Il va y avoir du sport

Au fil des quatre conversations avec la recherchiste de l’émission «Il va y avoir du sport», il m’est apparu clairement que ce sera tout un défi d’aborder l’ensemble des sujets discutés en une vingtaine de minutes. Nous enregistrons un débat mercredi soir prochain dans les studios de la rue Fullum. Je ne sais pas si la question peut changer d’ici là, mais au moment où j’écris ces lignes, il semble que ce sera, «Est-ce qu’il faudrait arrêter la réforme avec son arrivée au secondaire?» La question posée est «Faut-il suspendre l’application de la réforme au secondaire ?»
Je suis du côté du «pro-continuer» en compagnie d’une orthopédagogue de la région de Montréal; Lorraine Salvas est celle qui a co-écrit cette lettre ouverte au Devoir voilà quelques semaines. Marie-France Bazzo animera les échanges entre nous et deux personnes qui croient que le renouveau devrait s’arrêter. J’ai cru comprendre que la présence de Éric Bédard était assurée; j’ai déjà parlé ici de ce membre du Collectif pour une Éducation de Qualité. L’autre personne dans le camp du «pro-arrêt» devrait être Fabienne Larouche ou sera Katia Gagnon, éditorialiste à La Presse.
Plusieurs noms ont été évoqués dans un camp ou un autre, mais le plus décevant pour moi demeure le désistement de Clermont Gauthier qui faisait partie de la liste de départ des protagonistes au moment où j’ai accepté l’invitation. J’aurais beaucoup aimé croiser le fer avec ce chercheur qui s’affiche régulièrement en détracteur de la réforme, dont ici sur le site de la CSQ.
Je peaufine actuellement ma préparation au débat. Je serai intéressé par tout commentaire (en bas de ce billet) qui me permettra de mieux apprécier les «pour» et les «contre», pour des raisons différentes, on se comprendra… En fait, la clé risque d’être dans le premier trente secondes d’ouverture où on me demandera d’avancer clairement pourquoi je suis d’avis que les principes qui sous-tendent la réforme doivent continuer d’influencer le parcours scolaire des élèves du secondaire. Je me devrai de ne pas ouvrir de parenthèse, d’offrir des arguments qui parlent aux auditeurs et qui sont compréhensibles par le commun des mortels, sans langue de bois sans prendre les gens pour des imbéciles et surtout, témoignant d’une connaissance profonde du sujet. Mon plus gros problème risque d’être relié au fait que la représentation de ce qu’est la réforme risque d’être assez diffuse entre nous. Je m’attends à ce qu’on me serve que les connaissances ne sont plus importantes(!?!) dans les nouveaux programmes et que nous sommes conduits à un appauvrissement assuré de la formation. Je m’imagine devoir expliquer que la réforme ce n’est pas l’apprentissage par projet et que la question de la pertinence ou non de mettre des notes sur les bulletins a peu à voir avec les enjeux fondamentaux du débat à faire.
Pourquoi est-ce qu’on a pensé à moi pour représenter le point de vue des «pro-réforme»? Je crois que le site Jasons Réforme y est pour beaucoup. On se souviendra que la démarche d’élaboration du site avait commencé avec le commentaire #8 de ce billet dont l’auteur est un certain Michel Dumais.
L’émission sera diffusée une première fois, le vendredi 3 mars à 19 h 30 et sera reprise la semaine suivante les dimanche 18 h 30, lundi 14 h 30 et mardi soir 0 h 25. L’entrevue de la semaine sera réalisée en compagnie de Sophie Laurin et l’autre débat (parce qu’il y en a toujours deux) portera sur l’hypersexualisation des jeunes filles.
J’aurai besoin de toutes les bonnes vibrations possibles!
Mise à jour de fin de soirée : Un autre débat s’organise au Musée de la civilisation sur le même sujet (ou presque) pour le lundi 13 mars… À suivre!
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19 Commentaires
  1. Photo du profil de Ana
    Ana 11 années Il y a

    Spontanément, ma question : comment se fait-ils qu’il n’y a aucun éducateur du côté contre? S’ils ne sont pas capables de trouver une personne qui travaille dans le milieu de l’éducation et qui est contre la réforme, le débat me semble inutile puisque ce que nous souhaitons savoir, c’est l’opinion des vrais éducateurs, ceux qui sont dans l’école. … pas celles de Pierre, Jean et Jacques! … même si ces Pierre, Jean et Jacques s’intéressent beaucoup au milieu de l’éducation.

