Internet motive les garçons

C’est le titre de la rubrique du Guide 2007-2008 de L’École Branchée qui comprend un article que j’ai écrit avant les vacances d’été. Sous l’hyperlien plus bas, il est donc possible de lire «Réussite scolaire des garçons: les TIC font partie des solutions». De fait, Martine Rioux (Rédactrice en chef chez De Marque) m’a demandé en collaboration spéciale un texte sur ce sujet que mes récents voyages ontariens et mon expérience de directeur d’école ont inspiré. Au moment où paraît un livre de Jean-Claude St-Amand promettant de donner «l’heure juste» sur cette question de la réussite scolaire des garçons, je crois encore qu’il y a beaucoup à faire pour tenter de comprendre ce qui peut aider à différencier nos interventions à l’école. Le Devoir de samedi évoque la parution du livre et je suis assez d’accord avec le constat que c’est surtout au niveau de la maîtrise de la langue d’enseignement que le retard des garçons se fait remarquer vraiment. C’est pourquoi mon texte porte en grande partie sur ce sujet…
J’ai parcouru avec intérêt le Guide de L’École Branchée et j’ai été impressionné de l’abondance des ressources qu’il contient. Moi qui parcours le Web éducatif à longueur d’année, j’y ai trouvé des sites que je ne connaissais pas. La banque de scénarios pédagogiques et d’activités d’apprentissage de la Commission scolaire de la Vallée-des-Tisserands m’était inconnue. Je n’avais jamais fréquenté le site des missions virtuelles de la C.S. du Chemin-du-Roy. Bon… il y a dans ce document d’excellents sites répertoriés et quelques blogues thématiques dont celui des Ressources pour les profs de Dominic P. Tremblay que je ne fréquente pas assez souvent. Ça peut faire rire de découvrir le Web avec une revue papier, mais je suis convaincu que plusieurs non-initiés à Internet préféreront cette façon de faire!
Le titre est un brin pompeux («475 sites Web pour réussir à l’école»), mais le détour en vaut la peine.

Réussite scolaire des garçons: les TIC font partie des solutions

«Il ne s’agit pas de nier les différences, mais de s’en enrichir, de s’en enchanter, et pour cela de les regarder en face, d’en préciser la nature et d’en comprendre les origines». Albert Jacquard

Chaque éducateur est frappé au cours de sa carrière par les différences entre les filles et les garçons. Tout au long de nos parcours scolaires d’éducateur, nous devons composer avec la réalité que chacun n’apprend pas les mêmes choses au même moment et à la même vitesse. Jeunes et adultes, garçons et filles, citadins et campagnards… La diversité des façons d’apprendre complexifie nos interventions en même temps qu’elle enrichit nos rapports sociaux. C’est très bien ainsi…

L’arrivée des natifs du numérique dans les classes des écoles secondaires, ces jeunes qui n’ont jamais connu le monde sans Internet et les autres technologies1, pourrait coïncider avec une prise de conscience des éducateurs : plusieurs garçons apprécient l’utilisation des nouvelles technologies (TIC). Le potentiel des TIC en tant que stratégie «à succès» pour faire apprendre combiné avec l’urgence de trouver des pistes de solution face aux échecs scolaires des garçons crée une équation attrayante. Regardons de plus près comment certaines expériences d’intégration des nouvelles technologies sont porteuses.

Quelques spécialistes en éducation, dont Jean-Guy Lemery, Rachel Aubé, Bev Strachan et David Booth, pour ne nommer que ceux-là, ont documenté en quoi les différences d’ordre biologique et social entre les filles et les garçons change la donne en matière d’apprentissage. Ces différences ont de l’impact sur les apprentissages et les éducateurs avisés s’en inspirent au quotidien. Par exemple, éviter de donner plusieurs consignes en même temps à de jeunes garçons en train d’apprendre à lire semble mieux respecter le développement particulier de certaines zones de leur cerveau. Reconnaître l’importance du résultat pour le jeune garçon et du processus pour la jeune fille est aussi un exemple de différence dont la prise en compte pourrait apporter de meilleurs résultats en classe.

Un premier phénomène a d’abord attiré la curiosité des enseignants en matière de TIC et de réussite scolaire des garçons. Dans tous les programmes où l’utilisation d’un ordinateur portable est offert aux élèves, deux jeunes sur les trois qui choisissent cette façon de travailler (là où il y a un choix à faire) sont des garçons. Puisque ces programmes ne font pas encore l’unanimité en terme de bénéfices au niveau des apprentissages, la prudence s’impose, mais d’autres études confirment l’attrait des garçons pour l’utilisation des nouvelles technologies. Voici une piste intéressante…

