L’Encyclopédie de L’Agora en quête d’universel

Ma dernière communication avec Jacques Dufresne doit bien remonter à plus de dix-huit mois. Je considère Jacques comme un ami. Il est une inspiration pour moi et du temps où j’étais directeur d’école à Coaticook, nous avons élaboré ensemble un projet qui a pris forme plus tard à l’Institut St-Joseph de Québec. De ce projet, ont émergé les cyberportfolios de l’Institut et ma vie professionnelle a pris un tournant incroyable.
Jacques et moi avons en commun la passion de la connaissance, par le dialogue, la lecture et la réflexion. Je nous considère aussi motivé l’un que l’autre à apprivoiser le réel par le virtuel. Mais nous entretenons aussi des différents sur quelques sujets d’importance qui s’expriment dans le silence lorsque nous sommes en présence l’un de l’autre. D’instinct je crois, nous choisissons de tabler sur ce qui nous rassemble. Récemment, Jacques me faisait part d’une invitation à participer à la première d’une série de rencontres consacrées au dialogue, à la nature et à la réflexion. Je connais son rêve de fonder une maison de lecture, de dialogue et de rencontres réelles et je suis fasciné de son attachement à toujours trouver le moyen d’avancer sur le sentier de la rigueur intellectuelle. Je ne crois pas pouvoir accepter son invitation cette fois-ci, mais il me tarde de renouer avec lui et Hélène.
Cette invitation reçue m’a porté vers l’Agora que je visite régulièrement par des recherches que je mène. J’avais bien vu que l’équipe de Jacques avait de nouveaux projets sur lesquels elle travaillait, mais je n’avais pas pris le temps de m’y arrêter vraiment. J’ai constaté dans les dernières heures qu’un réseau d’encyclopédies spécialisées compose maintenant l’univers de l’entreprise qu’est devenu l’Agora. Après l’Encyclopédie Montaigne, celle sur L’inaptitude et la protection des personnes inaptes, celle qui porte exclusivement sur Jean-Jacques Rousseau ou L’encyclopédie canadienne-française, il y a aussi le projet «La Voix des sans voix». Mais c’est le grand défi encyclopédique pour la francophonie qui m’a le plus captivé. Sous l’hyperlien plus bas, j’évoquerai mon incompréhension du choix d’aborder la quête d’universel par la porte de Wikipédia qui devient avec le temps, l’espèce de clou sur lequel tape sans arrêt Jacques depuis quelques années, depuis en fait que les moteurs de recherche ne donnent plus à l’Encyclopédie de l’Agora la primeur des liens. Je ne manquerai pas de souligner non plus la grande valeur de l’Encyclopédie de la Francophonie.


Socrate en renfort
Léopold Senghor et Abdou Diouf semblent être à l’origine de l’inspiration de l’Encyclopédie de la Francophonie en développement à l’Agora. D’ailleurs, dès les premiers articles, on apprend que la recherche d’informations sur Léopold Sedar Senghor par Google ne nous conduit pas «aux bonnes sources» identifiées par l’Agora comme étant d’abord celle de l’Assemblée nationale française; la source Wikipédia «n’en serait qu’un résumé, écrit mécaniquement». Cet exemple des travers des «géants» du Web démontrerait que le relativisme numérique patent du tandem Google-Wikipedia constitue la revanche de Protagoras sur Socrate:

«Socrate y est condamné à mort pour la deuxième fois, mais le jury n’est pas l’assemblée des citoyens d’une petite ville de 100 000 habitants, il est constitué de représentants de toutes les parties du monde, répondant à l’appel de la plus grande puissance de tous les temps : les États-Unis d’Amérique.»

Jacques Dufresne est reconnu pour sa grande connaissance de la démocratie athénienne et de son parallèle avec notre époque et je ne suis pas de taille à m’aventurer sur ce terrain des comparaisons. Ce qui me chicote par contre, c’est le choix d’aborder une oeuvre aussi gigantesque que l’aménagement d’un grand portail national francophone des connaissances en débutant par ces articles, comme fondation:

On parle bien ici de textes hyperpertinents, mais qui révèlent un acharnement à ne vouloir considérer Wikipédia que sous l’angle d’un lieu qui prétend détenir la vérité. Celui qui révèle «la coopération comme gage de qualité» ne pourrait-il pas lui aussi faire partie de l’analyse? Que penser du concept de leadership d’Henry Mintzberg qui démontre la reconnaissance de l’apport des processus collectifs dans la vitalité de nos organisations et de nos sociétés». L’Encyclopédie de la Francophonie se présente comme une oeuvre collective et la différence qui fait «que ne collabore pas qui veut» vaut-elle autant comme processus de création que Jacques le laisse entendre? Certes, comme internaute-visiteur, je risque d’y trouver «les grandes intuitions qui guident les contributeurs» et ce que j’y trouverai risque de me satisfaire la plupart du temps, mais j’y trouverai aussi de grandes failles comme cet article sur les blogues qui me laisse croire qu’en matière de carnet Web, la neutralité et le relativisme d’ailleurs peut davantage m’informer que ce biais franchement rempli d’un contenu parsemé de trous.

