Déclaration du RAEQ

J’ai participé samedi dernier à une rencontre du Réseau pour l’Avancement de l’Éducation au Québec regroupant une centaine de personnes. L’objectif était de se donner une position commune suite à la demande d’avis de la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport au Conseil supérieur de l’Éducation quant à «la manière de rendre compte des connaissances acquises par l’élève dans le bulletin et le bilan des apprentissages». Voici cette position:

Évaluer des compétences, c’est en même temps rendre compte de l’acquisition des connaissances

  • Le RAEQ rejette de façon catégorique l’idée d’un bulletin où les enseignants et enseignantes devraient produire deux évaluations, une pour les compétences et une autre pour les connaissances et en rendre compte sur deux colonnes juxtaposées dans les bulletins.
    • Cela est contraire à la philosophie même de l’évaluation selon les fondements de la réforme et contrevient à l’esprit même du renouveau pédagogique.
    • Cela obligerait les enseignants et enseignantes à consacrer beaucoup de temps à la préparation du bulletin, un temps précieux qu’il serait préférable d’investir à analyser les productions des élèves pour mieux les aider à réussir.
  • La question posée par la ministre de l’Éducation quant à «la manière de rendre compte des connaissances acquises par l’élève dans le bulletin et le bilan des apprentissages» s’inscrit dans le contexte où le développement des compétences est interprété à tort comme un déni des connaissances. Rendre compte des compétences, c’est en même temps rendre compte de l’acquisition des connaissances, car évaluer des compétences, c’est aussi évaluer des connaissances.
  • Le RAEQ estime que l’action à mener n’est pas de savoir comment rendre compte de l’acquisition des connaissances dans le bulletin, mais plutôt de soutenir le travail des enseignants et des enseignantes à poursuivre et à consolider leur prise en compte de l’acquisition des connaissances dans l’évaluation des compétences, sans oublier la prise en compte des habiletés et des attitudes.

Préoccupations fantaisistes que tout cela? Que non! Maintenir le cap sur le développement de compétences constitue un des enjeux majeurs de la réforme amorcée depuis dix ans déjà. Car son but premier est de former des jeunes non seulement « connaissants », mais aussi compétents tant dans leur rôle actuel d’élève qu’en vue de leur vie citoyenne future. Car on peut accumuler beaucoup de connaissances, sans être compétent, mais l’inverse n’est pas vrai. Or la question posée par la Ministre, comme ses déclarations contradictoires des derniers jours laissent planer des doutes sérieux sur sa volonté de soutenir cette orientation fondamentale.

Ces préoccupations sont-elles celles de pédagogues? Que oui. Les membres du RAEQ réunis en journée d’étude sont pour la plupart des parents, des enseignantes et enseignants, des directrices et directeurs d’établissements scolaires, des conseillères et conseillers pédagogiques, des cadres scolaires profondément engagés sur le terrain dans la réforme.

Or des témoignages nombreux entendus samedi montrent que des efforts soutenus sont faits dans les établissements et les commissions scolaires pour rendre compte des connaissances dans l’évaluation des compétences. Mais compte tenu du changement important que la réforme a induit dans la pratique enseignante, tout n’est pas encore parfait. Il s’agit donc en quelque sorte d’aider les enseignants et enseignantes à accroître leur compétence professionnelle en matière d’évaluation de compétences. Voilà le vrai et principal défi.

Au cours de cette journée, il a été dit et redit que développer des compétences exige l’acquisition de diverses ressources où les connaissances sont particulièrement importantes (connaître une définition, connaître les concepts associés à une discipline, connaître des stratégies, connaître l’explication d’un phénomène, connaître un moyen d’analyse…). Cependant, développer des compétences, c’est plus que « connaître », c’est pouvoir utiliser ses ressources, particulièrement ses connaissances, dans diverses situations, et ce, dans l’action. Cela veut dire que l’évaluation des connaissances fait déjà partie de l’évaluation des compétences.

Quand on dit d’un médecin ou d’un enseignant qu’il est compétent, on dit familièrement qu’il « connaît son affaire ». Cela veut dire que la manifestation de sa compétence reflète l’acquisition de connaissances, d’habiletés et d’attitudes. Il en va de même pour les élèves : celui qui est compétent pour écrire des textes variés, c’est qu’il a appris ce qu’il y a à connaître pour bien écrire, il possède les habiletés requises et manifeste généralement des attitudes positives à l’égard de l’écriture. Celui qui est compétent pour résoudre des problèmes de mathématiques, connaît le sens de concepts mathématiques, utilise des stratégies qu’il a déjà pratiquées et manifeste un certain intérêt pour s’engager dans la tâche.

