QUI doit savoir QUOI sur les élèves ?

Note : Ce billet a d’abord été publié au Journal de Québec et au Journal de Montréal dans la section du blogue des «spin doctors».

L’idée de se transmettre de l’information entre éducateurs par le biais d’un dossier scolaire centralisé n’est pas vilaine. Mais tellement de pièges nous guettent en cette matière que j’ai tendance à être sceptique de cette nouvelle trouvaille du ministre de l’Éducation du Québec.

« Le pouvoir, c’est l’information », dit l’adage (ou bien J. Edgar Hoover, ex directeur du FBI).

Et du pouvoir, ça en prend une certaine dose pour bien enseigner à des élèves.

Mais avant tout, c’est moins du pouvoir sur l’élève que ça prend que de la compétence en enseignement.

De là où j’écris, on a tendance plutôt à se méfier du pouvoir des élèves sur les enseignants. Dans le TGV qui me ramenait de Suisse hier, quelqu’un m’expliquait qu’en France, il existe des enseignants qui aimeraient pouvoir enseigner sans que les élèves ne connaissent leur nom.

Quelle horreur ai-je répliqué!

Pour bien transmettre, j’ai toujours cru qu’il devait y avoir une sorte de relation d’intimité entre un enseignant et ses élèves.

Il me semble qu’on transmet moins ce qu’on enseigne que ce qu’ont est.

Et l’identité est la base de ce qu’on est.

M’enfin… le choc des cultures m’impressionnera toujours.

Je réagis ce matin à une information que j’ai vu passer récemment concernant cette idée de Sébastien Proulx de « créer un dossier scolaire centralisé pour chaque enfant, qui le suivra pendant toute sa scolarité ».

L’idée est de s’assurer qu’on ne soit pas toujours en train de repartir à zéro avec un enfant à qui on enseigne.

Comme l’a si bien démontré Égide Royer dans une entrevue en réaction à cette « annonce », on est loin de la coupe aux lèvres avec ce projet.

Sans la création d’un Ordre professionnel des enseignantes et des enseignants, cette mesure est impensable.

De plus, d’un point de vue éducatif, il y a plusieurs avantages liés au fait que le passé d’un élève ne le suive pas tout au long de son parcours scolaire.

Il faut voir qu’au premier chef, les parents s’assurent généralement que l’enseignant de leur enfant sache ce qu’il a besoin de savoir pour bien accompagner, faire grandir et s’épanouir dans son cheminement scolaire du moment, un élève.

La direction d’un établissement scolaire ou d’un niveau me paraît être la deuxième source importante d’informations pour un enseignant (dans les petites écoles ou celles qui demeurent de taille humaine).

Enfin, certains professionnels non enseignants peuvent devenir une mine d’or d’informations pertinentes, surtout dans des contextes de cheminement particulier.

S’assurer que tout cela fonctionne bien devrait préoccuper le ministre à court terme bien davantage que le reste.

Il est certes utile d’une école à l’autre ou au moment des transitions entre le préscolaire, la maternelle, le primaire et le secondaire que certaines traces essentielles puissent « suivre » un élève pour que son cheminement se passe bien, mais il existe tellement d’autres traces qui méritent de disparaître.

Et bien souvent, pour distinguer une information pertinente ou essentielle d’une autre, il y a des éléments de contexte qui varient énormément. Le jugement professionnel dans ce cas a ceci de particulier que les notions de « secret professionnel » ou de « secret partagé » ne font absolument pas partie de la pratique enseignante actuelle. Ou s’ils en font partie, il existe de larges écarts d’interprétation au sein du personnel scolaire qui ne nous prédisposent pas à s’y retrouver facilement.

Cet élève serait-il allergique à un aliment qui met en cause sa santé ?

Dans ce cas, on comprend vite qu’il ne doit pas y avoir d’hésitation à ce que cette information suive l’élève et soit connue du plus grand nombre.

Cet élève a-t-il déjà vécu le décès d’un de ses parents ? Ou la séparation entre ses parents ? Déjà ici, on entre dans tout un monde de sous questions avant de pouvoir s’entendre sur qui doit connaître cette information.

Enfin, même pour ce qui est des résultats scolaires, des difficultés à apprendre déjà rencontrées, des diagnostics importants déterminés par des professionnels qualifiés… on aura besoin de beaucoup de travail avant de s’entendre sur ce qui sera à noter et à transmettre.

Actuellement, les syndicats en enseignement ne veulent même pas discuter de la possibilité qu’il existe un Ordre professionnel pour leurs membres.

Si j’aime bien l’idée que le projet d’un dossier central personnalisé puisse nous permettre de relancer sur de meilleures bases celui de l’Ordre professionnel, je ne suis pas naïf non plus.

La première question à régler demeure celle de savoir si en enseignement, on souhaite devenir « professionnel », ou non ?

Avancer sur ce débat de ce qui doit être transmis concernant les élèves et à qui on doit le transmettre sans avoir réglé cette question de l’existence d’une profession pour les enseignants, c’est littéralement une perte de temps!

Je veux bien que notre ministre de l’Éducation ait de bonnes idées pour améliorer le cheminement des élèves tout au long de leur parcours, mais pour l’instant je le soupçonne de vouloir capitaliser sur ses titres de ministre.

Le ministre de la Famille et de l’Éducation doit rapidement trouver les actions prioritaires à mener s’il veut se présenter à l’électorat en octobre 2018 autrement qu’en passant pour un bon animateur des débats.

Le « dossier centralisé » des ministres de l’Éducation libéraux dans ce mandat du gouvernement Couillard est bien vide, faut-il le rappeler ?

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