Je ne doute pas de la pertinence des encyclopédies affiliées de l’Agora. Je regrette seulement qu’elles soient présentées en opposition à Wikipédia. La question du «Que dois-je lire?» se pose; mais quand je lis la réponse offerte dans ce dossier, j’en viens à me demander si la nostalgie du temps où la pensée dominante n’était que le reflet des jugements de valeur d’une certaine classe dirigeante n’a pas pris le dessus sur la pertinence de l’existence d’une oeuvre se voulant neutre qui invite à ne s’en tenir qu’aux faits? Je ne voudrais pas d’un monde qui ne tolérerait que la neutralité, mais le recours comme celui de Google à une «certaine loi du nombre» me paraît lui aussi légitime. Jacques en convient d’ailleurs dans cet extrait:

«Le nombre est un bon critère pour certains sujets et dans certaines conditions lorsque, par exemple, aucune pression n’est exercée sur les personnes dont l’opinion est prise en compte…»

Les jeunes esprits (autant que les autres d’ailleurs) accordent probablement trop d’importance au classement fait par les moteurs de recherche quand vient le temps de décider ce qu’ils doivent lire. J’aime à penser qu’il y a bien pire tare pour l’avancement des connaissances qu’un algorithme nébuleux mais moins secret qu’on puisse le penser. Dans un monde où les citoyens n’auraient aucune éducation qui leur permettent d’apprécier Internet pour ce qu’il est, je veux bien croire qu’un contre-pouvoir devrait prétendre à la vérité, mais le média (Internet) est encore bien jeune pour qu’on présume de façon aussi radicale que la loi du nombre soit devenue aussi pernicieuse que décrite en général dans l’oeuvre des encyclopédies de l’Agora.

Il m’arrivera souvent de retourner m’abreuver aux sources de l’Encyclopédie de la Francophonie. Je viens d’y parcourir l’excellent dossier sur la fracture numérique par exemple, qui raconte bien comment «l’intégration numérique se joue sur plusieurs fronts à la fois». J’apprécierais un fil de nouvelles qui m’informerait des compléments d’information ou des derniers dossiers développés, mais «ce gadget» est peut-être perçu comme étant trop «Web 2.0», sait-on?

Les fins de l’ouvrage évolutif qu’est l’Encyclopédie de la Francophonie sont «la recherche du sens et le développement durable», selon ce que j’ai pu lire. Est-ce que l’outil qu’elle représente est la seule façon de chercher du sens et de privilégier le développement durable? Non bien sûr. Tout comme l’oeuvre entière de l’Agora n’est pas la seule façon d’introduire «de l’ordre dans le chaos». Est-ce à dire que l’idée de se définir de cette manière porte ombrage aux autres façons de contribuer à l’avancement des connaissances? Non plus. Pourquoi donc vouloir absolument réduire la portée d’une autre vision pour légitimer sa conviction? Je ne suis nihiliste, ni polémiste. Mais j’aime à penser que si «Léopold Senghor n’a pas craint de proclamer dans le désert sa foi dans la civilisation de l’universel et dans le dialogue des cultures», je pourrai suivre une oeuvre inspirée par lui sans rejeter les autres a-priori, passant de l’une à l’autre, constamment, pour améliorer ma quête d’absolu et de vérité.

Je garde ce billet ouvert car je n’ai pas terminé le tour du propriétaire; je compte bien y revenir puisque je soupçonne que les trésors qui y sont enfouis ne m’ont pas tous frappés aussi forts qu’ils auraient dû…

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1 Commentaire
  1. Patrice Létourneau 10 années Il y a

    Bonjour Mario.
    Aux articles que tu as répertoriés, il faut aussi ajouter un article intitulé «La francophonie et la doctrine du Soft Power», là :
    http://agora.qc.ca/francophonie.nsf/Documents/Etats-Unis–La_francophonie_et_la_doctrine_du_Soft_Power_par_Jacques_Dufresne
    dans lequel Jacques Dufresne y parle, là aussi, de Wikipédia.

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