  2. sebastien tremblay 11 années Il y a

    Je vous donne de l’énergie pour ce débat… j’avais débuté un plan de réponse à écrire pour les détracteurs « extrêmes » du renouveau … je fouille dans mes notes…et je vais vous l’envoyer par courriel…Sait-on jamais…
    Dommage effectivement de ne pas retrouver M. Gauthier…

  3. Photo du profil de ReneLeclerc
    ReneLeclerc 11 années Il y a

    De grands penseurs corroborent les choix de la réforme québécoise. En France, Georges Charpak, prix Nobel de physique, a lancé un mouvement d’enseignement des sciences, au primaire et au secondaire, qui ressemble beaucoup à ce que la « réforme » promeut au Québec. Le site WEB qui parle de cet enseignement des sciences se nomme La main à la pâte http://www.lamap.fr/. C’est un site pour les enseignants. On y voit, entre autres, qu’on propose aux élèves de fin du primaire de mesurer la circonférence de la terre! Ça s’est faire de la science! Une entrevue de Yannick Villedieu avec Charpak se trouve sur le site Web de radio-Canada à http://www.radio-canada.ca/actualite/v2/anneeslumiere/niveau2_7223.shtml

  4. Photo du profil de ReneLeclerc
    ReneLeclerc 11 années Il y a

    On a souvent dit que la réforme scolaire québécoise est une copie de celle du canton de Genève. Or, le canton de Genève aurait, selon la rumeur, sabordé sa réforme pour revenir à ses anciens programmes. Le Québec fait office de suiveux et se retrouvera dans le précipice.
    Le canton de Genève n’a pas renoncé à sa réforme. Il a apporté des correctifs sur les bulletins, mais la réforme se poursuit. Pour voir ce qui change sur les bulletins, qui s’appellent là-bas les livrets scolaires, voir sur ce site. Les programmes genevois sont aussi disponibles sur le site Web du département d’instruction publique. Les apprentissages proposés aux élèves du canton de Genève ressemblent à ceux qui sont proposés aux Québécois avec le « renouveau pédagogique ». De plus, les dernières priorités de Genève en matière d’éducation sont proches de ce qui se fait au Québec : télécharger ce document pour en savoir plus. En deux mots donc, les réformes québécoise et genevoise se ressemblent probablement parce qu’elles puisent aux mêmes sources et non pas parce que l’une aurait copié l’autre. Et la réforme genevoise fait l’objet d’ajustement, mais elle n’est pas jetée par-dessus bord.
    Au Québec et à Genève, il y a des groupes qui croient fortement que les notes sont préférables aux cotes sur les bulletins. Personnellement, je peux vivre avec les deux. Je lis des cotes sur le bulletin de mon « enfant » qui est à l’université, comme sur celui de mon enfant qui est au primaire et je lis des notes sur le bulletin de celui qui est au secondaire. Ma question viscérale devant le bulletin est : « qu’est-ce que le professeur a évalué pour obtenir cette note ou cette cote? Qu’a-t-il jugé important de « faire compter » pour dire comment mon enfant apprend?