Looker et Thiessen en juin 20032 ont démontré que les garçons disaient (en plus grande proportion que les filles) utiliser davantage l’ordinateur pour les travaux scolaires et les jeux vidéos. Dans deux enquêtes (EJET3 et PISA4), les garçons étaient plus susceptibles que les filles de dire qu’ils avaient «d’excellentes connaissances en informatique» (38% des garçons comparativement à 17% des filles dans l’EJET et pour PISA, 15% des garçons comparativement à 8% des filles dans l’ESG (Enquête sociale générale )5. On peut donc faire le pari que les TIC motivent davantage les garçons, à tout le moins…

Dans plusieurs projets où l’utilisation de logiciels sociaux permet la publication Web, on a interrogé des garçons qui semblaient manifester beaucoup d’intérêt pour la lecture et l’écriture. Quand on leur demande en quoi la publication sur un blogue les aide à apprendre, les réactions ne se font pas attendre6:

  • «Dans mon espace Web, personne ne peut m’interrompre contrairement à quand je suis en présence des gens. Je suis du genre à ne pas trop m’étendre quand je vois la réaction des gens à ce que je dis, alors que sur mon ordinateur, je vais au fond des choses parce que je ne vois les réactions qu’une fois que j’ai terminé…» (Louis-Étienne)
  • «C’est motivant de publier ses devoirs dans un blogue parce qu’il n’y a pas que le prof qui peut voir mes travaux. Je suis quelqu’un qui aime avoir de l’attention et l’idée que la planète entière peut lire ce que je publie me motive beaucoup.» (Dominick)
  • «Je sais que plusieurs adultes trouvent qu’on en dit trop sur le Web dans nos séances de « chat » et sur nos blogues, mais ont-ils seulement pensé que c’est sur le Web en particulier que nous aimons échanger et surtout, être en lien avec les amis? Envoyer des messages textes, écrire sur MySpace ou Facebook, c’est écrire non? Et écrire, c’est aussi lire? Pourquoi est-ce qu’on ne reconnaît pas qu’il y a beaucoup à apprendre avec ces outils plutôt que les dénigrer?» (Simon)

Ici, c’est vraiment de «connections» dont il faut parler. Un jeune aujourd’hui, (et un garçon en particulier) apprend rapidement qu’être en lien avec les autres, ça se passe beaucoup en ligne. Les jeunes sont interconnectés par les téléphones mobiles, les «sites Web dits 2.0», qui multiplient les interactions entre leurs utilisateurs, et la production d’images et de vidéos facilitées par ces sites Web sociaux.

Dans ce contexte, il est intéressant de lire dans un document du ministère de l’Éducation en Ontario que c’est «en partageant publiquement leurs expériences [de lecture], que les garçons augmentent leurs liens avec les lecteurs qu’ils côtoient, le principe étant que chaque impression personnelle partagée est aussi affectée par les contributions des autres et souvent par le soutien avisé de la personne enseignante»7. Depuis le temps qu’on reproche aux hommes de ne pas aimer parler de leurs sentiments et émotions; est-ce que la publication sur le Web avec son petit côté «désinhibant» peut aider les garçons à mettre en mots une partie de ce qui les habite? Plusieurs éducateurs commencent à le penser…

Ce n’est pas d’hier que les enseignants ont identifié le grand besoin d’interaction sociale des garçons. Et si on exploitait cette grande souplesse que permettent les TIC en matière d’accès aux autres et d’interaction? Manifestement, les enseignants qui utilisent les blogues dans un contexte d’apprentissage scolaire (plusieurs écoles ont débuté des expériences en ce sens8), atteignent un niveau de production d’écriture rarement égalé autrement et de plus, peuvent compter sur la communauté des lecteurs pour motiver les jeunes à bien maîtriser la langue.

Il est intéressant d’observer les élèves quand ils constatent que l’enseignant de français n’est plus le seul à se préoccuper de la qualité de la langue. Au sein d’une communauté où les blogues sont utilisés, grand-papa autant que le voisin en passant par le simple internaute, les commentaires sur le niveau de maîtrise de la langue sont légions… Il devient bien plus facile en classe de comprendre pourquoi il est important d’apprendre les règles de l’utilisation de cette belle langue qu’est le français. En étant plus fiers de leur image sur le Web, les jeunes garçons deviennent plus vigilants parce qu’ils ressentent que toute la communauté accorde de l’importance à la maîtrise du français; n’est-ce pas ce que tout éducateur souhaite?

Les spécialistes qui ont étudié les difficultés scolaires des garçons mentionnent que trop souvent «les résultats qu’ils obtiennent ne sont pas toujours liés à leurs comportements», pensent-ils, «mais à la chance ou à des facteurs contrôlés par les autres9». Sur un espace Web, quel qu’il soit, les garçons ont du concret à se mettre sous les yeux. Ils voient le résultat de ce qu’ils font et le regard qu’ils reçoivent des autres les incite souvent à regarder la situation bien en face ce qui contribue à leur faire envisager de vraies mesures pour agir sur leurs difficultés. N’est-ce pas là un début de solution à leurs difficultés scolaires?

N.B. Cette version diffère quelque peu de celle parue dans la revue. Ce texte ici est un peu plus long…

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