L’obsession du transport en commun

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section « blogue ».

Il est de bon ton de vanter les mérites du transport en commun. Les impératifs d’un plus grand respect de l’environnement, la pression constante d’un développement plus durable et des préoccupations très concrètes comme la réduction de la congestion routière dans les centre-ville sont invoqués pour justifier la mise en place de politiques plus agressives pour favoriser le transport collectif. S’en est presque devenu une obsession…

Force est d’admettre que dans une ville comme celle de Québec, les succès du transport en commun sont très relatifs. Pas étonnant qu’en plein débat électoral en automne 2013, le maire Labeaume ait déclaré «Je ne suis pas certain qu’on trouverait 100 personnes qui rêvent de prendre l’autobus» (source). L’affirmation n’était pas «politiquement correcte», mais elle avait frappé l’imaginaire.

La raison semble se trouver du côté de l’importance à donner aux transports collectifs. Quand je voyage à Paris, à Londres, à Rome ou à New York, sincèrement, je ne pense pas trente secondes à louer une automobile pour mes déplacements. Il faut dire que la masse critique du nombre d’habitants dans ces villes (et surtout sa densité) supporte aisément le développement et le financement du transport en commun. Très peu d’attentes, une couverture sur tout le territoire de ces villes… il y a plein d’avantages à l’utiliser !

Mais à Québec, ça ne lève vraiment pas, malgré des investissements impressionnants et récurrent.

Plusieurs coins de la ville sont très difficiles à rejoindre, les autobus vont là où le plus grand nombre se rend. L’attente est constante et quand un bus arrive dans les heures de pointe, il n’est pas rare qu’il nous passe au visage parce que rempli à pleine capacité. Le transport en commun plaît certainement à une fraction des gens qui trouvent un parcours près de la maison qui se rend sans trop d’arrêts à la porte du lieu de son travail. Mais à condition d’occuper une fonction d’emploi qui ne demande pas de se déplacer trop souvent pendant son quart de travail, le service ne répond pas à plusieurs des besoins…

Je ne connais pas vraiment l’ampleur du marché «type» de l’usager du transport collectif à Québec, mais j’avoue être un peu excédé du discours ambiant qui véhicule qu’en dehors du transport en commun, il n’y a point de salut.

À Québec, en dehors des heures de pointe qui durent quelques minutes, il n’y a pas vraiment de trafic. Je sais que va paraître épouvantablement rétrograde, mais j’adore me transporter en voiture et je n’envisage pas du tout changer mon mode de transport. Je conduis une voiture hybride, je fais ma petite part pour l’environnement, je me dis qu’on pourrait me lâcher patience avec le ronflant discours de culpabilité ambiant qui a l’effet de beaucoup ralentir le développement des autoroutes et des infrastructures routières.

Il n’y en a que pour le tramway et le service rapide par bus (SRB) dans l’actualité.

Je me sens terriblement seul à vouloir entendre qu’on se préoccupe encore de ceux qui circulent en voiture dans notre belle ville. Je l’aime ma voiture !

Avec elle, je peux choisir mon trajet sans avoir à me soucier de ce que d’autres auraient pensé à ma place pour me rendre du point «A» au point «B». Je pars quand je suis prêt et les seuls moments où j’attends, c’est aux feux rouges et devant un panneau d’arrêt. Je transporte les personnes que je veux, quand j’en ai envie et je ne suis «pas pris» avec la cinquantaine «de personnes qui toussent, reniflent et/ou éternuent en même temps» (source). Je peux aussi disposer de plein d’espace pour mes emplettes et autres bagages…

Bref, je trouve beaucoup plus agréable de me déplacer en automobile et j’aimerais qu’on me parle un peu plus de ce qu’on envisage pour maintenir ma qualité de vie dans les prochaines années.

Je prends à témoin un rapport de la firme d’ingénieurs-conseils Jobin & Vandry produit en 1968 qui prévoyait sur 20 ans le réseau d’autoroutes dans la région de la Capitale-Nationale. On dit souvent que nous sommes favorisés sur ce plan à Québec, mais sait-on que le rapport commandé par le ministère des Transports de l’époque «voyait encore plus grand et que le réseau reste inachevé?».

Ce billet du mois d’août 2010 du blogue Québec Urbain illustre clairement ce qui avait été prévu pour le jour où nous serions 700 000 habitants dans la région de Québec. Le recensement de 2011 dénombre 765 706 habitants pour la région de Québec (source).

La carte en haut de ce billet montre les nouvelles artères sur lesquelles nous pourrions compter si ce plan de match avait été suivi.

On peut constater régulièrement dans l’actualité que le maire Labeaume ne ménage pas les efforts de densification de la population à Québec pour ainsi éviter d’augmenter l’étalement urbain. Je comprendrais au moment où ces efforts auront porté fruits qu’on soit un peu plus insistant pour développer le transport collectif, mais je me demande pourquoi il n’y en a dans le discours public que pour la promotion du transport en commun. D’autant que tous les projets qui visent à densifier rencontrent de l’obstruction presque systématique…

Serait-il possible de rétablir un peu d’équilibre entre les préoccupations des automobilistes et ceux des nombreux lobby du transport collectif?

Est-ce possible de parler «d’obsession» du transport en commun dans l’état actuel des choses sans se faire crucifier sur la place publique?

On verra bien…

Mise à jour du 13 mars 2015: «La Vieille Capitale du futur… en 1968!»

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