  5. Photo du profil de edouardM.
    edouardM. 11 années Il y a

    Je crois qu’il faut poursuivre l’implantation de la réforme au secondaire parce que les élèves seront contraints d’apprendre avec l’intention de réutiliser leurs connaissances alors que dans les anciens programmes, on pouvait apprendre puis oublier sans trop de conséquences; et parce que les enseignants doivent se centrer sur l’apprentissage, sur l’élève et ses façons d’apprendre plutôt que sur la qualité de leurs discours. C’est toute la différence entre séduire et conduire. La réforme des programmes exige de repenser l’enseignement et de se demander comment l’élève devrait aborder cette connaissance pour qu’il puisse la réinvestir en temps opportun. Aller du simple au complexe, comme le suggèrent Bissonnette et Gauthier qui défendent l’enseignement explicite, ne garantit pas ce transfert. Partir du complexe pour remonter au simple est une voie plus sûre mais certainement plus difficile pédagogiquement. C’est toute la différence entre apprendre au patient à adopter un mode de vie sain et lui prescrire des médicaments. Le simple n’est pas toujours la solution la plus courageuse.
    L’autre point est que du côté des détracteurs de la réforme, on s’imagine à tort que tout le monde peut être expert en éducation du seul fait qu’on soit tous passés un jour par l’école. Ce n’est pas parce qu’on a été beaucoup malade qu’on devient médecin… Enfin, quelles études peuvent prétendre avoir isolé le facteur pédagogie pour en mesurer la portée réelle sur un individu? Des profs utilisant une pédagogie traditionnelle semblent de bons profs, semblent faire apprendre réellement des choses à leurs élèves. Des profs moins traditionnels dans leurs approches y parviennent eux aussi. Le véritable enjeu n’est pas dans une guerre d’idéologies pédagogiques comme on voudrait le laisser croire, mais dans le produit de l’enseignement : qu’est-ce que retiennent ces élèves à long terme de ce que ces profs leur ont enseigné?
    Quand j’observe le soin avec lequel les profs engagés dans cette réforme évaluent les travaux de leurs élèves et régulent leurs apprentissages, avec quelle énergie ils réajustent leurs stratégies pour amener leurs élèves à se dépasser et à trouver du sens (habituellement les raisons à long terme d’apprendre tel ou tel contenu spécifique) à ce qu’ils abordent en classe, je me réjouis que l’on ne se contente plus de passer de 3.2.1 à 3.2.3 dans le cahier d’exercice.

  6. Photo du profil de ReneLeclerc
    ReneLeclerc 11 années Il y a

    Il y a un problème avec le mot réforme. Il laisse entendre que ce qui se fait depuis des années est mauvais. Qu’on recommence à zéro. Qu’on fait table rase. Or, il faut départager le bon grain et l’ivraie dans ce qui se fait actuellement. La réforme ne jette pas le bébé avec l’eau du bain. Elle table sur les acquis et va vers l’avant. Les profs savent transmettre des connaissances. Tant mieux. Il faut encore en transmettre. Mais quelles connaissances? Pour faire quoi? Si on avait le temps, on pourrait démontrer que le Programme de formation est une évolution, un pas en avant par rapport aux programmes des années 80. Dans les années 80, on insistait sur les 2 premiers échelons de la taxonomie de Bloom. En termes populaires, l’élève devait acquérir des connaissances fondamentales (niveau 1). Il devait comprendre des phénomènes (niveau 2) c’est-à-dire les expliquer. Vers la fin des années 90, dans les écoles du Québec, dans plusieurs disciplines, on a beaucoup parlé d’habiletés. On s’approchait des compétences. On voulait utiliser les connaissances pour faire quelque chose.
    Réforme n’est pas révolution mais évolution. Je crois qu’il faut faire attention de ne pas parler de la réforme en jetant un discrédit sur ce que les enseignants font bien. C’est peut-être difficile dans un débat mais je préfère la nuance à la caricature. Les adversaires de la réforme dénigrent souvent une caricature de la réforme. Il ne faudrait pas faire comme eux et faire une caricature de l’enseignement des 40 dernières années au Québec. Concéder que le mot réforme est mal choisi mais que l’évolution est nécessaire.
    Taxonomie de Bloom
    http://www.erudium.polymtl.ca/html-fra/education/education4d.php

