Apprendre, savoir apprendre et entreprendre

J’ai écrit un livre avec neuf autres collègues blogueurs qui traite du phénomène des blogues à travers le prisme de l’entrepreneur, «Pourquoi bloguer en contexte d’affaires». À chaque lundi du 3 septembre au 1er octobre, je publie ici un extrait du chapitre «Bloguer pour apprendre». Le texte sous l’hyperlien plus bas est une version longue et non révisée par rapport au manuscrit. Les internautes sont invités à commenter puisque le livre pourrait être enrichi par les conversations; on ne sait jamais si une deuxième édition sera nécessaire… Le bouquin est actuellement en prévente à 25$; il est possible de commander son exemplaire dédicacé à partir du formulaire en ligne.
L’extrait du 10 septembre dernier était: «Qui blogue et pour apprendre quoi?». L’extrait du 24 septembre prochain sera: «Bloguer au masculin pluriel».


Apprendre, savoir apprendre et entreprendre
Quand je regarde comment le blogue me permet d’apprendre, je réalise souvent que ce sont les risques que je prends qui portent des fruits. «Réfléchir tout haut» devant une foule d’individus qui expriment parfois leurs réactions et peuvent mettre le doigt sur certaines de vos incohérences est un exercice périlleux, mais extrêmement formateur. En affaire comme dans bien des domaines, on imagine (trop) souvent que les conséquences négatives l’emportent quand vient le temps de soupeser les risques de mettre le pied à côté de la ligne. C’est exactement l’inverse sur un blogue. Comment anticiper les conséquences d’un geste posé, d’une parole dite? Stephen Downes raconte sur son blogue qu’il est bien possible que «l’école ne vous enseigne pas les dix clés dont vous avez vraiment besoin pour avoir du succès en affaires» comme dans bien d’autres domaines et savoir anticiper serait l’une d’elles… (Stephen réagissait à ce moment aux «Ten Things to Learn This School Year» d’un des blogueurs d’affaires les plus réputés, Guy Kawasaki.
J’étais directeur d’une école privée dans un quartier bien en vue de Québec. Mon école disposait d’une clientèle abondante qui était formée de parents animés d’un fort sentiment d’appartenance à l’institution. L’idée de voir apparaître sur les sites Web de l’école des fautes d’orthographe (du directeur autant que des élèves) ne cadrait absolument pas avec les standards de la maison. L’arrivée de la réforme de l’éducation qui n’avait pas bonne presse coïncidait avec l’implantation d’un nouveau programme pour «les plus vieux» du primaire où chaque élève disposait d’un ordinateur portable pour apprendre. Je m’étais dit qu’il fallait que je m’administre ma propre médecine (celle des blogues) si je voulais demeurer crédible auprès des parents et des professeurs à qui je «vendais» l’idée qu’un des principaux leviers de cette nouvelle «cyberpédagogie» était la pratique carnetière sur le Web. L’expérience d’apprendre par des outils virtuels et en évolution (la «cyberpédagogie») peut aussi être caractérisée par le vocable «éducation 2.0» ou celle au contact d’un nouveau paradigme, celui de l’apprentissage en opposition à l’ancien, celui de l’enseignement. Sur ce sujet, le site de la non-conférence «Vers l’éducation 2.0» pourrait s’avérer utile et instructif.
J’ai été agréablement surpris dès le départ de la courtoisie avec laquelle les gens ont pointé mes défaillances. En reconnaissant qu’il y avait de l’audace dans le fait d’exposer ainsi, candidement, ses forces et ses faiblesses, les gens que je rencontrais sur le Web autant que dans les corridors étaient moins préoccupés des fautes et des imperfections qu’intrigués par mes propositions pour les corriger. Et je ne parle pas de l’impact d’avoir accès à plusieurs de mes réflexions… Autrement dit, sur un blogue, la sincérité avec laquelle vous vous engagez à corriger ce qui ne marche pas importe davantage que le souci de ne rien laisser paraître de vos imperfections. Les quarante jeunes avec qui je vivais cette expérience, me faisaient remarquer la même chose : «Les gens sont gentils, mais il faudrait peut-être qu’ils en reviennent un peu de nos fautes. Comment veulent-ils qu’on apprenne si on ne peut pas faire d’erreur?» La lecture des billets (et des commentaires) des mois d’automne de l’année scolaire 2003 de leur blogue de classe nomme assez bien le parcours que nous avons suivi.
