André Hallé nous quitte sans avertir

«C’est ici, comme partout, le même système absurde. On dirait que les confectionneurs de programmes raisonnent ainsi: «Voilà des élèves qui, sortis de l’école, n’ouvriront plus jamais un livre pour une lecture désintéressée: aussi, du temps que nous les tenons nous allons les bourrer, les gorger.» En effet, par cette méthode de gavage, bonne à engraisser les animaux, on arrive à dégoûter les jeunes gens de ce qu’ils croient être le travail intellectuel et qui n’en est qu’une monstrueuse contrefaçon. Aussi, après l’examen du brevet supérieur, plusieurs directeurs me signalaient « une complète indifférence, beaucoup d’apathie ».

André Hallé aurait pu écrire ça, je crois. Au moment où j’étais en train de lire un extrait de «La Faillite de l’enseignement» rapporté par Gilles Jobin, j’apprends par l’entremise d’un courriel que André nous a quittés, hier soir, à la suite «d’une courte, mais foudroyante maladie».

L’ex-directeur de l’École Bienville de la CSDM a été un des premiers à m’accueillir comme collègue de la direction d’une des seize premières écoles ciblées au primaire, au début des années 2000. Je me souviens qu’il en menait large au sein du groupe. Avec André, on savait tout de suite où on en était… et grâce à lui, j’ai été intégré au groupe, «malgré» ma condition de directeur d’une école privée.

Cela dit, même si je n’ai pas connu aussi bien ce patriarche que d’autres, je me suis vite aperçu de ses grandes qualités de gestionnaire, de son amour de la vie et surtout, de sa droiture qui en faisait quelqu’un de crédible au sein du groupe en cette période de grande turbulence où les changements à faire étaient loin de faire l’unanimité. André avait le don d’animer le groupe. Il connaissait bien «la machine» et savait comment naviguer en eau trouble…

André a quitté avant que le party commence, sans avertir. Ce n’est pas trop son style. En tous les cas, pas celui que je lui connais; sa présence était du genre festive, puisque le plaisir semblait toujours l’accompagner. La voix grave, je l’entends encore dire à qui voulait bien l’entendre…

«C’est toi, le prof, c’est à toi de décider». (source)

André est passé en coup de vent dans ma vie d’éducateur. Je l’ai croisé à quelques reprises après que le groupe des écoles ciblées se soit dissous et à chaque fois, on s’est rappelé de bonnes discussions et quelques empoignades aussi. André ne fuyait jamais un bon combat d’idées…

Le caractère soudain de la nouvelle de son décès fait en sorte que le moment de lui rendre un dernier hommage pourrait passer sans que tout son monde le sache. Je me permets donc de convier ceux qui auraient le goût à lui rendre un dernier hommage, à Laval, au salon Alfred Dallaire (2159 Boul. St-Martin), coin Papineau à Laval les 26 et 27 décembre prochains. À 15 heures samedi prochain, son ami Pierre Gonneville, prêtre, y animera une petite célébration de la parole. On sera quelques-uns à avoir «le motton» dans la gorge…

Jules Payot (1859-1940), l’auteur de l’extrait en début de billet, aura un complice de plus avec Celestin Freinet et Maria Montessori, pour continuer de refaire le monde en haut, sur la base «de la générosité du coeur»!

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1 Commentaire
  1. michel le neuf 9 années Il y a

    Bonjour Mario !
    Merci de l’avoir signalé. J’ai renoué avec André Hallé à la même époque où toi tu l’as connu. Je dis bien « renoué », car j’ai connu André à l’époque où il était prof d’éducation physique. Il m’a enseigné…
    André, ça a été une des premières « vedettes » de la réforme…même s’il n’aimait pas que je lui dise ça.
    Joyeux Noël Mario !

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