Le maître ignorant

Mon séjour à Paris a coïncidé avec la sortie du #349 (juillet-août 2006) du Monde de l’Éducation. Le thème, « Penser les savoirs du XXIe siècle », aborde les crises de l’école, quelques remèdes, de nouvelles humanités ainsi que certaines façons d’apprendre autrement. J’ai particulièrement apprécié les propos du philosophe Jacques Rancière recueillis par Nicolas Truong dans un article intitulé « Ce n’est pas le savoir qui émancipe ». De fait, il postule que la capacité à apprendre prime sur tout :

« Un maître « ignorant » est un maître qui sépare son autorité de maître de l’autorité du savant. Quand on confond ces positions, on fait de l’école une grande métaphore de la société, en identifiant le pouvoir à l’autorité de ceux qui savent. Un « maître ignorant » n’est pas un maître qui ignore ce dont il parle. C’est un maître qui décide d’ignorer la logique inégalitaire selon laquelle le maître fait passer son savoir dans la tête de l’élève. C’est l’élève qui s’apprend en écoutant le maître. Il faut donc partir non de ce qu’il ignore mais de ce qu’il sait, partir du présupposé de sa capacité et non de son incapacité. »

Dans le même sens, il y a aussi cet énoncé provocateur de François Bégaudeau qui ajoute son mécontentement de ceux qui « crient, toujours les mêmes, [qui] avalent leur baguette en croyant mordre leur chemise » et qui proclament « la mort du savoir ».

« Mais quelle trouble manie que de préserver en priorité le savoir, propriété des maîtres. S’inquiéterait-on au premier chef de ménager les prérogatives du maître? Et puis nous n’avons pas refusé le savoir, nous avons dit qu’il n’y avait de savoir que si l’on apprend… »

Je me suis offert plusieurs pages de la revue entre deux siestes dans l’avion qui me ramenait au Québec. Évidemment, le fait d’être loin des lieux où je vis ces débats entre « savoir » et « processus » me permet de prendre un peu de recul. Mais quand je constate que d’autres pays vivent les mêmes questionnements, je suis toujours motivé davantage dans mes convictions. D’autant plus qu’on me fait venir en France parce que les idées que je défends sont de nature à inspirer ceux qui luttent pour plus de signifiance à l’école républicaine. Je reviens plus motivé que jamais à m’affirmer davantage pour le respect d’une autre façon de « penser les savoirs du XXIe siècle ».

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