Au plan pratique, de nombreux témoignages d’enseignants et d’enseignantes entendus samedi montrent bien qu’ils n’ont jamais cessé d’évaluer les connaissances. De plus, ils utilisent déjà des façons variées d’en rendre compte aux parents, les uns en leur présentant le portfolio de leurs enfants, d’autres en commentant dans le bulletin les forces qu’ils possèdent et, le cas échéant, les défis à relever au plan des connaissances à acquérir pour devenir plus compétents. Certains établissements avaient déjà même prévu dans leurs bulletins des espaces spécifiques pour insérer, le cas échéant, des commentaires au bulletin à propos des connaissances acquises. Bref, les moyens sont variés et sont liés à l’exercice de la compétence professionnelle des enseignants et enseignantes en tenant compte des besoins des parents, mais aussi de ce qui peut le mieux aider les élèves à s’améliorer et à réussir. Les expériences relatées montrent que des commentaires pédagogiques répondent bien et mieux qu’une note chiffrée aux attentes des parents.

Il s’agit donc de poursuivre et de consolider le travail d’intégration – ce qui s’oppose à toute juxtaposition – de la prise en compte de l’acquisition des connaissances dans l’évaluation des compétences. Ce n’est que dans cette perspective que l’évaluation des compétences prend tout son sens. Informer les parents de ce que cela veut dire, leur montrer comment cette articulation est réalisée, leur permettra de comprendre ce dont il s’agit. Ce n’est que par une telle articulation que le Programme de formation de l’école québécoise pourra continuer à être mis en œuvre et que les élèves deviendront des êtres compétents.

N.B. La déclaration est signée par Louise Lafortune (Porte-Parole pour le RAEQ) et Jean-Pierre Proulx (Coordonnateur des communications du RAEQ).

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3 Commentaires
  1. Photo du profil de SamuelGouin
    SamuelGouin 15 années Il y a

    Dès le début de l’année scolaire 2007-08, nous, les étudiants de l’école secondaire les-Compagnons-de-Cartier, avons reçu un mémo du ministère de l’Éducation des loisirs et des sports disant que, dès cette année, les bulletins de tous les élèves revenaient en pourcentage, sauf le programme PROTIC, dans lequel j’étudie. Sauf que, au lieu de recevoir des bulletins comme les autres années auparavant, nous receverons une sorte de communiqué sur lequel nos professeurs ne peuvent même plus écrire les commentaires qu’ils voudraient. Personnelement, je trouve approprié la notation en pourcentages pour certaines matières, comme les mathématiques, où il serait plus facile, selon moi, d’évaluer l’élève en pourcentage et avec une note de compétence seulement pour la démarche, car l’on dira ce que l’on voudra, mais le fait est que concrètement, les profs ont le dernier mot sur la note finale en lettre. Cependant, d’autres matières comme l’anglais (et le français) ne peuvent pas vraiment dire si l’élève est compétent avec la notation en pourcentage. Un élève peut savoir très bien accorder le verbe « to be » au passé, s’il ne sait pas quand il doit s’en servir, c’est presque inutile. Il arrive, lorsque nous sommes obligés de parler en anglais, que nous nous trompions, des erreurs souvent banales. Par exemple, j’aitais, cette été, en voyage dans les États-Unis et quelqu’un de ma famille à commandé un « hamburger with fromage », alors qu’au Québec nous employons le mot « cheeseburger ». Certaines matières peuvent être pertinentes à évaluer en pourcentage, mais je ne suis pas d’accord avec le fait que le MELS remette les bulletins en pourcentage (et dans ce cas ci, en pourcentage plus les compétences, ce qui donne beaucoup plus de travail aux enseignants) seulement pour que les parents puissent comprendre de la même façon que lorsqu’ils étaient à l’école. Bien sur qu’il ne peut pas y avoir de moyenne de classe, mais certains parents devraient peut-être seulement se faire expliquer en détails pour comprendre les bulletins par compétences.

  2. Photo du profil de Mario Asselin
    Mario Asselin 15 années Il y a

    Le dossier des bulletins chiffrés est complexe et je suis très encouragé que tu puisses prendre part au débat sur l’à-propos d’évaluer les apprentissages avec des pourcentages ou pas. Le passage où tu mentionnes qu’un «élève peut savoir très bien accorder le verbe « to be » au passé, s’il ne sait pas quand il doit s’en servir, c’est presque inutile», est très fort parce qu’il démontre que ce n’est pas tout de «savoir»… il faut aussi développer la «compétence» d’écrire. Évaluer une compétence en pourcentage, c’est difficile et présentement, tu vises juste en disant que les profs passent beaucoup de temps à envisager cette éventualité. Ta compréhension du programme de formation (par compétence) me ravi…
    J’en profite un peu Samuel… Votre expérience des blogues scolaires débute à Protic… Toi, personnellement, est-ce que tu crois que ça change beaucoup de choses de savoir que plusieurs personnes pourraient vous lire et commenter vos travaux et vos réflexions? Est-ce que ça vous motive ou ça vous rend nerveux?
    N.B. Si jamais tu parles à un de tes profs de cette discussion, pourrais-tu lui demander de venir nous expliquer cette exception que tu nous rapportes concernant Protic qui n’est pas obligé de donner des résultats en pourcentage… Est-ce que c’est en lien avec l’approche particulière de votre programme?

  3. Photo du profil de SamuelGouin
    SamuelGouin 15 années Il y a

    Personnellement, moi je ne tiens pas vraiment compte de tous ceux qui peuvent me lire et je trouve m

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