Je tire ma langue au chat

J’hésitais entre «tirer la langue» ou «donner ma langue au chat». J’ai opté pour une combinaison des deux…
De fait, j’ai de moins en moins envie de chercher la réponse exacte à certaines questions. Celles qui découlent de l’utilisation des nouvelles technologies par les «natifs du numérique», entre autres. Et plus précisément, sur deux sujets:

  • La langue
  • L’effort

Je suis retourné à l’Institut St-Joseph aujourd’hui pour y rencontrer un journaliste qui était en reportage, en suivi à l’article de Michel Dumais qui traite du «fossé générationnel entre « natifs » et « immigrants » du numérique». Michel a eu le bonheur, récemment, de rencontrer Marc Prensky et l’article qui rend compte de l’entrevue semble continuer d’inspirer énormément les journalistes. Et les blogueurs aussi… (1, 2)

Je veux simplement me garder une note, ici, du constat à l’effet que les plus grands reproches qui seraient adressés à ces jeunes qui «sont de la toute première génération à avoir grandi avec les outils numériques» seraient qu’ils négligent leur langue maternelle au Québec davantage que les jeunes des générations précédentes et aussi, qu’ils ont moins le sens de l’effort.

Je ne sais pas si c’est moi qui rêve, mais il me semble que les jeunes (et leurs usages des TIC) ont le dos large en s’il-vous-plaît quand vient le temps de chercher des coupables sur ces questions de langue et d’effort. On comprendra que je n’ai rien de personnel à reprocher au journaliste rencontré aujourd’hui; professionnel jusqu’au bout des ongles, j’ai passé un très bon moment avec lui et les jeunes de la classe du programme Démocra-TIC. Je me demande plutôt pourquoi on ne regarde pas du côté des autres variables dans la vie des jeunes qui pourraient expliquer leurs difficultés, si effectivement, «le niveau» baisse tel qu’on le laisse entendre.

Parmi ces variables, je soumets, le plus petit nombre d’enfants dans chaque famille qui teinte leur façon de «vivre ensemble», le rythme de vie plus soutenu de leurs parents qui compensent parfois le moins de temps disponible pour donner de l’attention à leur(s) enfant(s) par une propension à donner beaucoup (et beaucoup plus vite) sur le plan matériel et enfin, l’absence de cohérence entre le discours ambiant qui valorise l’effort et le respect de la langue et le comportement des adultes dans/hors de l’école. D’ailleurs, je reste convaincu autant au niveau de la valeur «effort» qu’au niveau de la valeur «qualité de la langue» qu’une communauté cohésive et conséquente (famille, équipe-école ou collectivité territoriale) est la seule «assurance» de pouvoir conserver en haut de liste ces deux valeurs.

Quand je lis un article comme celui d’aujourd’hui signé par Rima Elkouri, j’en suis davantage convaincu.

Je reviendrai plus tard sur la notion «d’éducation au délai» qui me paraît être une autre variable négligée dans les causes possibles des problèmes (s’ils existent) rencontrés. Cette dernière variable est cependant plus liée aux usages éclatés des TIC par les jeunes.

Pourquoi persiste-t-on à vouloir faire porter par nos jeunes nos propres incohérences d’adultes sur les questions de langues et d’effort?

Je tire ma langue au chat!

J’attendrai d’écouter le/les reportage(s) du journaliste rencontré aujourd’hui avant d’ajouter aux sujets de notre conversation…

Mise à jour du 16 janvier: Le lien n’est pas direct, mais la lecture du carnet Web d’Antoine Robitaille du Devoir qui «s’intéresse aux mots qui sortent de la bouche des hommes et des femmes politiques» témoigne que la qualité de la langue est un combat de tous les instants. Aussi, Clément Laberge a écrit deux excellents billets, dans la foulée du miens, «Aider l’école» et «Apprendre à attendre».

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3 Commentaires
  1. Martin Lessard 10 années Il y a

    La « Galaxie Gutenberg » n’est pas éteinte comme annoncée par McLuhna et je crois que les « nouvelles technologies », du moins dans sa forme actuelle, nous en rapprochent plus qu’il nous en éloigne –comme le ferait l’image (télé ou cinéma)–.
    Et particulièrement l’autopublication –blogue ou microblogage (Twitter) — offre davantage de pratiquer sa langue d’une façon moins relâchée.
    Il donne aussi accès, comme jamais, et par-dessus les anciens gardes-barrières, à ces autres continents linguistiques, en particulier l’anglais, et on retrouve un univers multilingue qu’il a toujours été pour la classe d’élite qui voyage ou ces citoyens du monde.

  2. Photo du profil de Mediacteur
    Mediacteur 10 années Il y a

    « Je me demande plutôt pourquoi on ne regarde pas du côté des autres variables dans la vie des jeunes qui pourraient expliquer leurs difficultés, si effectivement, «le niveau» baisse tel qu’on le laisse entendre« .
    Je ne suis pas si sûr que çà que le niveau soit en baisse. Je pense d’une certaine manière comme toi, Mario (mais j’élargis ton propos) que cette lecture d’une baisse de niveau tient aussi au fait qu’on ne prend pas en compte les autres variables qu’il faut pour mesurer le niveau.
    La maintenance de niveau doit-elle être appréciée par des critères stables (je dirais péjorativement, figés) : niveau de langage, masse des connaissances disciplinaires… ou plutôt se mesurer à la capacité d’adaptation et d’interaction performante dans le contexte contemporain (en perpétuelle évolution) ? Ce qui réclame aussi des savoirs et des savoir-faire, mais peut-être plus les mêmes !
    Je regrette amèrement cette tendance de certains adultes qui déplorent cette baisse de niveau chez les jeunes (1) et qui ne savent pas apprécier tout ce que cette génération sait et sait faire dans le contexte d’aujourd’hui. C’est ce que j’aime bien dans l’intuition de Marc Prensky. C’est ce que j’aime bien dans cette vidéo.
    Quand on ne porte pas les bonnes lunettes, on est tenté de voir des choses qui ne sont pas, à mon sens.
    Il nous faut une jeunesse qui sait rebondir ! Vivre (et grandir), c’est muter, disait -je crois- le titre d’une pièce de théâtre, à moins que ce soit le titre d’un essai ou d’un roman.
    J’aime cette phrase et je me réjouis des jeunes qui nous arrivent ! (Je suis déjà deux fois grand père !) Digital natives ? Eh bien, c’est justement vers ça que le monde va ! Ca tombe bien, non ?
    (1) Et je ne développe pas ici, par économie de place, le reproche du manque d’effort ! Moins d’effort, soyons honnête, c’est la recherche -légitime- de tout un chacun quand il produit ! Pourquoi alors en faire une valeur en soi !?

  3. Photo du profil de ClementLaberge
    ClementLaberge 10 années Il y a

    Traces de ma réflexions après la lecture de ton texte ici:
    http://remolino.qc.ca/2009/01/15/aider-lecole/
    Une autre suivra peut-être en rapport avec « l’éducation au délai ».
    à+

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