Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ?

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C’est le titre d’un article que j’ai soumis en avril dernier à Normand Baillargeon, Philippe de Grosbois, Léa Fontaine et Ricardo Peñafiel, coordonnateurs du dossier «Promesses et périls du monde numérique» de la revue À Bâbord No 35 – Été 2010. L’invitation m’avait été transmise en ces termes par Normand Baillargeon:

«La revue À Bâbord publiera cet été un dossier sous le titre: Promesses et périls du monde numérique. On y prévoit deux textes de 1 000 mots sur l’éducation. Le premier parlerait des promesses; le deuxième apporterait des bémols. Je ferai le deuxième. Feriez-vous le premier? Ce n’est pas un débat et les deux textes ne se répondent aucunement (je vous enverrai le mien d’avance, si vous le souhaitez).»

Finalement, je n’ai pas lu celui de M. Baillargeon, ni les autres qui composent le dossier; je devrais bientôt recevoir une édition de la revue que je vous invite à vous procurer. Pour le moment, je ne vois aucun des textes en ligne, mais il n’est pas impossible que quelques-uns apparaissent sur le site de À Bâbord dans les prochains jours. Je reproduis donc mon texte sous l’hyperlien plus bas…

Mise à jour du 27 novembre 2010: L’article est maintenant en ligne sur le site de la revue.

Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras?
L’information circule plus vite que jamais par l’explosion des dispositifs numériques et des usages. Les gens disposent de nouveaux moyens pour s’affirmer et plusieurs s’en servent; là s’arrêtent les certitudes sur ce qu’on observe en terme de valeur ajoutée par les Technologies de l’Information et des Communications (TIC) en éducation. La conversation qui brise l’isolement, des jeunes plus connaissants et l’avènement d’une vaste communauté d’apprentissage en réseau… c’est de l’ordre de la pieuse promesse. Mais c’est intéressant en diable que de l’envisager. À tout prendre, l’essentiel n’est-il pas de se dire que « le numérique » est – aussi – un espace où se définissent des valeurs!

Depuis l’invention de l’imprimerie par Gutenberg au début du 15e siècle, aucun changement dans le support de diffusion des connaissances n’avait bousculé autant l’ordre établi qu’Internet. La diversité et l’ampleur des usages sur la Toile sont souvent invoquées quand il est question de prendre la mesure des promesses de ce Nouveau Monde. Chacun pouvant devenir producteur de contenu (et diffuser tout genre de textes/sons/images/vidéos sans intermédiaire et sans connaître les langages de programmation), l’internaute contribue à résoudre l’équation de l’accès à l’information dans un mode beaucoup plus distribué. Évidemment, données, informations et opinions ne sont pas nécessairement synonymes de connaissances. Malgré quelques réserves sur certains enjeux, le bilan des acquis mesurables est prometteur. De là à dire que l’accès à plus d’information est toujours un signe de progrès, il n’y a qu’un pas; le propos de cet article ne le franchira pas.

Cela dit, il convient de distinguer entre ce que nous procure actuellement le numérique et ce que les prospectivistes nous annoncent. À travers des dispositifs comme le courrier électronique, les messages textes, les blogues, les wikis, les réseaux sociaux (Twitter, Facebook, etc.) et le clavardage, les internautes d’aujourd’hui occupent l’espace public différemment de leurs aînés au même âge, provoquant une conversation à plusieurs voix et une grande quête d’information tous azimuts. Les façons de chercher du contenu par Internet peuvent contribuer à changer un certain rapport au savoir…

À qui étaient posées toutes ces questions avant Google ?
Le rôle central joué par les moteurs de recherche est au cœur de la nouvelle dynamique de la recherche d’informations et de la quête d’identité. Chaque seconde, les nombreux engins en amont des algorithmes utilisés par les moteurs de recherche ratissent les serveurs qui sont nombreux à ouvrir leurs portes sur le contenu qu’ils renferment. L’information est indexée puis classée selon une logique dont la pertinence reste à prouver. On y enregistre de nombreuses requêtes; en mars 2009, on parlait de près de 294 millions de recherches par jour sur Google seulement (source). Une «culture» du partage a pris forme, à partir de la mise en commun de ce que l’on sait (ou de ce qu’on pense savoir) qui porte les internautes à «demander», avec l’espérance psychique de «trouver». La grande bibliothèque numérique fait le bonheur de plusieurs…

Pourrions-nous dire que nous sommes devenus plus curieux que jamais ? Devrions-nous statuer qu’au-delà de la qualité des informations qui circulent, il y a cette idée que les moyens de s’affirmer sont plus nombreux que jamais et qu’ainsi, la mise en valeur de son identité – ou de son patrimoine – n’a jamais été aussi facile ? On peut au moins se demander si autant de questions étaient posées auparavant ?

Avez-vous déjà « Googlisé » quelqu’un en soumettant son nom dans le célèbre moteur de recherche ? L’exemple des jeunes est intéressant. Ils ne laissent aucun moteur de recherche (Google est le plus connu, mais YouTube est le plus populaire auprès des 12 à 17 ans [source]) décider à leur place de l’image qui pourrait émerger d’une requête à partir de leur patronyme. Le producteur de contenu d’aujourd’hui sait qu’il peut avoir une influence sur le classement avec les outils qui sont mis à sa disposition. Anderson (2004) a bien expliqué comment le marché quasi monopolistique des gros producteurs traditionnels s’est fait rattraper, voire dépasser, par une multitude de petits producteurs de contenu (ou de relayeurs, c’est selon). L’économie de l’information s’en trouve radicalement transformée quand on applique ce raisonnement au mode actuel de la vie en société : les réseaux prennent maintenant toute leur importance et les grands relayeurs, les masses médias, n’ont plus le monopole de la transmission. C’est ce qu’on appelle la «longue traîne», caractérisée par cette longue liste de petits générateurs de contenu. Ces «petits» se voient déjà «grands»!

