes.

En éducation par exemple (c’est un de mes principaux champs d’expertise), je trouve davantage d’affinités pour la réussite scolaire de tous les appétits à apprendre auprès des personnes qui sont convaincus que nous possédons ici au Québec tout ce qu’il faut comme pouvoir pour nous y consacrer. Les personnes qui continuent de revendiquer que hors-du-pays-du-Québec-point-de-salut, me semblent toujours en attentes du Grand Soir, pour agir.

Les solidarités créatives et productives ne sont plus l’apanage de ces personnes qui dans les années 80 et 90 me faisaient tellement rêver.

Je vois bien ce que nous faisons et ce que nous pouvons faire en éducation et je crois que le cadre actuel du Canada est favorable. L’amélioration dépend de nous seuls et de nos solidarités avec ceux, ici ou ailleurs, qui font mieux.

Dans un domaine comme celui de l’éducation, nous possédons dans nos champs de compétences la maîtrise des leviers pour agir. Nous avons réalisé des ententes avec la fédération canadienne quand nous avons eu besoin des décideurs à Ottawa pour faire ces changements. Pauline Marois avait d’ailleurs joué un rôle important dans la manifestation de ces changements.

Les circonstances pourraient peut-être changer un jour, mais en ce moment et pour un bon bout de temps, vaut mieux rêver à même ce qu’on contrôle, négocier des changements à la pièce avec nos partenaires et travailler ensemble sur un projet de société qui améliore vraiment la vie citoyenne et économique des Québécois.

Bref, l’appétit des Québécois pour le Grand Soir est bien mince, et c’est très bien ainsi.

Je respecte ceux qui investissent leurs billes à le garder bien présent, mais je préfère développer de nouvelles solidarités avec le pays réel plutôt qu’avec celui qui est de plus en plus imaginaire.

En ce sens, on comprendra que je juge sévèrement les dernières années du Parti québécois.

En plaçant leur capital politique sur les épaules de PKP, deux fois plutôt qu’une, ils ont non seulement prouvé qu’ils n’étaient pas au diapason des Québécois, mais en plus, de fois en fois, ils se sont obstinés à fuir les raisons de leur échec.

À partir du moment où ils ont mis leur va-tout sur le projet de charte des valeurs sans avoir l’intention de faire des compromis avec ceux étaient prêts à en discuter, ils ont fait la preuve que ce n’est pas l’intérêt du Québec et des Québécois qu’ils poursuivaient.

Le Parti québécois a prouvé ces dernières années qu’il n’a d’intérêt que pour les intérêts du Parti québécois.

Après la défaite du PQ le 7 avril 2014, il m’est souvent arrivé de discuter avec des militants du PQ qui semblaient conscients des erreurs de parcours de leur formation politique. Quand je lisais des textes journalistiques comme celui du 26 janvier 2016 de Régys Caron, je me disais qu’ils étaient sur le point de crever l’abcès et de se demander pourquoi ils s’obstinent à nous faire croire qu’ils envisagent réellement l’arrivée imminente du Grand Soir ?

Ça ne semble pas le cas.

Le Parti québécois se vante constamment en disant qu’il est un parti d’idées.

Des idées ou une idée ?

Je veux bien qu’il y en aient plusieurs, mais depuis quelques temps, la seule perspective de mettre en veilleuse pour un temps l’article UN du parti semble devenue une position intenable au Parti québécois.

S’est ajouté depuis, le dossier du « nous » dont des chroniqueurs comme Mathieu Bock-Côté, Joseph Facal ou Mario Dumont ont tous prévenu que ce serait une grave erreur que de « mettre au rancart le thème de l’identité pour faire « moderne » et « ouvert » ».

Je comprends que les militants du PQ puissent ne pas prendre au sérieux des textes de certains observateurs qui ne partagent pas leur Option et qui affirment comme moi que le Parti québécois ne semble pas apprendre de ses erreurs (1, 2).

Mais en sourdine, j’entends plusieurs militants du PQ qui parlent le même langage que le mien à propos des erreurs.

La vitesse avec laquelle on semble vouloir passer au PQ « du règne » de PKP à la modeste course actuelle à la chefferie me donne à penser qu’on va encore escamoter la nécessaire discussion sur les erreurs récentes du parti.

L’erreur d’avoir « manipulé » l’électorat avec la charte des valeurs et de ne pas vouloir l’admettre pourrait conduire à expurger le thème de l’identité des débats des prochaines années.

L’erreur d’avoir joué très fort un candidat et ensuite de l’avoir choisi comme chef, lui qui est reconnu pour n’entretenir aucune envie d’administrer les affaires d’une province et est complètement tourné vers l’accès du Québec à son indépendance. Ne pas vouloir l’admettre pourrait conduire à persévérer en ce sens, invoquant même peut-être que les Québécois ne seraient pas allés au bout de leur « moment Péladeau ».

Je ne milite pas au PQ, mais je vais suivre attentivement le déroulement des prochains six mois.

J’ai un intérêt, entre autres parce que je milite dans une autre formation politique, la Coalition avenir Québec.

J’ai bien hâte de voir si la CAQ sera seule en 2018, parmi les formations politiques au Québec, à défendre un nationalisme « bien ancré dans le réel » et construit « sur une nation qui possède une identité propre ».

À suivre…

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