Ils subodorent toute cette attention qu’on leur donne

Note : Ce billet a d’abord été publié au Huffington Post Québec dans la section « blogue ».

Un sondage annuel des salles de rédaction compilé par La Presse canadienne consacre un homme de 30 ans accusé d’avoir assassiné et démembré un étudiant chinois en tant que personnalité médiatique de l’année 2012. Dans Le Devoir d’aujourd’hui, on parle même de son crime présumé comme étant « la Nouvelle de l’année 2012 » au Canada.

À donner l’envie de vomir.

On voudrait stimuler les pulsions meurtrières d’autres criminels potentiels qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

C’est en parcourant le résumé d’une séance de clavardage avec Julien Marcel (co-auteur du livre « Tueurs de masse ») que j’en suis venu à me demander s’il ne faudrait pas d’urgence cesser de porter autant d’attention à ces désaxés qui avant de passer à l’acte anticipent toute l’attention qui leur sera portée…

« Ces meurtriers portent en effet une très grande attention à ce qui sera dit sur eux. Leurs messages démontrent un besoin de se mettre en scène. Les tueurs de masse sont lucides quant au traitement médiatique dont ils vont bénéficier. Dans la grande majorité des cas, ils semblent l’anticiper. Ainsi, ils tentent de décrire le plus précisément possible les caractéristiques de leur geste et d’influencer l’éclairage qui sera donné au massacre en distillant des éléments de langage. Ils construisent en fait de véritable plan de communication. Notons également que ces écrits sont également pour le tueur de masse, une sorte de mise en condition avant de passer à l’acte. En construisant son message, il se persuade du bien – fondé de sa démarche… Pour ce faire, il cherche à rattacher son projet à une forme de rationalité (A titre d’exemple, les tueurs de Columbine, en 1999, rattachaient leur projet au concept de sélection naturelle de Darwin). »

L’autre auteur du livre cité précédemment va dans le même sens dans un billet récent au Huffington Post en France : le besoin immense de reconnaissance publique est en partie le moteur du passage à l’acte.

Gérard De Coninck (Docteur en criminologie), en commentant les récents événements survenus dans l’école primaire de Newtown que tout le monde connaît maintenant, décrit les principales caractéristiques des tueurs de masse dans les institutions d’enseignement et il semble lier le sentiment de vengeance des meurtriers à toute cette attention des médias qu’ils subodorent :

« Dans ce qu’ils considèrent comme « héroïque », les auteurs de ces crimes mettent en cause une société qui ne leur fait pas assez de place. Cette violence représente à leurs yeux une restauration et une compensation symbolique, notamment par le retentissement médiatique prévu. »

Gilles Duceppe l’a écrit avant moi… la Presse Canadienne devrait se voir accorder la mention du manque de jugement de l’année 2012.

En 2013, ne tombons pas collectivement dans le même piège du voyeurisme chronique. Pourquoi ne pas songer à taire le nom de ces barbares ?

Je comprends que les tueries de masse ne datent pas d’hier, mais il faudra demain porter davantage d’attention à ce qui pourrait contribuer à les prévenir.

Cesser de nourrir les fantasmes de la « compensation symbolique » me paraît être un bon départ !

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