L’accès à une plus grande autonomie à l’échelle collective et individuelle

N.B. Ce billet est issu d’une série de seize qui identifient des raisons de se doter d’un Ordre professionnel des enseignantes et des enseignants au Québec. L’auteur est René Larouche, professeur retraité de l’Université Laval ayant comme principal champ d’intérêt la sociologie des professions. Je lui offre cet espace de mon blogue parce que j’endosse son travail.
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« Les enseignants s’identifient actuellement surtout à leur discipline, à leur secteur de formation, à leur milieu éducatif ou à leur niveau d’enseignement. Ce sont des liens sans doute indispensables, mais qui ont aussi pour effet de cloisonner et de catégoriser les enseignants selon leur emploi. L’Ordre professionnel permettra de regrouper tout enseignant qui a besoin du « titre d’enseignant » pour exercer sa profession et ainsi de créer un véritable sentiment d’appartenance au groupe des professionnels de l’enseignement. » (Source : Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec, La profession en marche , Bulletin d’information du CPIQ sur l’ordre professionnel des enseignantes et des enseignants au Québec. Numéro 2, mai 1998, p.2)

« L’autonomie professionnelle véritable en enseignement ne sera atteinte que par la création de l’Ordre professionnel, parce que les limites de nos responsabilités reliées à notre enseignement seront enfin définies et reconnues par un code de déontologie, précisant les balises de nos comportements professionnels et les limites de nos responsabilités éthiques, et par des normes d’exercice ou de pratique professionnelle, définissant la profession enseignante et notamment l’acte professionnel d’enseigner. » À titre d’exemple, « la réforme de l’éducation exige des enseignantes et des enseignants autonomes et responsables. C’est ainsi que les normes de pratique professionnelle permettront de distinguer les responsabilités des enseignantes et des enseignants en regard de l’acte d’enseigner proprement dit et en regard de leur rôle dans les établissements scolaires. Les compétences, les responsabilités et les besoins des enseignantes et des enseignants, reliés à l’acte d’enseigner proprement dit, relèveront exclusivement de l’Ordre professionnel. C’est dire que la qualité de l’acte d’enseigner et de la pratique professionnelle sera assurée par des pairs au sein de leur Ordre professionnel. Ainsi, avec un ordre professionnel, les compétences professionnelles des enseignantes et des enseignants ne pourront être évaluées et appréciées que par d’autres enseignantes et enseignants, selon des normes de pratique professionnelle et le code d’éthique de la profession enseignante. » (Source : Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec, La profession en marche, Bulletin d’information du CRIQ sur l’ordre professionnel des enseignantes et des enseignants au Québec. Numéro 6, mai 2001, p.1)

L’Ordre professionnel permettra enfin de définir l’autonomie des enseignantes et des enseignants notamment en ce qui a trait à l’exercice de leur acte professionnel d’enseigner.

« De nombreux cas, au primaire et au secondaire, montrent des empiétements sur l’autonomie professionnelle des enseignants, par exemple sur les approches pédagogiques, sur le matériel pédagogique et didactique, sur l’évaluation des élèves ou sur le classement et le passage des élèves d’un niveau à un autre. L’autonomie professionnelle véritable en enseignement dépend de la création de l’Ordre professionnel des enseignantes et des enseignants parce que les limites de nos responsabilités reliées à notre enseignement seront enfin définies et reconnues par :

  • un code de déontologie, précisant les balises de nos comportements professionnels et les limites de nos responsabilités éthiques;
  • des normes d’exercice ou de pratique professionnelle, définissant la profession enseignante et notamment l’acte professionnel d’enseigner.

C’est ainsi que par la création de l’Ordre professionnel des enseignantes et des enseignants, et donc par la reconnaissance d’un véritable statut professionnel, nous n’aurons plus à nous battre sans arrêt pour obtenir notre autonomie professionnelle qui sera acquise une fois pour toutes. » (Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec, L’intersection, Volume 20, numéro1, novembre 2001, p.8-9)

Le portrait tracé par l’Office des professions souligne bien que chaque enseignant « paraît » disposer d’une marge de manœuvre certaine. De fait, son autonomie est plus apparente que réelle, selon les cas et selon les milieux scolaires. Nous pouvons citer à cet effet un des cas exemplaires rapportés lors de la consultation du CPIQ. En 5e secondaire : lorsque des élèves n’ont pas réussi le cours de mathématique 536, des parents ont contesté les notes et amené la direction d’école à engager quelqu’un d’autre pour élaborer un nouvel examen à faire passer aux élèves, avec la condition que l’enseignant titulaire de la classe ne puisse ni voir l’examen, ni voir les copies d’examen de ses élèves. Le syndicat a dit qu’il n’y avait rien de défini dans la loi ou la convention collective qui lui permette d’intervenir! Ainsi en l’absence de normes de pratique bien définies et de normes éthiques bien établies et reconnues par tout intervenant scolaire, les enseignants peuvent subir de l’ingérence et des pressions multiples dans la pratique de leur enseignement.

