Un enfant n’a jamais assez de livres

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec dans la section « blogue ».

Cette réplique du premier ministre Philippe Couillard à la suite des malheureuses déclarations de son ministre de l’Éducation était parfaite. Assez pour calmer le jeu, à court terme, en ce qui a trait à une inquiétude que nous aurions pu entretenir envers le gouvernement.

L’honneur est sauf. Ce que Yves Bolduc pense des livres ne semble pas représenter une ligne de force des politiques du gouvernement Couillard.

J’écrivais hier qu’il ne fallait pas se montrer naïf, cependant. Avant que Yves Bolduc ne fasse l’unanimité contre lui, bon nombre de Québécois entretenaient une relation assez trouble avec les bibliothèques scolaires. Tant mieux si l’autopeluredebananisation du docteur Bolduc ait pu remettre à l’avant-plan l’importance des livres neufs en éducation, dans l’opinion publique.

Des bibliothèques bien garnies
À raison, plusieurs observateurs m’ont écrit pour me faire remarquer que plusieurs écoles ne pouvaient même pas compter sur une bibliothèque de qualité dans l’institution que fréquente leur enfant. L’arrêt des investissements annoncé par les commissions scolaires est d’autant plus dramatique. La fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (CSQ) a publié une enquête qui date du mois d’octobre 2013 et constate que beaucoup reste à faire. L’achat de livres neufs est-elle la seule solution?

Justement, non. Pas que cela.

Je me souviens du voyage en Finlande (2006) d’un journaliste du Québec qui décrivait la situation des bibliothèques publiques de ce pays nordique. Que de bons mots des Finlandais eux-mêmes, «pour les bibliothèques utilisées par leurs écoliers»…

«Au lieu d’avoir deux réseaux parallèles qui se disputent les subventions du même palier de gouvernement, la Finlande a décidé de mettre le paquet sur ses bibliothèques publiques. Et puisque celles-ci sont sous la juridiction des villes – qui gèrent déjà les écoles -, ces collections sont également utilisées par les élèves.»

En octobre 2011, une délégation du Canada est allé se rendre compte des meilleures pratiques dans les bibliothèques du Danemark, en Finlande, en Suède et aux Pays Bas et une gestionnaire témoignait dans un atelier d’un congrès, de ce qu’elle avait vu : «Innover ou disparaître», en parlant des bibliothèques.

Son retour d’expérience prouve qu’il est possible «d’implanter dans nos bibliothèques du Québec ces innovations qui ont fait leurs preuves en Europe : la place, large et magnifique, allouée aux jeunes, une bibliothèque sans personnel, une bibliothèque offrant aucun livres, une bibliothèque où l’écoute et la création de la musique est mise en valeur.»

Je veux simplement dire que oui, «un enfant n’a jamais assez de livres», mais qu’acheter des livres ne règle pas tout et n’est pas nécessairement le signe des nécessaires innovations.

La lecture, l’écriture et le décrochage
La chaîne de production traditionnelle d’un livre est lourde et est remise en question par l’arrivée du numérique (et du commerce électronique), mais l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, très tôt à l’école, est crucial pour lutter contre le décrochage.

Si l’utilisation des technologies en éducation est une tendance irréversible, le livre (qu’il soit numérique ou papier) est l’instrument prépondérant de celui qui devient auteur. Les jeunes d’aujourd’hui constatent en très bas âge qu’ils peuvent générer du contenu par l’entremise des médias sociaux et il est de notre responsabilité, à l’école et en classe, de saisir ces occasions qu’ont les jeunes de lire et d’écrire davantage. LIRE DANS UN LIVRE possède une puissance de modélisation qui n’équivaut pas la lecture des statuts Facebook, des messages textes ou des gazouillis sur Twitter.

Très tôt, les enfants ont besoin de développer des liens affectifs avec le livre, ne serait-ce que parce qu’il développe davantage la concentration et qu’il stimule l’imaginaire.

Quand j’étais directeur dans une école ou chaque enfant de 9 et 10 ans d’un programme particulier disposait de leur propre site Web et de leur propre ordinateur, il me fallait redoubler d’ardeur pour qu’ils soient encore davantage mis en contact avec les livres (et l’activité physique, bien-sûr) de manière à nourrir leur motivation.

Si la technologie est source de motivation en éducation, elle ne remplace pas le livre pour former de bons lecteurs et des auteurs créatifs.

Le bon docteur Bolduc a assez fait parler de lui, retournons-nous vers les commissions scolaires pour leur faire changer d’attitude dans les politiques d’achats de livres dans les bibliothèques des écoles québécoises. Et en passant, sensibilisons-les à l’importance d’innover (en multipliant les partenariats avec les villes, entre autres) dans ce haut-lieu de culture que sont nos bibliothèques.

Ajout : Au même moment, ce sondage auprès de 83 962 enseignants qui ont exprimé leurs besoins sur DonorsChoose.org et ont répondu à la question «What do teachers need more than anything?» La réponse : des livres, bien-sûr! (Source)

Mise à jour du 24 août : Lettre adressée au ministre de l’Éducation, de Milane Parazelli-Beaulé (10 ans) (source)

Aussi, ces deux courtes vidéos concernant l’importance du numérique dans des bibliothèques de Québec…

Enfin, ce concours : Envoyez un livre au ministre Bolduc.

Mise à jour du 26 août : Ce matin, le ministre Bolduc a présenté «ses excuses pour ses propos concernant les livres et les enfants» (source). Ses récentes déclarations ne refléteraient pas sa pensée sur ce sujet. «J’ai été malhabile», a-t-il ajouté. On peut l’entendre sur les chaînes de nouvelles continues répéter que les budgets pour l’achat de nouveaux livres seront protégés («Je vais demander aux commissions scolaires de rétablir les budgets des bibliothèques», sont ses paroles exactes). On pourra le lire sur ça (et sur la façon dont le gouvernement procèdera) bientôt, j’imagine…

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