Le modèle de la start-up en culture

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec dans la section « blogue ».

On cherche des moyens de stimuler la demande dans le secteur de la culture. Souvent, j’ai l’impression qu’on ne travaille que du côté de l’offre. Au Québec, nous sommes fiers de nos artistes et c’est très bien ainsi. Pour constituer une nation forte, notre culture doit demeurer forte et c’est une responsabilité commune que nous avons de voir à ce que la demande ne se retrouve pas trop en décalage par rapport à l’offre.

Quelques nouvelles culturelles dans l’actualité de la région de Québec m’ont fait réfléchir, sur ce sujet. D’abord, cette annonce concernant Woodstock en Beauce : «Fatigués et aux prises avec des déficits récurrents, les organisateurs ont mis un terme à l’aventure». La 20e édition de l’été dernier aura été la dernière…

Ensuite, le peu d’impact du Festival International de Jazz de Québec et du Festival littéraire Québec en toutes lettres auprès du grand public. Je ne suis pas en train d’écrire qu’il ne s’agit pas d’événements de haut calibre, au contraire. Il suffit de consulter la programmation en jazz et en littérature pour le comprendre et s’en convaincre. Alain Caron, Jean-Pierre Zanella, John Abercrombie, Vincent Gagnon, Emilie-Claire Barlow, Wynton Marsalis ou Steve Barakkat (et d’autres) ne se produisent pas à Québec à tous les jours, nous sommes choyés !

Je suis tout de même inquiet du déséquilibre en général entre le démarchage, le manque de stratégie pour stimuler la trop faible demande du public versus l’offre déjà forte qui ne cesse d’augmenter. Il ne suffit pas de multiplier les événements et les festivals pour qu’à Québec, la culture continue de se développer. Il faut aussi travailler sur des stratégies de développement de marchés.

Le maire Labeaume le disait récemment, «Québec a perdu son élan culturel de 2008» (source).

Je regarde du côté de la baisse de fréquentation de spectacles à Québec, je lis ce qui s’est écrit cette semaine (1, 2, 3) sur le complexe Le Cercle qui s’allie à Budweiser pour espérer maintenir «sa programmation d’avant-garde»… il y a lieu de s’inquiéter.

«Dans l’état actuel des choses, la culture ne peut pas s’autofinancer. Voilà le constat que dresse Édouard Garneau [responsable du marketing et des communications du Cercle]. Pour continuer de prendre des risques avec sa programmation d’avant-garde, le Cercle avait deux choix : remplir des formulaires de demandes de subventions gouvernementales ou s’associer à un partenaire privé. Ils ont choisi la deuxième.»

Il nous faut chercher hors des sentiers battus.

Certain croit qu’il faut regarder du côté des fournisseurs d’accès Internet (les FAI) qui «font de mirobolants profits grâce à la culture qui circule dans leurs fils». Vrai qu’il y aurait lieu d’examiner cette avenue, mais je ne fonde pas beaucoup d’espoir de pouvoir faire bouger les choses dans le sens d’une augmentation de la demande en choisissant de contraindre les FAI «à contribuer à la production culturelle [qui] tient de l’ordre de la réglementation canadienne des télécommunications (CRTC)».

J’aime beaucoup ce qui est ressorti de la quatrième Semaine digitale de Bordeaux dont j’ai parlé plus tôt cette semaine. Une proposition de Virginie Calmels (Adjointe au Maire (UMP) de Bordeaux en charge de l’Economie, l’Emploi et la Croissance Durable) fait état des efforts des Bordelais à stimuler l’innovation et la création d’entreprises numériques, en culture en particulier…

«Beaucoup réfléchissent désormais à leur évolution en termes de redéfinition de modèles d’affaire, et se questionnent sur les sources de valeur qu’ils avaient peut être mises de côté. Et derrière le modèle d’affaire ou l’outil numérique, c’est bien le modèle culturel de la start-up qui fait école : rendre son activité transposable à grande échelle, innover et identifier la valeur sur laquelle il faut porter l’effort, se questionner sur les valeurs cachées, étendre son horizon en découvrant de nouveaux clients. Ce modèle culturel ne se borne pas aux dirigeants ; c’est aussi celui des salariés proactifs, qui investissent leur temps dans les formations porteuses, recherchent les leviers, se différencient.»

Elle ajoute même que le modèle gagne le monde associatif et celui de l’engagement pour des grandes causes.

On apprenait cette semaine que des employés de Radio-Canada à Montréal sont à l’origine d’une initiative du même genre, le laboratoire web de Radio-Canada qui vise à «donner un coup d’accélérateur à la culture numérique».

En ce sens, la mise sur pied à Québec de l’incubateur/accélérateur d’entreprises pourrait aussi contribuer à ce qu’une proportion des nouvelles start-up contribuent à augmenter la demande en culture. «Les start-up sont là [aussi] pour se développer et devenir des acteurs globaux, ils véhiculent avec elles l’idée d’un entrepreneuriat revisité.»

Je souhaite que la Ville de Québec puissent en tenir compte dans le développement des futurs projets en culture.

Nous avons tout ce qu’il faut à Québec pour aller en ce sens…

Mise à jour du lendemain : « Les industries culturelles après la révolution numérique »

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