  7. Steve Bissonnette 11 années Il y a

    Monsieur Malenfant,
    Vouloir faire apprendre du complexe vers le simple est une utopie ! Par exemple cela a été tenté en lecture au primaire avec le Whole Language qui a provoqué une catastrophe en Californie!
    Aucune recherche empirique démontre cette possibilité. À ce sujet, je vous invite à consulter la revue de littérature effectuée sur le transfert par Normand Péladeau, François Gagné et Jacques Forget de l’UQAM publiée en juin 2005 dans la revue des Science sde l’Éducation. On y apprend que : pour transférer un apprentissage encore faut-il l’avoir compris, pratiqué suffisamment pour le retenir, pour éventuellement penser à le réutiliser au besoin.
    Les travaux de John Anderson sont clairs à ce sujet tout comme l’article de Robert Brien de l’université Laval dans le dernier numéro de la revue du CRIFPE.
    Et oui une recherche a permis de comparer l’efficacité des pédagogies il s’agit du Projet «Follow Through» dont les conclusions ont été reconfirmées par plusieurs méta-analyses récentes.
    Cordiales salutations

  8. Photo du profil de ReneLeclerc
    ReneLeclerc 11 années Il y a

    Dans le débat sur la place des tâches simples et complexes, le Whole language et la lecture pas à pas, il vaut la peine de jeter un coup d’oeil sur ce qu’en dit Jocelyne Giasson de l’Université Laval. En matière de lecture, elle prône le simple et le complexe. Elle n’oppose pas les théories, elle les réconcilie(mais allez voir son livre qui exprime mieux sa pensée que je ne peux le faire).
    Son livre s’intitule La lecture : de la théorie à la pratique.
    http://www.fse.ulaval.ca/webfse/nouveautes/2003_2004/la_lecture/

  9. Photo du profil de Mario Asselin
    Mario Asselin 11 années Il y a

    D’abord, un gros merci à chacun de vous pour vos contributions. Je viens de terminer de répondre à plusieurs courriels (plus d’une vingtaine) reçus aujourd’hui seulement sur ce sujet et vraiment, je me sens privilégié d’avoir eu autant de feed-back. Il y a quelques bons « punchs » qu’il me faudra publier ici si jamais je n’ai pas l’occasion de les «placer» dans le débat…
    Pour Ana : On doit quand même dire que M. Bédard oeuvre dans le milieu de l’enseignement; c’est un universitaire, mais sûrement un bon éducateur…
    Pour M. Bissonnette : Il y a quelques utopies qui valent la peine d’être tentées en éducation. Wikipédia est une de celles-là. À la limite, je suis prêt à admettre que le cas de la lecture est particulier, mais ça ne prouve rien pour ce qui suit en terme d’apprentissage. Je recueille à chaque semaine les témoignages du genre de celui de M. Malenfant; ça ne prouve rien empiriquement, je sais, mais je vous le dis; je suis renversé de plusieurs témoignages non-sollicités qui se rendent jusqu’à moi sans compter ce que j’observe maintenant que je ne suis plus confiné qu’à un seul milieu de pratiques. De plus, M. Leclerc apporte un bon point.
    En passant, j’ai particulièrement apprécié votre mise au point, M. Leclerc, concernant le cas de désinformation du canton de Genève; je rappellerai ce point à Mme Gagnon lors du débat ou en dehors. Après avoir titré en mai 2005 «La Suisse abandonne sa réforme calquée par Québec!» il me semble que La Presse aurait pu mieux suivre ce dossier.
    Plus que quelques heures; j’anticipe un débat très animé et je m’attends à une opposition vive. Je me remets à ma préparation 😉

  10. Benoit St-Andre 11 années Il y a

    Tiens, ma petite contribution. Si tu pouvais abattre l’idée reçue que ce sont « des fonctionnaires » qui écrivent les programmes, ça serait bien. (La plupart des gens qui ont écrits les programmes sont des enseignants, des vrais).