La pression était forte en octobre 2003 dans mon bureau. Mon blogue m’a bien servi par les nombreux dialogues qui me guidaient dans le chemin à fréquenter. Je me suis même pris au jeu en classe. C’est en dialoguant avec les élèves que je me suis laissé conduire vers un système d’icônes que les jeunes voulaient que j’invente. «Quand on mettra «Texte de qualité», les gens nous parleront de nos fautes, mais si on met «Texte en construction», les gens comprendront que notre travail n’est pas fini et qu’ils doivent nous parler de d’autres choses que des fautes…» L’essentiel était là. Comprendre que c’est en écrivant qu’on devient meilleur écrivain, que c’est en lisant qu’on devient meilleur lecteur. Ça s’est passé comme ça pour moi aussi. Le blogue m’a fourni l’encadrement pour développer un talent que je ne me savais même pas avoir. En plus, autant avec les élèves qu’avec les parents ou les membres du personnel, je ne compte pas le nombre de conversations qui découlaient de ce qui était écrit sur nos blogues. La communauté d’apprentissage était en train de se bâtir…
Se produire en public est un puissant stimulant dans l’apprentissage des sports et de la musique. Avez-vous déjà entendu une jeune fille jouer du violon après quelques leçons où l’enseignante a jugé qu’il était temps de se produire devant un public pour apprendre de ses erreurs? C’est pénible, mais chacun comprend que c’est une phase nécessaire… Bloguer en décrivant simplement le contexte de ses apprentissages fournira la même marge de manœuvre qu’à cette violoniste en devenir. On voudra de vous de la sincérité, des améliorations et beaucoup d’efforts, mais on sera prêt à vous pardonner vos fausses notes si on reconnaît dans votre ton une harmonique prometteuse… Entreprendre de bloguer, c’est se donner la chance de se produire en public. C’est s’exposer à se faire lancer des tomates, mais c’est surtout prendre le risque de se laisser influencer par les autres. S’ils sont silencieux la plupart du temps, on apprend rapidement à reconnaître leur présence et on les oublie un peu pour se concentrer sur soi-même et plonger dans ce qu’on peut faire de mieux. Il arrive aussi au terme d’une performance hors de l’ordinaire que les applaudissements fusent… à ce moment, les commentaires abondent!
Exister en affaire et apprendre au 21e siècle
Plusieurs facettes du joyeux monde des affaires commandent un ajustement dans le contexte de la globalisation des marchés et du développement des nouvelles technologies. Il faut apprendre constamment pour demeurer compétitif. Et cette capacité d’apprentissage doit être constamment sollicitée. Maintenant que le contenu est partout, on ne doit pas se fier sur la formation continue pour pouvoir y avoir accès. On doit être positionné pour qu’il nous arrive, pour qu’on l’attire. C’est ce qu’un blogue d’affaires fait.
Sous forme de portfolio électronique, le blogue d’affaires nomme les sujets d’expertise que possèdent l’entreprise ou l’institution. En affichant sur le Web le maximum de compétences, deux phénomènes risquent de frapper le nouveau blogueur. Les gens (vos clients et vos coopétiteurs) vont vous reconnaître dans votre marché et ils vont ajouter à votre valeur leurs expertises. L’ancien réflexe qui consistait à taire ses forces pour ne pas se les faire piquer est remplacé par une propension à nommer autant ses réussites que le processus par lequel elles sont survenues. Il arrive même qu’en documentant un passage à vide, on récolte une valeur ajoutée de par la sincérité de son engagement et sa transparence.
Le portfolio électronique des entreprises sur un blogue permet de positionner son patrimoine, mais permet aussi de tirer vers elles, les meilleurs candidats dans un contexte de rareté de main-d’œuvre annoncée. En matière de recrutement, le blogue change complètement la donne. Davantage qu’un curriculum évolué, le blogue dans une logique de ePortfolio vient affirmer l’identité virtuelle d’un individu. Qui n’a pas Googlisé un individu pour tomber sur quelques liens épars qui donnent un portrait bien incomplet d’une personne? Un blogueur attentif à son ePortfolio contrôle son identité sur La Toile en regroupant tout ce qu’une entreprise recherche:

  • «What?» (Les traces d’apprentissage que j’ai accumulées au fil du temps); c’est mon blogue.
  • «So What?» (Qu’est-ce que ces pièces montrent de mes acquis au moment où j’en suis); ce sont mes compétences démontrées.
  • «Now What?» (Mes objectifs de carrière)»; ce sont mes défis(source).

Pas étonnant que l’État du Minnesota au complet s’y soit mis et qu’à l’échelle européenne, l’opération soit déjà bien enclenchée; une visite sur le site de la société EifEL pourra vous permettre d’apprendre davantage de l’initiative qu’elle coordonne, le «Protocole d’Accord Europortfolio: ePortfolio pour tous» en Europe. Au Canada, il y a aussi de belles initiatives comme le démontrent les travaux d’un des pionniers des portfolios électroniques au Québec, Robert Bibeau.

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