Se tenir par la main pour changer les choses dans les écoles publiques

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section « blogue ».

Tout indique selon les responsables du mouvement «Je protège mon école publique» que pas moins de 20 000 parents, enfants et citoyens se sont tenus par la main ce matin du 1er septembre dernier pour former des chaînes humaines autour de 270 écoles dans 16 régions du Québec (source: page Facebook de l’initiative). Ça fait l’affaire de bien du monde que des parents s’impliquent pour défendre leur école. J’espère que les parents ne s’arrêteront pas là…

Il y a d’abord le fameux proverbe (qu’on dit africain) «Ça prend tout un village pour élever un enfant» qui nous rappelle constamment que l’école ne peut pas tout faire toute seule.

Aussi, plusieurs études confirment que «la collaboration entre l’école, la famille et la communauté est un vecteur important de la réussite scolaire». Ça ne date pas d’hier…

Rollande Deslandes (Professeur titulaire au département des sciences de l’éducation, UQTR) a écrit un article important sur les liens officiels et informels entre l’école et les familles. Au coeur de sa revue des recherches sur le sujet, elle mentionne que «des relations école-famille positives semblent amoindrir les effets négatifs de la pauvreté au regard des résultats scolaires et des comportements inappropriés des enfants».

L’effet positif de l’engagement des parents dans une école est indéniable quand ils viennent en appui aux enseignants et à la direction. À l’inverse, les enfants ressentent de fortes tensions quand ils ont pris entre deux feux. On ne souhaite pas ça à un enfant…

Ni un syndicat, ni une direction, ni un enseignant ne peut se servir des parents que quand ça fait son bonheur.

À l’occasion de cette rentrée scolaire, enfin, certains évènements ont agi de manière à ce que se développe un fort sentiment d’appartenance à l’école publique et je me dis qu’il faut applaudir cet état de fait.

Je n’ai pas vu ou entendu parler de chaînes humaines autour des édifices administratifs des commissions scolaires, à ce que je sache.

L’école a été le lieu où s’est incarnée la prise de parole pour défendre l’éducation. C’est très bien !

On peut choisir de se laisser distraire par le fait que « l’utilisation » d’enfants ait pu prêter flanc à une certaine instrumentation, on peut faire l’hypothèse que les parents jouent en quelque sorte « le jeu » des syndicats, mais ce n’est pas le bon réflexe à avoir, il me semble.

J’en parlais dans ma première chronique radio de cette semaine sur BLVD 102,1 FM, le fait que les budgets en éducation ne prévoient qu’une minime augmentation de 0,2% alors que les coûts de système auraient exigés de 4 à 5 % d’augmentation, font qu’en réalité, il y a des coupures de services (sans parler des augmentations de taxes ou de tarifs) et les parents les ressentent (informations supplémentaires: «2,3 milliards n’égale pas 2,3 milliards publié sur le blogue d’Alexandre Beaupré).

Aucune réaction des parents aurait été ANORMAL, voire complètement inacceptable pour l’éducation au Québec, dans les circonstances.

Il faut voir dans le geste de ces parents envers leur école publique comme étant un excellent présage pour la suite des événements.

Le mouvement «Je protège mon école publique» pourrait apporter énormément au développement d’un fort sentiment d’appartenance à l’établissement scolaire s’il demeure un mouvement de parents, capables d’éviter l’instrumentalisation des enfants et suffisamment autonome vis-à-vis des syndicats pour éviter d’être récupéré. À eux de voir d’ici au 1er octobre, moment du prochain rendez-vous autour des écoles.

Il faut savoir que les écoles sont généralement méfiants envers l’implication des parents à l’école quoique le discours public laisse entendre l’inverse. Il est politiquement correct de privilégier l’engagement des parents à l’école, mais j’ose affirmer que c’est souvent l’inverse qui se passe, dans la réalité.

Dans trop de milieux scolaires, les parents font peur et on préfère l’indifférence à la mobilisation.

En mai dernier, Normand Baillargeon (professeur en sciences de l’éducation à l’UQAM) avait publié au Voir un billet sur le rôle des parents dans lequel il rapportait une synthèse «des résultats de 37 études quantitatives portant sur l’implication des parents et le succès scolaire de leurs enfants».

Un résumé des conclusions : «Les plus fortes associations entre implication parentale et réussite scolaire se retrouvent lorsque les parents ont des attentes élevées pour leurs enfants, lorsqu’ils instaurent et maintiennent la communication avec eux à propos du travail et des activités scolaires, et lorsqu’ils travaillent à développer des habitudes de lecture.»

Je n’ai pas de problème à ce que des parents aient des attentes élevées envers les enseignants, les directions d’école, le ministère d’éducation et le ministre lui-même…

Mais on comprendra que l’engagement des parents est encore plus utile quand ils entretiennent des attentes très élevés pour leurs enfants.

Puisque tout le monde (incluant syndicats, commissions scolaires et direction) semblent ravis du soutien des parents par le bais du mouvement «Je protège mon école publique», j’espère qu’on aura le même préjugé favorable au moment de discuter du rôle des parents dans la réforme des commissions scolaires projetée par le ministre de l’Éducation pour cet automne.

On verra à ce moment si les syndicats et les commissions scolaires seront aussi emballés par le combat des parents, main dans la main, pour changer les choses !

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