  11. Steve Bissonnette 11 années Il y a

    Alors, comment expliquer qu’un comité restreint, suite aux affirmations de Paul Inchauspé, entre autres dans le Devoir, ont réécrit le programme du primaire à l’été 2000 ou 2001 si ma mémoire est bonne ?

  12. Benoit St-André 11 années Il y a

    Qui faisait partie de ce comité restreint ? (des « fonctionnaires de Québec » j’imagine, hmmm ?)
    Pour quel partie du programme ? etc. etc.

  13. Photo du profil de ReneLeclerc
    ReneLeclerc 11 années Il y a

    Quelques centaines d’enseignants au primaire et quelques centaines au secondaire ont collaboré à la création du Programme de formation de l’école québécoise.
    Pour des témoignages de ces enseignants (au secondaire), voir
    http://www.mels.gouv.qc.ca/virage/journal_fr/PDF/Virage5-1.pdf

  14. steve Bissonnette 11 années Il y a

    Le programme de départ (1999) précisait peu ou pas les savoirs essentiels. Paul Inchauspé l’a ouvertement critiqué et le programme a ensuite été modifié durant l’été. Le Programme a été retouché dans son ensemble en ce qui concerne les savoirs essentiels. À mon avis peu ou pas d’enseignants ont y travaillé. Cette situation a été désappouvée par JAcques Tardif qui a alors quitté le ministère et a été remplacé par Marie-Françoise Legendre !

  15. Photo du profil de DanielTrottier
    DanielTrottier 11 années Il y a

    Du simple au complexe…
    Lu dans le document « La mise en place d’un programme d’éthique et de culture religieuse. Une orientation d’avenir pour tous les jeunes du Québec (MÉLS, 2005):
    « Le processus de développement doit se concevoir en spirale, allant du simple au plus complexe, du concret à l’abstrait, en fonction d’étapes de croissance de l’élève sur les plans cognitif, affectif et social » (page 5).
    Cela donne à penser que le MÉLS cautionne l’approche, à tout le moins pour ce programme. Dommage pour le programme de géographie, d’histoire et d’éducation à la citoyenneté au primaire (2001), qui impose à l’élève de 8 ans (!) d’effectuer un recul prodigieux de 500 ans sans avoir au préalable été exposé au concept de « temps historique ». Deux programmes, deux approches… Dans cet exemple, le MÉLS est passé …du complexe au simple.
    Il fait de même avec l’enseignement explicite, réhabilité dans le document « Le renouveau pédagogique; ce qui définit le changement ». Cette méthode tant décriée par les défenseurs du « renouveau » a maintenant droit de cité.
    Vous vous y retrouvez ?

  16. Photo du profil de PaulInchauspe
    PaulInchauspe 11 années Il y a

    Quelques petites précisions puisqu’on fait référence à ce que j’aurais dit.
    – Lors de la parution de la première version, non encore imprimée du programme de formation du primaire, j’avais indiqué à Robert Bisaillon que l’écriture du document gagnerait à être améliorée pour éviter des confusions et permettre sa plus juste compréhension. Ce travail n’a pu être fait à ce moment.
    – Plusieurs mois après, j’ai redit la même chose au Devoir. Je n’ai pas critiqué le programme, j’ai critiqué quelques traits de son écriture. Des rencontres avec de nombreux enseignants du primaire m’avaient en effet montré qu’il y avait là un problème de lisibilité. À la même époque, le critique libéral de l’éducation m’a demandé de le rencontrer parce que son parti s’interrogeait sur la vraie nature du débat de contestation alors engagé. Je lui ai dit d’être prudent, qu’il ne fallait confondre les attaques portées alors contre le nouveau programme (au fond les mêmes qu’actuellement à la veille de son entrée au secondaire) et certaines confusions que pouvait entraîner la lecture du document. Et pendant plus d’une heure, le document sous les yeux, je lui ai montré comment lire le document et où trouver dans le document même des passages contredisant ce que les détracteurs du programme affirmaient pourtant.
    Quant à la réécriture qui a été faite, je n’en connais pas tout le processus, mais je peux témoigner de deux choses :
    – Ce sont les mêmes personnes qui avaient travaillé à l’écriture de la première version, soit les responsables des différentes matières du programme. qui ont travaillé pendant plusieurs semaines à sa réécriture à partir d’un schéma commun de présentation.
    – À la toute fin du processus, deux personnes (que j’ai eues l’occasion de rencontrer alors, et ce n’était pas des fonctionnaires) ont eu pour tâche de faire le dernier « pauffinement » du texte. Ils n’intervenaient pas sur le contenu mais sur l’écriture, la lisibilité et l’harmonisation des styles. Parfois, ils proposaient une manière différente de dire les choses, mais s’assuraient toujours de l’accord du responsable de la matière.
    Tout ceci pour dire que la réécriture à laquelle on a fait allusion n’enlève rien au fait que ce sont des équipes d’enseignants et d’enseignantes du primaire et du secondaire qui ont, sous la coordination du responsable des matières du ministère (eux-mêmes enseignants ou anciens enseignants), qui ont déterminé les contenus des matières du programme. Cette opération de détermination du contenu a mobilisé plusieurs centaines d’enseignants et d’enseignantes.

