J’ai mal pour Lise Payette

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section « blogue ».

J’ai passé la journée à me demander pourquoi la malheureuse chronique de Mme Payette me remuait autant. J’ai fini par trouver en fin d’après-midi : j’aimais Lise Payette et ce n’est plus possible !

J’ai déjà senti le besoin d’écrire à un personnage public qui m’avait déçu au plus haut point dans un passé récent. Je n’écrirai pas directement à Mme Payette, j’ai trop mal.

Je suis son parcours depuis que je suis tout petit et franchement, elle m’a toujours impressionné. Ces dernières années, il lui arrivait de tenir des positions que je n’aimais pas, mais son inspiration a tellement été importante que je suis passé par dessus l’impression qu’elle me donnait de mal vieillir.

J’ai aimé sa façon de se tenir débout auprès de René Lévesque dans les bons et les mauvais moments.

J’ai aimé la lire pendant toutes ces années même si elle n’était pas tendre envers les hommes. Surtout, j’aimais sa façon de tenir tête quand on la confrontait. Elle a toujours représenté la force des femmes modernes à mes yeux, capables de s’affirmer devant l’establishment et excellents modèles pour la jeunesse. Ce n’est pas pour rien que plusieurs jeunes femmes féministes la soutiennent dans ses combats du passé et du présent : elle inspire normalement la confiance et le respect.

Mais aujourd’hui, quelque chose s’est brisé.

Comme d’autres, j’ai eu l’impression qu’elle avait perdu sa boussole du jugement.

Je me suis réfugié derrière l’idée qu’elle avait pu écrire ce texte avant d’avoir pu prendre connaissance des derniers évènements de mercredi concernant Claude Jutra. J’ai interpelé la nouvelle rédactrice en chef du Devoir et le nouveau directeur qui a l’habitude de répondre aux internautes.

Je m’accroche encore à l’espoir que Mme Payette ou Le Devoir s’explique et que la perspective change suffisamment pour qu’on interprète différemment cette chronique. Au moment où j’écris, les textes de Sophie Durocher et de Lise Savary sont publiés et ça n’a incité personne à préciser le contexte d’écriture de Lise Payette.

Il faut donc se rendre à l’évidence qu’elle a tenté de réhabiliter Claude Jutra aux yeux de ses lecteurs. Pas un mot sur la pédophilie. Pas une parole compatissante pour « Jean », malheureuse victime du comportement de « son ami Claude ».

« Nous avons remis en question des comportements condamnés d’avance et nous avons fait du ménage dans nos certitudes », écrit-elle dans sa chronique.

J’ai mal pour elle d’ainsi croire qu’elle comprend encore aujourd’hui « ce qu’il vivait ». C’est tout ce que je peux déduire de son texte qui contribue à banaliser son amour des garçons qui l’a vraisemblablement porté à briser la vie de certains de ses jeunes « amants ».

« Ils ont presque tous été entraînés dans des expériences qu’ils ne souhaitaient pas connaître », ceux qui « ont reçu une instruction dans des institutions dirigées par des communautés religieuses masculines ».

Moi qui ai passé tant d’années dans les relèves aux communautés, j’avoue me demander pour qui elle se prend tout à coup.

Je ne nie pas les évidences qu’il s’est commis des honteuses agressions dans certaines de ces institutions, mais comment peut-on salir ces religieux (sans discernement) membres de communauté dans le même texte où elle excuse son ami pour des gestes semblables ?

Je me sens comme quelqu’un qui vient de vivre une rupture. Un mélange de colère accompagné de ce sentiment de m’être fait flouer pendant toutes ces années.

Je ne peux même pas dire que je ne l’ai pas vu venir, elle est devenue récemment tellement amère et revancharde.

J’ai mal pour Lise Payette, mais j’ai mal en moi aussi.

On ne perd pas l’estime pour un de ses héros, sans souffrir.

Bonne route Mme Payette, je ne suis plus de votre aventure avec la vie.

Mise à jour du lendemain: Lise Payette persiste et signe. Une deuxième victime se confie à La Presse.

Mise à jour du 26 février 2016: «La vie continue…», une semaine plus tard, la chronique de Lise Payette dans laquelle elle revient sur les évènements. «Je ne suis pas sénile», déclare-t-elle.

Mise à jour du 27 février 2016: «Merci madame Payette», une chronique de Mario Girard qui résume assez bien où on en est, une semaine après l’intervention de Lise Payette qui a tout fait basculer.

Mise à jour du 26 mai 2016: Ça ne s’améliore pas avec Mme Payette… «Ma non-entrevue avec Lise Payette».

Mise à jour du 26 octobre 2017: Ça ne s’améliore pas dans «le dossier» de Lise Payette. Vraiment pas.

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