La publication Web… un puissant levier pour apprendre
Plusieurs sont d’avis que la pratique carnetière (l’utilisation des blogues) et les autres formes de publication web participent au repérage et à la construction d’une identité numérique de plus en plus affirmée. Ces dispositifs mettent à la disposition de la communauté éducative des outils motivants qui transportent le travail en contexte de communauté. Si apprendre est un acte social, apprendre par le Web l’est d’autant plus; le numérique procure à chacun le moyen de ses ambitions ! L’éducation civique pourrait profiter de ce dialogue ainsi établi…

De plus, les gens écrivent et lisent davantage au contact du numérique. Ils ne deviennent pas automatiquement de meilleurs auteurs ou de bons lecteurs, mais… pour un jeune, faire ses travaux pour la planète plutôt que pour un prof, ça change la perspective!

Parce que les jeunes veulent être fiers de l’image qu’ils projettent sur leurs sites web personnels, ils font davantage l’effort d’apprendre à affiner les stratégies de vérification de leurs textes et sont plus soucieux d’apprendre les règles de grammaire. Pour commenter de façon plus pertinente, ils apprennent à bien décoder les intentions d’écriture de ceux qui commentent leurs billets. Motivés à mieux argumenter, les élèves lisent avec plus d’attention puisqu’une réponse bien envoyée leur assure d’autres commentaires et ainsi… plus de notoriété. L’écriture et la lecture ainsi placées dans des contextes signifiants pour chacun deviennent des activités motivantes. Ils sont portés à s’améliorer pour être reconnus comme de bons lecteurs et de bons auteurs. Ils comprennent davantage que c’est par la répétition et le raffinement de leur processus de lecture et d’écriture qu’ils arrivent à atteindre des hauts standards de réussite.

Plusieurs éducateurs le pressentent : le levier (pourrait-on dire «le moteur») principal de développement de l’individu est la quête d’identité. Or, les réseaux sociaux répondent parfaitement à cette quête… «J’existe, et je sais que j’existe dans la mesure où j’obtiens un écho fréquent de mon existence. Savoir que je suis important pour quelqu’un, plusieurs fois dans la même journée, me construit.»

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3 Commentaires
  1. Photo du profil de BenoitOuellet
    BenoitOuellet 11 années Il y a

    Quelle belle réflexion! Au coeur du concept de l’utilisation positive d’un puissant média qui offre la plus belle richesse sociale: accès et diffusion de l’information. Et cette information, si précieuse à une évolution des pensées, à une « éventuelle » maturité sociale, a trouvé une voie phénoménale d’accessibilité dans le web.
    Quel sera la contrepartie de M.Baillargeon? J’irai certainement la lire lorsque le numéro de « À Babord » sera disponible. Toutefois, sachant qu’à toute innovation, il y aura toujours des aspects positifs et négatifs, c’est dans son utilisation concrète et dans ses tendances lourdes inévitables que le « bon » côté prédominera sur le « mauvais » (ou vive et versa).
    En ce sens, ce sont toujours l’accessibilité et le « nombre » d’adeptes, qui ont été le moteur et la source du succès de l’innovation. Les réticences écclésiastiques devant l’invention de Gutenberg à voir la Bible disponible pour tous n’ont pas empêcher l’imprimerie à devenir une des plus grandes inventions de l’histoire de l’Humanité. Au contraire! C’est exactement ce phénomène que le web 2.0 a amené à Internet: démocratisation et accessibilité.
    « Parce que les jeunes veulent être fiers de l’image qu’ils projettent sur leurs sites web personnels, ils font davantage l’effort d’apprendre à affiner les stratégies de vérification de leurs textes et sont plus soucieux d’apprendre les règles de grammaire. Pour commenter de façon plus pertinente, ils apprennent à bien décoder les intentions d’écriture de ceux qui commentent leurs billets »
    En 2003, dans une autre vie déjà, alors que tu étais directeur d’école et que tu implantais ce concept révolutionnaire d’intégration du web dans le processus d’apprentissage, tu m’avais dit quasi textuellement cette phrase que je n’ai jamais oubliée. Cette approche m’avait fasciné et avait complètement (radicalement) changer ma perception du web et de son potentiel.
    Bravo pour cet article. J’adhère totalement à ton argumentation. Tu es un véritable visionnaire.
    Benoît

  2. Photo du profil de MarcSt-Pierre
    MarcSt-Pierre 11 années Il y a

    Une déclaration de Barack Obama qui a de quoi surprendre. C’est un extrait d’un discours qu’il a fait à un groupe d’étudiants universitaires le jour de leur graduation. L’article a paru dans le Washington Post il y a deux semaine. On pourrait mttre ça dans la catégorie « bémols »…
     » At the same time, he said, « you’re coming of age in a 24-7 media environment that bombards us with all kinds of content and exposes us to all kinds of arguments, some of which don’t always rank that high on the truth meter. »
    « And with iPods and iPads, and Xboxes and PlayStations — none of which I know how to work — information becomes a distraction, a diversion, a form of entertainment, rather than a tool of empowerment, rather than the means of emancipation, » he continued. « So all of this is not only putting pressure on you; it’s putting new pressure on our country and on our democracy ».

  3. […] n’est pas la première fois que j’écris ici concernant Normand Baillargeon (1, 2, 3, 4). Il pourrait s’avérer utile de consulter certains de ces billets pour contextualiser cette […]

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