On parlera maintenant de Monsieur Latulippe

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec dans la section « blogue ».

Il faut avoir mon âge – ou plus – pour que les noms de Michel Noël (Capitaine Bonhomme), Marcel Gamache, Juliette Huot, Manda Parent, Rose Ouellette, Claude Blanchard, Olivier Guimond ou Denis Drouin déclenchent systématiquement un fou rire incontrôlable…

Ce matin, avec le décès de Gilles Latulippe, on peut parler d’une page du grand livre du burlesque québécois qui se tourne.

On entendra plusieurs hommages mérités aujourd’hui au sujet du grand comédien de 77 ans, mais il faudra aussi se souvenir que certains bien-pensants ne lui ont pas toujours fait la vie facile, dans le milieu du show business.

Heureusement, le Festival Juste pour rire a souligné cet été les 55 ans de sa carrière bien remplie avec un gala qui a fait l’unanimité. Il ne sera pas dit que Gilles Latulippe aura quitté sans savoir jusqu’à quel point il était aimé.

Gilles Latulippe a passé une grande partie de sa vie à ramer contre le courant. Même s’il remplissait ses salles, il se faisait snober par une caste de théatreux pour qui les gags particuliers de «Ti-Zoune et consorts» étaient trop faciles, simplistes et sans grand intérêt. Pourtant… derrière le «virtuose de la joke de bizoune» (source), se cachait un grand Monsieur.

«Comment ne pas se rappeler le légendaire «J’aime mon public et mon public m’aime» de Rose Ouellette ? Chantal Hébert [l’historienne] décrit cette relation en termes de fidélité et de gratitude réciproques. Ce qui me semble pourtant avoir été peu étudié jusqu’à maintenant, ce serait l’importance du burlesque dans l’édification d’un star-system à l’échelle québécoise, avec ces grandes vedettes de la scène comptant ensuite parmi les premières étoiles de la télévision, lucarne illuminée que la sociologue française Dominique Pasquier qualifie d’«immense machine à produire de la proximité avec son public».

Je constate depuis quelques heures que tout le monde pleure le départ de Gilles Latulippe. À raison.

Sa façon de raconter des blagues avec «le punch» qui ne se faisait pas attendre avait le don de capter toute notre attention. C’était une école du «faire-rire» à lui seul. Gilles Latulippe était humble et on s’identifiait facilement à lui.

Entrepreneur-artiste (il faudra se souvenir de son fameux Théâtre des variétés qu’il a dirigé pendant 33 ans), je m’excuse d’insister, il a tenu à bout de bras 7 000 représentations, sans aucune subvention : «le burlesque n’était pas considéré comme un art digne d’être subventionné».

Je crois qu’à partir d’aujourd’hui, nous pouvons tous parler de lui en tant que Monsieur Latulippe.

J’offre mes sincères condoléances à sa famille et à tous ses amis.

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