Se parler. Des écoles.

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section « blogue ».

J’ai beaucoup écrit sur le sujet de l’éducation cette année 2014. Quand j’y regarde de plus près, je trouve que je me suis laissé porter par les sujets faciles, ceux dont on parle tout le temps dans les médias ou à l’Assemblée nationale. Bref, j’ai très peu écrit sur ce qui fait l’école, la classe, les élèves et la vie scolaire. Je veux tenter de me reprendre dans ce dernier billet de 2014 qui traitera d’éducation.

Je sais, je vais poser davantage de questions que je vais donner de réponses. C’est que je cherche à comprendre.

Comprendre pourquoi on décrit encore trop souvent l’école comme celle des rangs, du conformisme, de l’autorité qui vient des hiérarchies, pas de celle de la communauté.

Si dans certaines, tout baigne, dans d’autres, on semble chercher à s’enfuir, jeunes et adultes.

Le silence serait-il encore, plus que jamais, la valeur cardinale dans les institutions scolaires d’aujourd’hui ? J’entendais quelqu’un dire, récemment, que «la classe semble encore être pour les jeunes en 2014, un des seuls endroits dans la vie où se parler entre personnes est considéré comme étant une bien mauvaise chose».

Et si cette personne n’exagérait pas ?

Bien des parents reçoivent comme feedback que leur enfant parle trop, jamais au bon moment, qu’il tente beaucoup trop d’attirer l’attention vers lui ou encore qu’il cherche toujours à faire rire les autres. Des enfants vivants.

À l’inverse, on complimente toujours autant les parents des «bons enfants», ceux qui sont à leur place, qui ne dérangent pas les autres ou qui «sont autonomes» et qu’on n’a jamais besoin de reprendre. Ah qu’ils sont gentils ceux qui savent toujours garder le silence. Des enfants tranquilles.

L’école primaire et secondaire est-elle encore ce lieu où travailler ensemble n’est pas souvent permis, voire, où on ne l’enseigne pas ?

Échanger en classe, entre élèves est-il le lot d’une journée exceptionnelle, l’occasion d’une activité ici et là ou un pratique systématique ?

Le travail scolaire qui y est effectué connaît-il son aboutissement dans le sac de l’enseignant(e) ou il est mis en valeur dans le plus grand rayonnement possible de personnes ?

Dans une classe de 25 ou de 30 élèves, recherche-t-on 25 ou 30 résultats semblables ou des réalisations différentes ? Cherche-t-on simplement à appliquer une recette ou voulons-nous stimuler l’innovation ?

On me dit que je suis de la vieille école. Un élève dont on entend jamais la voix, je m’en méfie. Les eaux dormantes ou trop tranquilles, entre cinq et seize ans, j’ai toujours trouvé ça un peu suspect, pour une fille ou un garçon.

C’est que j’ai passé tellement d’heures à tenter de convaincre mes collègues que six heures à écouter des adultes parler, sans bouger ou rechigner, ce ne pouvait pas être ça l’école du XXIe siècle…

Si au moins, on pouvait prendre exemple sur le comportement des adultes entre eux.

À l’école, combien de membre du personnel peuvent prendre un café avec n’importe quel de leur collègue et se sentir en communion d’esprit pendant au moins trente minutes ? Ils élèvent ensemble les enfants qui leurs sont confiés… ils devraient tous pouvoir le faire, non ?

On exige sur quelques années que des gens de passage dans la vie des autres s’entendent en se parlant sur quelques règles de vie simples et encadrent le comportement des jeunes sous leur gouverne avec tact, fermeté et respect. Et pour s’entendre, il faut se parler… communiquer, écouter, négocier, faire des compromis et placer au dessus de tout l’intérêt des enfants à ce qu’il y ait dans l’établissement un seul code de vie, peu de règles qui gouvernent, mais très bien suivies.

Et quand il y a lieu de sévir, il y a des conséquences et des réparations ? Et une direction qui ne tolère aucun faux-fuyant ?

A-t-on au Québec des écoles où le climat d’apprentissage est serein ? Où ça grouille de vie ? Où l’ordre est une manière d’apprendre pas une source constante de tensions ?

Est-on en présence chez nous de milieux scolaires où le numérique n’est pas une nouvelle technologie ? Je demande ça parce que pour les jeunes, ceux qui apprennent, ce n’est plus «du nouveau», et ce, depuis une bonne dizaine d’années.

Est-ce que les enseignants et la direction sont en réseaux avec leurs pairs, les parents et la communauté locale avec qui ils évoluent dans leur quartier, leur village ou leur ville ?

Font-ils des choses ensemble ? Fabriquent-ils du matériel ou montent-ils des projets en groupe ?

A-t-on au Québec des écoles entourées de murs opaques ou plutôt des établissements disposants de fenêtres ouvertes sur le monde ?

J’aurai de nombreuses occasions au début de 2015 de fréquenter des écoles et je tenterai d’obtenir certaines réponses à ces questions. Pour moi, ces sujets sont très importants et constituent des variables qui influencent la réussite, au-delà des discussions dans un ministère, un cabinet de ministre ou une commission scolaire.

Pour 2015, je souhaite pour l’école qu’elle devienne le lieu public par excellence pour se parler.

Et pour se comprendre.

Bonne année 2015 à tous !

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