  17. Photo du profil de DanielTrottier
    DanielTrottier 11 années Il y a

    J’ai été directeur de la formation générale des jeunes de 1994 à 1996. Il est exact de dire que ce ne sont pas les fonctionnaires (professionnels responsables des programmes) qui rédigent les programmes. Ces responsables coordonnent des équipes de travail composées d’enseignants, de conseillers pédagogiques et, souvent, de didacticiens (profs d’université). De nombreux comités consultatifs formés de représentants du milieu scolaire et des associations disciplinaires (ex. l’AQPF, le GRMS, l’APSQ) – elles-mêmes réunissant des enseignants et des conseillers pédagogiques – participent à l’évolution des travaux de conception des programmes.
    Le processus obéit à des règles de validation et d’approbation qui mettent bien sûr à contribution le BSM (Bureau du sous-ministre) et le ministre lui-même puisque c’est celui-ci qui, ultimement, « établit » le programme selon la loi.
    Les équipes de conception disposent au départ d’un cadre d’élaboration des programmes, qui fait aussi l’objet de consultation, de validation et d’approbation.
    Dans un article paru dans le dernier bulletin Formation et profession du CRIFPE (janvier 2006 – http://www.formation-profession.org/), j’ai voulu démontrer que le processus d’élaboration des programmes s’est nettement distancé des recommandations du Rapport Inchauspé. Mes observations rejoignaient alors celles de Bissonnette, Gauthier et al., selon qui rien – dans les documents fondateurs de la réforme – ne laissait présager la naissance de « programmes compétences » autant axés sur la nécessité de transformer l’acte pédagogique. La réforme du curriculum s’est transmuée en réforme de l’enseignement. À mon avis, il s’agit d’une dérive majeure.
    Mario a eu l’occasion de réagir à mon article (http://www.marioasselin.com/archives/2006/01/formation_et_pr.html).
    En passant, je suis curieux de savoir de Mario comment s’est déroulé le fameux débat… que l’on s’empressera de regarder et d’écouter demain 7 h 30 à Télé-Québec !!

