Dany Laferrière : l’académicien volant !

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section « blogue ».

Il y aurait tellement à écrire sur la fierté et le bonheur de voir Dany Laferrière accéder au statut d’immortel de la littérature. En même temps, on connaît si peu dans le grand public québécois cette Académie française qui l’accueille en son sein. Disons simplement qu’à force de voir le grand sourire accroché sur le visage de l’écrivain, on en déduit facilement que c’est une entrée dans une nouvelle vie qui le comble de plaisir.

Composée de seulement 40 membres, l’institution a été créée en 1635. Elle a pour mission de «donner ses règles à la langue française» et de concevoir le dictionnaire de référence. Surtout, elle doit rendre cette belle langue « pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences« .

Il faut «attendre qu’un fauteuil se libère à la suite de la mort d’un des membres» pour pouvoir poser sa candidature et être élu. C’est un immense privilège que d’y être admis par ceux qui y sont puisqu’un auteur aussi reconnu qu’Émile Zola se serait essayé une vingtaine de fois, sans succès (source).

Dans une entrevue publiée sur le site de l’Express (en France) d’où j’ai emprunté le titre de ce billet, on a demandé à Dany Laferrière quel rôle il souhaitait y jouer. Sa réponse n’étonnera personne : il se voit en « académicien volant » !

«Je me vois en « académicien volant », allant soutenir des petites bibliothèques comme je viens de le faire dans le village haïtien de Petit-Trou-de-Nippes, facilitant l’envoi de livres ici ou là, continuant à faire le pont entre les deux grandes nations francophones d’Amérique, le Québec et Haïti, voire avec l’Afrique et, bien sûr, la France.»

Il faut savoir qu’un nouveau venu dans l’assemblée de l’Académie «ne peut pas intervenir en séance pendant les premiers mois de sa vie académique». On parle d’un « temps initiatique » qui était autrefois de deux ans. Parions que l’homme né en Haïti (et né écrivain au Québec, comme il le dit) trouvera le temps long pendant cette période !

Son discours de réception s’est avéré grandiose, rendant hommage comme c’est la coutume à celui qui occupait le siège #2 avant lui, Hector Bianciotti. De très grands personnages ont d’ailleurs occupé ce même siège, dont Montesquieu et Alexandre Dumas.

Un des passages les plus médiatisés à travers la francophonie concerne la mention pendant son intervention d’un poète bien connu au Québec, «un homme solide qui n’a pas peur de la mort, mais pleure à l’amour», Gaston Miron. Il semble qu’on entendait pour une première fois les mots de Miron à l’Académie…

«Québec ma terre amère ma terre amande
Ma patrie d’haleine dans la touffe des vents
J’ai de toi la difficile et poignante présence
Avec une large blessure d’espace au front
Dans une vivante agonie de roseaux au visage
Je parle avec les mots noueux de nos endurances
Nous avons soif de toutes les eaux du monde
Nous avons faim de toutes les terres du monde
Dans la liberté criée des débris d’embâcle
Nos feux de position s’allument vers le large
L’aïeule prière à nos doigts défaillante
La pauvreté luisant comme des fers à nos chevilles.»
Poème Compagnon des Amériques

Celui qui a été délégué pour répondre au discours de Dany Laferrière (Amin Maalouf) s’est aussi montré très éloquent.

En parcourant la presse mondiale ces derniers temps, je me suis aperçu qu’on a abondamment parlé de l’arrivée de Dany Laferrière «sous la Coupole». Tellement que le Nouvel Observateur s’est demandé si on n’en faisait pas un peu trop ? Le New York Times a lui aussi écrit sur l’entrée à l’Académie d’un «Guardian of French».

Il paraît que ce n’est pas fréquent de pouvoir compter sur la présence du président de la République de France pour la cérémonie d’intronisation d’un nouveau membre. Comme le rapporte le Journal, le «premier écrivain québécois à entrer à cet auguste cénacle» était très bien entouré.

Reflet «d’une certaine évolution de l’Académie française» (si on en croit Bernard Pivot), l’arrivée du célèbre auteur de « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » pourrait annoncer la venue de certains de nos plus beaux mots (dont «tataouiner» que Dany Laferrière aime bien) dans le dictionnaire de la prestigieuse Académie !

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