Pourtant diverses recherches montrent clairement que l’enseignement est une véritable profession qui correspond à des critères de professionnalisme : la nature de l’acte d’enseigner, développé sous la forme d’un service rendu à un autre, la formation initiale universitaire, d’un niveau de complexité et de durée élevé. Cependant, en regard d’autres critères comme l’autonomie, les responsabilités, l’appartenance à un Ordre professionnel accréditant ses membres et réglementant leur conduite par un code d’éthique, l’enseignement n’est pas encore reconnu socialement comme une profession en raison d’une bureaucratisation du monde de l’éducation qui a eu tendance à reléguer de plus en plus l’enseignant au rang d’exécutant. Ce faisant, c’est nier la nature profonde de l’enseignement qui consiste essentiellement en une relation avec l’autre, une relation dans laquelle le développement de l’autre mène l’enseignant à prendre constamment des décisions multiples et à faire des choix au plan professionnel dans ses pratiques, malgré l’absence de normes de pratique et au plan éthique, malgré l’absence de code de déontologie dans le cadre actuel.

« Étant donné la complexité de l’acte d’enseigner, basé sur la capacité de poser un diagnostic sur chaque élève et de mettre en oeuvre des actions pédagogiques et didactiques appropriées selon le type d’élève, selon le niveau, selon la matière ou le champ d’enseignement, selon le contexte scolaire et l’environnement social, seuls des enseignants ayant une expertise et une expérience similaires, peuvent porter un regard pertinent sur la qualité de l’accomplissement des tâches d’enseignement de leurs pairs, afin de suivre efficacement ce que fait l’un d’eux, de pouvoir le guider et, au besoin, de pouvoir l’aider à modifier et à améliorer certains aspects de son enseignement. C’est pourquoi, en aucun cas, des parents, des collègues, des directions d’école, des commissaires, voire même le ministre de l’Éducation, ne sont suffisamment qualifiés ni placés pour juger et évaluer adéquatement l’enseignement donné par un enseignant parce qu’ils n’ont pas la formation, ni l’expertise, ni l’expérience requise, ni l’objectivité nécessaire pour porter un jugement sur l’acte professionnel d’enseigner. À cet égard, l’autonomie professionnelle, nécessaire à la profession enseignante, est souvent battue en brèche et bafouée surtout en raison de l’absence de cadres fixant les normes de pratique et les normes éthiques qu’un Ordre professionnel définirait justement pour assurer et faire respecter l’autonomie de la profession enseignante, dans les limites de l’exercice de l’acte professionnel d’enseigner. »(Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec, L’intersection, Volume 20, numéro 2, mai 2002, p.5)

L’autonomie professionnelle des enseignants est parfois bafouée
« Fréquemment dans les médias, des articles décrivent des situations tout à fait inacceptables constatées dans le système actuel, montrant que l’autonomie professionnelle des enseignants est parfois bafouée et que la qualité de leur enseignement n’est pas garantie en l’absence d’un véritable code d’éthique et de normes d’exercice. Cette réalité permet de nombreuses ingérences extérieures dans l’acte d’enseigner. » (Source : Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec, La profession en marche, Bulletin d’information du CPIQ sur l’ordre professionnel des enseignantes et des enseignants au Québec, Numéro 6, mai 2001 p.5) Quelques situations exemplaires, réellement vécues en enseignement et rapportées dans les médias :
Cas d’ingérence d’un directeur d’école
Un professeur d’anglais a dû réviser les notes données à ses élèves, suite à une intervention du directeur d’école (référence : article du journal La Presse, 24-10-2002).
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Cas d’ingérence d’un directeur pédagogique
Un examen de physique a été pondéré puis repris pour améliorer la moyenne de la classe, suite à une intervention du directeur pédagogique (référence : article du journal La Presse, 24-10-2002).
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Problème lié à la polyvalence des tâches à accomplir
Un enseignant qualifié et compétent pour enseigner le français et la géographie a dû enseigner l’anglais, l’enseignement religieux, le choix de carrière, la formation de la personne et les mathématiques, donc cinq programmes différents en dehors de ses compétences, sans encadrement ni formation continue adéquate (référence : article du journal Le Devoir, 7-08-2002).
(Source : Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec, L’intersection, Volume 21, numéro 1, novembre 2002, p. 5-6)

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