De la confusion pédagogique à la confusion technologique

Mon aventure d’hier a généré plusieurs commentaires et quelques bons retours d’expériences… Une chose me frappe encore plus fort aujourd’hui: que de temps perdu par les enseignants et les intervenants scolaires à jouer au chat et à la souris avec les pare-feu des commissions scolaires. Plusieurs personnes travaillent beaucoup à acheminer des demandes de déblocages, plusieurs personnes travaillent beaucoup à essayer de débloquer et personne ne semble connaître les autorités qui ont planifié cette immense tour de Babel informatique qui ne rend pas les services de sécurité pour lesquels elle a été érigée!
Le témoignage de Roberto (commentaire #4 du billet précédemment cité) est éloquent et en a frappé plus d’un:

«J’ai la clé passe-partout de tous les locaux de l’école, du code de notre système de sécurité et d’intrusion, de notre coffre-fort, des comptes de banque et de cartes d’achats pour l’école, mais impossible d’obtenir le mot de passe du réseau sans fil…»

C’est comme si le fait de donner le plus de pouvoir possible aux gens qui sont loin de l’action pédagogique était devenu une règle en matière d’utilisation des nouvelles technologies!

Bruno Devauchelle a bien décrit les enjeux dans son billet d’aujourd’hui

«Car il se pourrait bien que ce soit simplement notre capacité à éduquer qui soit en train de disparaître. Cette hypothèse émerge progressivement dans notre environnement dès lors que l’on écoute un tant soit peu nos congénères. Dans le monde enseignants les choses sont encore plus impressionnantes, tant la schizophrénie guette et tant le grand écart entre ce que je dis et ce que je vis peut prendre une dimension importante.»

Je regardais (et écoutait) le témoignage de Bruno Lebrat (Professeur d’histoire-géographie au collège Les Allinges de Saint Quentin Fallavier) dans le contexte de ses expériences d’utilisation d’un espace numérique de travail avec ses élèves et je me disais qu’il ne faut pas se laisser gagner par le pessimisme. Chacun sait que je suis plutôt critique de ce fourre-tout qu’est devenu le «paradigme ENT», mais tout comme avec celui de l’interdiction plutôt que l’éducation le manichéisme ne peut probablement pas prendre toute la place…

Mais il y a des journées où vous avez le goût de «péter une coche»… Le Sénat en France voudrait «interdire l’usage du téléphone portable à l’école et au collège», si j’ai bien compris François Jarraud au Café Pédagogique. Rien pour me calmer…

Heureusement, j’ai lu le Café Pédago juste avant de lire cette lettre ouverte au Devoir qui m’a apaisé :

«Il y a une centaine de générations déjà, Aristote écrivait: «À l’heure actuelle […], on est en désaccord sur les matières à enseigner: tous les hommes n’ont pas les mêmes opinions sur les choses que la jeunesse doit apprendre […].» Tout laisse croire que le désaccord persistera pour une autre centaine de générations. Au Québec comme ailleurs, aujourd’hui comme jadis, les parents devraient se méfier des marchands de solutions simples.»

J’en suis rendu à me demander si le seul vrai remède contre la confusion ne consisterait pas à interdire d’interdire?

Mise à jour du 12 octobre 2009: Comme l’affirme le prof Noël, «Les recoupements entre les écoles et les entreprises à propos de l’internet bloqué sont étonnant». À lire dans cet article sur Slate.fr.

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2 Commentaires
  1. Photo du profil de Marc-AndreCaron
    Marc-AndreCaron 11 années Il y a

    Hier, sur Twitter, j’ai découvert un site qui à son tour m’a fait découvrir Ning.com, un site où l’on peut construire une communauté (d’apprenant).
    Aujourd’hui, j’ai constaté que ce site est bloqué par le réseau de ma CS. Ayant mon directeur adjoint sous la main, je lui ai fait part du problème. Il m’a dit de lui envoyer un courriel qu’il ferait suivre à la CS (en laissant sous-entendre que Ning.com serait accessible).
    Je lui ai ensuite fait part du fait que nous (enseignants) aimerions exploiter les ressources de YouTube, Facebook et Twitter (entre autres) à des fins pédagogiques. Il m’a dit que nous pourrions étudier la question, voir pourquoi est-ce que c’est bloqué, et pourquoi est-ce que nous ne pourrions pas changer cela.
    Il y a de l’espoir, il y a une ouverture. Cette année, nous entreprenons les démarches pour évoluer… n’est-ce pas là le but d’une école?
    Note de Mario: Voilà un témoignage réjouissant. Bonne chance dans vos démarches et tenez-nous au courant des résultats!

  2. Photo du profil de JJ
    JJ 11 années Il y a

    Une autre forme de réticence étrange :
    Il y a quelques années quand j’enseignais la philosophie, j’ai crée un site web dédié à mes élèves, pour indiquer de bonnes ressources pédagogiques, diffuser des support d’exercice, ou des corrections suite à des examens.
    Le proviseur était enthousiaste.
    L’aventure s’est rapidement terminée lorsqu’en jetant un oeil sur le contenu multimedia, il m’a fait part de son désaccord proprement pédagogique, alors que j’avais toute liberté d’exploiter ce contenu au sein même de la salle de classe.
    Comme quoi, c’est bien la question du rapport au support qui est en jeu, et des modalités d’exploitation considérées à un temps T par une personne Y avec une hiérarchie/institution N.

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