Comment entreprendre le virage 2.0 : une critique du livre de Raymond Morin

Raymond Morin n’est pas le plus connu des internautes sur les réseaux sociaux, mais son livre «Comment entreprendre le virage 2.0» témoigne d’une démarche appliquée qui nous révèle un guide des plus efficaces.

« Développé autour d’études de cas et de mises en situation, ce livre présente quelques-uns des nombreux avantages des applications du Web 2.0 en entreprise.»

J’ai reçu l’ouvrage la semaine dernière et j’ai profité d’un aller-retour en avion Québec-Toronto-Québec pour m’offrir une lecture attentive du bouquin paru plus tôt cette année aux Éditions Transcontinental.

L’entreprise et l’entrepreneur au centre du public cible
Pas étonnant que ce livre ait été publié dans la collection entreprendre et aux Éditions de la Fondation de l’entrepreneurship, car tout au long des 164 pages, on constate dans cet ouvrage un souci de vulgarisation autour d’exemples concrets qui s’adressent spécifiquement aux entreprises et aux personnes qui les dirigent. La démarche d’écriture est fluide, le style est léger, le vocabulaire est parfaitement adapté au contexte; le lecteur est pris par la main, doucement, et on s’adresse à son intelligence sans artifice.

On prend pour acquis que ce lecteur fait partie du monde des affaires et qu’il souhaite découvrir les possibilités offertes par les médias sociaux et les outils du Web participatif déclinés de la façon suivante : «sites de réseautage social, blogues et micro-blogues, logiciels de partage de fichiers (P2P), flux RSS, wikis et plateformes de baladodiffusion (podcasts)». Les études de cas portent toutes sur l’entreprise…

Les forces du livre
Le ton du livre est marqué par une certaine prudence et la volonté d’expliquer le fonctionnement des dispositifs. On y parle de virage à entreprendre en faisant référence à des opportunités qu’offre le monde du « Web 2.0 », tout en faisant l’économie des habituelles promesses de réussites assurées. En cela, le livre de Raymond Morin est utile et pédagogique!

La structure de chacun des chapitres donne du rythme à la lecture : après une visite guidée où il nous est clairement expliqué ce dont il est question, une section « application concrète » fournie des éléments de contexte permettant de comprendre les usages possibles tout en contribuant à forger une représentation chez le lecteur-entrepreneur de ce à quoi peut servir chacun des éléments « du trousseau » Internet. Les explications théoriques en disent suffisamment assez pour dépasser le stade du superficiel sans détourner notre attention des cibles que nous pourrions vouloir atteindre dans notre organisation si on avait le goût de se lancer dans l’action.

Si l’utilisation des blogues et des wikis sont bien expliqués, c’est le passage où il est question des applications de baladodiffusion qui m’est apparu le plus documenté; du moins, est-il construit de façon originale parce que dans ce genre d’ouvrage, on oublie souvent le potentiel de ces outils au détriment de celui des « stars » du Web social que sont les médias sociaux.

Les zones grises du livre
On pourrait mieux parler ici de réserves que j’entretiens sur deux sujets développés par l’auteur. Dans ma pratique, je constate souvent qu’au Québec on vieillit beaucoup le groupe identifié comme étant les natifs du numérique. M. Morin va jusqu’à dire qu’ils pourraient avoir vingt-cinq ans ces jeunes « nés avec la présence d’Internet ». Lorsque je fais des tournées dans des écoles, il m’apparaît évident que les plus âgés de ceux qui sont nés au moment où Internet était devenu « grand public » ont plutôt quinze ou seize ans, au maximum. Je rencontre fréquemment des jeunes de dix-huit ans ou dans la jeune vingtaine qui sont tout aussi immigrants du numérique que leurs ainés, principalement parce que le programme Brancher les familles sur Internet ou le Plan Marois (Plan d’intervention au niveau des technologies de l’information et de la communication en éducation) n’ont pu être déployés qu’à la fin des années 90/début des années 2000. Ils sont en troisième ou quatrième secondaire nos natifs du numérique selon moi… Parler de jeunes gens qui seraient actuellement sur le marché du travail et qui correspondraient à la description de ceux faits dans le livre me paraît hasardeux. Conséquemment, demander aux gestionnaires de repérer spécifiquement les jeunes de 18-25 ans dans des entreprises pour leur faire jouer un rôle clé dans le virage à opérer pourrait engendrer certaines surprises, dont celle de réaliser qu’ils n’ont pas du tout les réflexes du numérique attendus. Repérer les immigrants du numérique ayant tenté des expériences sur le Web (tous âges confondus) me paraîtrait plus sage…