  18. Photo du profil de Mario Asselin
    Mario Asselin 11 années Il y a

    D’abord, un mot pour remercier M. Inchauspé pour son précieux commentaire qui nous situe parfaitement sur la question du degré d’engagement des enseignants dans la réforme…
    Puisque Daniel me questionne sur la soirée d’hier, je veux bien ajouter quelques impressions à ce que je racontais hier, à chaud. J’ai hâte de voir le résultat du tournage en même temps que j’angoisse un peu sur la critique qui pourrait en résulter… Je me sens plus nerveux aujourd’hui que je ne l’étais hier, en fait. Je ne contrôle plus rien…
    En dehors du débat, avant le début de l’émission en particulier, les gens étaient très sympathiques. On s’étudiait un peu, en même temps que nous essayions de prendre contact, sachant que dans quelques minutes nous aurions l’air de ne pas nous entendre. Il fallait nous voir les quatre «débattants» essayer de ne pas parler d’éducation et de réforme… Nous n’avons pas été capables de retenir nos ardeurs; les échanges ont commencé dans la loge!
    J’imagine que ça ne paraîtra pas beaucoup à nous voir débattre, mais j’ai senti un grand respect des positions de chacun. Les thèmes les plus courants sont sortis : les petits «bonhommes sourires» sur les bulletins, la pédagogie de la découverte et la supposée «absence de contenu» dans les programmes ont été dénoncés par Mme Gagnon et M. Bédard. Mme Bazzo est la seule à avoir utilisé le terme «compétence transversale», avec une pointe d’ironie, évidemment; j’ai abordé le sujet, mais je crois bien que je n’ai pas réussi à faire sentir efficacement que c’était de ça que je parlais… J’étais bien décidé à ne pas tomber dans le piège du vocabulaire proche de notre jargon. Je garde ça entre nous 😉
    Je ne vous dirai pas tout de suite sur quoi nos «attaques» ont porté, mais je peux confirmer que Mme Salvas et moi n’avons pas passé la soirée à nous défendre…
    Je me suis surpris «à foncer» sur des gens avec qui, dix minutes avant, j’échangeais des politesses. Je ne me suis pas senti hypocrite parce que chacun savait que le jeu du débat est ainsi fait qu’il n’y a pas de place pour la mollesse. Ai-je désarçonné mes commettants? Est-ce que mes réparties ont ébranlé leurs convictions? Je ne crois pas.
    Je termine par deux surprises. Mme Bazzo, «l’arbitre des hostilités», est super professionnelle. Pas d’étonnement ici. Elle nous a vraiment laissé débattre. Elle est intervenue pour relancer, jamais pour nous ralentir. Aucune obstruction quand un répondait à l’autre; autrement dit, il ne fallait pas attendre qu’elle nous donne la parole. Je peux même dire que je m’attendais à me faire couper un peu plus! J’ai été agréablement surpris de ses stratégies pour faire lever le débat. Je crois qu’elle était satisfaite du niveau atteint ! Enfin…
    Mon autre surprise réside dans le niveau de préparation d’une telle émission. Les recherchistes accompagnent beaucoup les participants; elles donnent des «munitions» aux uns et aux autres. Elles s’assurent de «nous monter» un peu plus, un camp contre l’autre, sans trop personnaliser le débat. Tout cela sans compter le rayonnement de la préparation qui s’est étendu bien au-delà de nos connaissances respectives. Mme Gagnon est une journaliste; je ne pouvais m’attendre qu’elle arrive sur le plateau en improvisant, mais j’ai constaté que ses interventions étaient très stratégiques; elle n’a pas lâché «le morceau» des élèves en difficultés de la soirée. Je crois qu’elle a marqué quelques points, malgré les parades de ma collègue en provenance de ce secteur. Faudra mesurer à l’écoute, mais il m’est venu plein de trucs à dire après coup, ce qui me fait croire qu’elle nous a «gelés » un peu sur ce volet.
    Je ne parle pas de la performance de M. Bédard parce qu’il s’est montré tel que je l’imaginais dans ce genre de contexte.
    Bon, assez épilogué pour ce soir. L’attente est vraiment spéciale… j’expérimente de nouvelles émotions. Aujourd’hui, j’étais occupé en classe toute la journée; au secondaire dans des activités «bien réformes». Je n’ai pas beaucoup pensé au débat d’hier. Mais demain, je crois que l’anxiété montera d’un cran.
    Encore merci à chacun pour vos contributions.

  19. […] de vous me connaissent déjà. Votre compagne de vie avec qui j’ai déjà débattu à «Il va y avoir du sport», plusieurs journalistes que vous côtoyez au Devoir et d’autres… vous […]

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