L’Institut national d’excellence en éducation: l’amorce d’un dialogue

On me permettra d’emprunter au mémoire du Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ) l’expression «l’amorce d’un dialogue» insérée dans le titre de mon billet sur le sujet de l’INEÉ.

C’est l’essence même de ma posture sur ce sujet: je suis POUR la création d’un Institut national d’excellence en éducation, mais pas n’importe lequel.

Surtout, j’aime le débat sur la création de l’INEÉ et je suis POUR qu’on prenne le temps de la faire, avant d’aller de l’avant avec la prochaine étape.

J’ai lu quantité de mémoires (dont celui de la FEEP, celui de la FCPQ, celui du CRIRES et celui de l’Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec) sur le sujet. J’aime assez ce que j’y lis.

Toute cette littérature est produite dans le contexte de la consultation lancée par le gouvernement, et pilotée par un groupe de travail qui devrait «rendre son verdict d’ici la fin 2017» (source).

Autant je partage le point de vue de mon copain Marc Saint-Pierre sur le fait que le Québec a besoin d’un Institut d’excellence, autant je suis sensible aux arguments de mon autre copain Stéphane Allaire qui évoque la possibilité d’un «glissement vers des prescriptions pédagogiques (…) qui pourrait limiter l’exercice du jugement professionnel des intervenants scolaires et induire une uniformisation des pratiques». Cette lettre ouverte signée par un groupe de 70 chercheurs me paraît précipitée, mais il faut quand même se montrer sensible au risque d’une centralisation excessive.

J’ai à coeur la recherche en éducation et je voudrais qu’un éventuel INEÉ encadre mieux l’utilisation des bonnes pratiques (ou pratiques exemplaires). On fait fausse route si on ne considère que les méta-analyses en tant que vecteur d’assurance-qualité. Le numérique – par exemple – est naissant et les projets de recherche qui ont mesuré le succès de certaines approches préconisant son utilisation sont évidemment en démarrage.

D’accord pour se garder une petite gêne, mais je suis contre le déni qui pourrait découler de l’absence de données probantes.

Je lisais cette fin de semaine le gazouillis de Marc sur le manque criant d’analyse des effets souhaités sur la réussite des élèves des mesures budgétaires auditées et voici un bon argument POUR l’INEÉ.


Ce texte des professeurs Jacques Désautels et Marie Larochelle pose aussi de bonnes questions sur la supposée «hiérarchie de la scientificité»:

« Sans surprise, on trouve au sommet de cette hiérarchie, et en tant que preuve scientifique établie, les résultats probants obtenus par méta-analyses, essais comparatifs quantifiés et randomisés, etc. Suivent, par ordre décroissant, les travaux qui auraient une présomption scientifique (essais comparatifs de faible puissance, études de cohortes, etc.) et, tout en bas, les travaux de faible niveau scientifique (études comparatives avec biais importants, études rétrospectives, études de cas, etc.). Au sommet, la recherche confinée (en laboratoire ou à la bibliothèque), à la base, la recherche sur le sol raboteux du quotidien. »

Après la consultation du Webinaire du président du groupe de travail le professeur de l’UQAR Martin Maltais, on a parfois l’impression que la démarche ne sert que le désir de donner la «priorité aux résultats provenant d’études qui s’apparentent à des conditions de laboratoire, au détriment de ceux élaborés avec les intervenants des milieux scolaires et qui tiennent compte des particularités de leur contexte»…

Concevoir et créer un Institut d'excellence en éducation : une réflexion qui nous interpelle tous! de PRÉCA sur Vimeo.

Quand je lis le point de vue syndical qui remet en question la pertinence même de l’idée de créer l’INEÉ sous le prétexte «d’une structure superflue», ma motivation à aller de l’avant augmente.

Je vois dans le débat sur la création d’un Institut national d’excellence en éducation l’occasion de réfléchir sur tout plein de structures superflues. J’ai plein de suggestions à faire…

Le point de vue de Nancy Brousseau, directrice générale de la Fédération des établissements d’enseignement privés me rejoint parfaitement:

« La Fédération croit que l’institut répond à un besoin réel des directions d’école, des enseignants et des autres membres du personnel, d’avoir accès aux meilleures pratiques basées sur des résultats probants. Pour répondre adéquatement à ce besoin, l’institut devra toutefois, dans l’atteinte de ces objectifs, éviter le dogmatisme. Le transfert des résultats probants ne doit pas tendre à créer une école unique et uniforme, mais plutôt permettre aux praticiens d’améliorer leurs pratiques en tenant compte du projet éducatif de leur école et de la spécificité de leur milieu. »

Mon collègue de la Coalition avenir Québec Jean-François Roberge avait publié en mars 2017 un texte brillant sur le sujet et je partage également son avis: «Il est aberrant de constater que personne ne fait le travail de répertorier les bonnes pratiques éducatives, celles qui font la différence».

J’espère sincèrement que nous n’en sommes qu’au début de la réflexion sur cet important sujet!

N.B. Mon appui au projet de mettre en place un Institut national d’excellence en éducation date du temps où j’ai signé avec d’autres Le Manifeste sur l’éducation au Québec. Aussi, j’ai déjà parlé de l’utilité des données probantes et des pratiques exemplaires dans ce billet.

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