L’autre point à l’origine d’une réserve personnelle réside dans le peu de présence de Raymond Morin sur Twitter, dans la blogosphère, sur Facebook ou ailleurs, dans les milieux fréquentés par les internautes du Québec. Je ne demande qu’à être contre-dit, mais il ne me semble pas que M. Morin fasse partie de la « conversation » sur le Web depuis ces années où le réseau s’est constitué. Ça n’enlève absolument rien à son mérite d’auteur qui a construit un ouvrage crédible sur le sujet qui nous occupe, mais ça explique probablement pourquoi il a été obligé d’inventer «le cas Villeneuve & Fils, sports auto parts» plutôt que de puiser à même des expériences réelles et réussies d’intégration des outils du Web 2.0 en entreprise. Cette citation sur la valeur de Twitter va dans le même sens; elle comporte des inexactitudes et fait état d’un jugement de valeur qui ne correspond pas à la vision qui émerge en fréquentant l’écosystème de Twitter de l’intérieur…

« De plus, les problèmes de sécurité et de confidentialité des données personnelles rencontrés avec Twitter (le service le plus important dans ce domaine) font hésiter plusieurs entrepreneurs. Bref, si le succès du microblogage est incontestable auprès du grand public, on s’interroge encore sur sa pertinence en entreprise. »

Prospectives
Disposant d’une machine promotionnelle bien moins importante qu’un autre livre dont j’ai fait la critique récemment, «Comment entreprendre le virage 2.0» est néanmoins un guide de démarrage efficace qui pourrait aider un entrepreneur à s’initier adéquatement au monde du « Web 2.0 ». Il a le mérite de bien expliquer le b.a.-ba des médias sociaux ce qui en fait l’un des rares livres francophones de notre domaine à pouvoir revendiquer le titre « d’excellent guide d’introduction » au Web participatif. Je recommande sans hésitation ce livre aux gens d’affaires. Je viens même de l’ajouter à la bibliographie de mon cours sur la communication organisationnelle. Il prendra peut-être rapidement un peu d’âges, mais une seconde édition pourrait faire en sorte qu’il s’impose avec le temps… Je n’ai pas eu le privilège de rencontrer M. Morin encore, mais une récente correspondance m’indique qu’il travaille à d’autres projets d’écriture dans lequel il pourra sûrement « ajuster » le tir sur certains des points de vue qui occasionnent de petites réserves. Il ne faudrait pas d’ailleurs lui tenir rigueur du fait que l’entreprise « Villeneuve & Fils » n’existe pas puisque, semble-t-il, il avait été demandé à l’épreuve finale d’indiquer qu’il s’agissait plutôt d’une mise en situation.

Je me réjouis que ce livre ait pu être publié et je lui souhaite la pénétration la plus large possible dans un marché qui a bien besoin d’un ouvrage qui vulgarise aussi bien des concepts et des usages pas si simples d’approche. Le grand mérite de ce document qui propose « un virage » au milieu des affaires réside dans le fait qu’il explique habilement comment l’entreprendre de manière constructive!

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2 Commentaires
  1. Photo du profil de FredericCharles
    FredericCharles 7 années Il y a

    Analyse intéressante. À un moment où l’entreprise n’a peut-être pas vu qu il y a un virage, toutes les idées sont bonnes à prendre, y compris les critiques des idées. Après tout, c’est ça engager la conversation…

  2. Photo du profil de Marie-EveMorin
    Marie-EveMorin 7 années Il y a

    Je suis emballée de trouver un commentaire sur l’un de ces livres proposant une introduction au 2.0.
    Les offres d’emplois en marketing et en communications sont souvent axées sur le volet réseaux sociaux, et même avec un diplôme universitaire tout frais dans le domaine, je n’y ai rien vu et je me sens confuse, perdue. Je souhaite être d’avantage cultivée par ce phénomène où l’entreprise doit maintenant y prendre part, efficacement.
    Je vais me l’offrir pour Noel !
    D’autres suggestions ?

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