L’établissement d’un organisme distinct, mais complémentaire, d’un syndicat

N.B. Ce billet est issu d’une série de seize qui identifient des raisons de se doter d’un Ordre professionnel des enseignantes et des enseignants au Québec. L’auteur est René Larouche, professeur retraité de l’Université Laval ayant comme principal champ d’intérêt la sociologie des professions. Je lui offre cet espace de mon blogue parce que j’endosse son travail.
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Un Ordre des enseignantes et des enseignants dotera la profession d’un organisme distinct mais complémentaire d’un syndicat puisque les pouvoirs et les responsabilités d’un syndicat concernent surtout la négociation des conditions de travail. Voici quel sera l’impact de la création de l’Ordre professionnel sur le syndicat…

« L’Ordre professionnel et le syndicat sont des entités distinctes avec des pouvoirs et des responsabilités distinctes et complémentaires. L’Ordre professionnel n’entravera d’aucune façon ni la nature, ni les pouvoirs ni les préoccupations professionnelles du syndicat. Il est bon aussi de souligner que les prises de position syndicales, lorsqu’elles sont appuyées par l’Ordre professionnel, obtiennent, par le fait même, une meilleure audience et une plus grande crédibilité auprès des intervenants et auprès du public. De plus, l’Ordre professionnel dotera la profession enseignante de pouvoirs et de responsabilités qui sont entre les mains, jusqu’à présent, de diverses instances et administrations du réseau scolaire qui tiennent la profession enseignante sous une sorte de tutelle, sans aucun pouvoir du syndicat. » (Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec, L’intersection, Volume 20, numéro 1, novembre 2001, p.11)

La coexistence d’un organisme syndical avec un ordre professionnel dans un même domaine de la division sociale du travail n’est pas impossible. La complémentarité de leurs rôles est même nécessaire .

« Professionnalisme et syndicalisme peuvent s’harmoniser, un professionnel plus poussé pouvant même tabler sur un contrat aussi solide dans ses paramètres généraux que flexible dans son application concrète. » (Conseil supérieur de l’Éducation, Rapport annuel 1990-1991 sur l’état et les besoins de l’éducation. La profession enseignante: vers un renouvellement du contrat social, 1991, p. 34)

Bien qu’un ordre professionnel ne peut jouer le rôle, ni remplir les fonctions d’un syndicat, et vice versa, il demeure que l’intérêt et la protection du public nécessitent que, dans certaines situations, leurs discours et leurs actions soient congruents, et que leur collaboration soit perceptible lorsqu’il s’agît de faire face à certaines situations concrètes. Pourquoi refuser la présence d’un véritable Ordre professionnel des enseignants et des enseignants alors que cet organisme doit et/ou peut jouer un rôle essentiel et complémentaire à celui du syndicat en ce qui concerne notamment l’amélioration de différents aspects des systèmes d’éducation ainsi que la qualité de l’enseignement. L’atteinte de ces objectifs de façon adéquate, efficace et efficiente, nécessite qu’il existe une interaction fonctionnelle entre ces deux « mondes et organismes » dont leur raison d’être (buts et objectifs), et leurs façons d’être (mécanismes et moyens) diffèrent, tout en pouvant jouer, à l’occasion, des rôles complémentaires, i.e. le système professionnel (code des professions et ordre professionnel) et le mouvement syndical (i.e. code du travail et syndicat).

À titre d’exemples :

  • Le fonctionnement optimal du domaine de l’éducation nécessite que les enseignantes et enseignantes désirent (i.e. veulent) et aient la capacit (i.e. le pouvoir) de travailler de façon active et concertée (i.e. à travers leur Ordre professionnel et leurs syndicats) à la réussite de la mise à jour du système d’éducation du Québec afin de pouvoir mieux l’adapter aux nouvelles réalités du XXIe siècle et pour qu’il soit davantage en mesure de faire face aux nombreux changements qui surviennent ou qui s’annoncent, ainsi qu’aux multiples défis qu’il a, et aura à relever, de même qu’aux problèmes communs qu’il se doit de résoudre présentement et dans le futur.
  • Le travail concerté d’un ordre professionnel avec celui du mouvement syndical peuvent contribuer grandement à promouvoir la qualité de l’enseignement en obtenant, entre autres, de meilleurs conditions d’exercice de la profession enseignante.
  • En ce qui concerne la formation continue des enseignantes et des enseignants, il est nécessaires que les exigences de leur Ordre, ainsi que certaines clauses des conventions collectives, soient conciliables et s’harmonisent dans le meilleur intérêt de tous et chacun.

L’une des principales différences qui existent avec les enseignantes et les enseignants qui travaillent au Québec ou en Ontario c’est que les premiers doivent compter seulement sur leur organisme syndical pour défendre, le mieux possible, leurs droits de travailleurs/ses, alors que les derniers peuvent compter, lorsque cela s’avère nécessaire, sur la présence et l’appui de leur Ordre professionnel (pour mieux protéger le public) ainsi que sur l’aide de leurs syndicats (pour protéger les membres).

Cette double appartenance de l’enseignante et de l’enseignant, à deux modes d’organisation du travail dont la raison d’être et les façons d’être sont différentes mais complémentaires dans l’atteinte de certains objectifs (système professionnel, code des professions, et ordre professionnel versus code du travail, syndicat), contribuerait à créer au Québec une dynamique à la fois nouvelle et complémentaire, tout en ajoutant une «plus value» très importante en ce qui concerne à la fois l’amélioration du système d’éducation et l’atteinte du meilleur enseignement possible.

Cette double appartenance offrirait aussi au public une garantie supplémentaire en ce qui concerne la complémentarité des objectifs particuliers que devront tout de même atteindre chacune des parties en présence.

Voyons comment sera l’impact de la création de l’Ordre professionnel sur les cotisations des enseignantes et des enseignants:

« L’Ordre professionnel des enseignantes et des enseignants du Québec regroupera plus de 70 000 membres qui doivent détenir un brevet ou un permis pour enseigner. À ce titre, il sera l’Ordre professionnel le plus important en nombre au Québec. Ce nombre permettra de fixer une cotisation minimale au Québec d’environ 90$, comme celle de l’Ordre des enseignants en Ontario. Cette cotisation correspond d’ailleurs au montant moyen de 93 $ que les enseignantes et les enseignants du Québec, consultés par la firme Léger et Léger, se sont dits prêts à cotiser à leur Ordre professionnel. Ce montant de 90$ sera des plus raisonnables si l’on considère le statut et la reconnaissance professionnelle, la protection et le soutien professionnel qu’apportera l’Ordre professionnel des enseignantes et des enseignants agréés du Québec à ses membres. » (Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec, L’intersection, Volume 20, numéro 1, novembre 2001, p.11)

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