Le réseau privé d’éducation au Québec serait-il un ascenseur social ?

La prétention de Gabriel Nadeau-Dubois et de la formation politique dont il est le co porte-parole est que les écoles privées qui reçoivent des fonds publiques représentent « une injustice ». Il faudrait donc leur couper les vivres.

Les élèves du privé dont les écoles sont regroupés par la Fédération des établissements d’enseignement privé du Québec (FEEP) ne représentent que 12% des élèves du Québec, mais selon l’approche des syndicats d’enseignement et de Québec solidaire (QS), l’existence du réseau privé dont les écoles demeurent accessibles à la classe moyenne ne favorise pas l’égalité des chances. L’an dernier, le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) a publié un avis dans lequel on écrit que « les dérives observées mettent en péril la justice sociale à l’école ».

La multiplication des programmes particuliers sélectifs et des établissements privés entraîne des inégalités de traitement au bénéfice des plus favorisés », poursuit-on, en dénonçant une « forme de ségrégation qui conduit à un système d’écoles à plusieurs vitesses. »

Ce genre d’opinion absolument pas basé sur des faits et souvent repris par une gauche paresseuse a encore sévit cette semaine.

Quelques articles ont traité le sujet dans les derniers jours (1, 2) sous l’angle purement économique, invalidant « la théorie » véhiculée par QS qu’en abolissant le financement public aux écoles privées, seulement 50 % des 125 000 élèves migreraient vers une école publique. De plus, on oublie trop facilement que pour la très grande majorité des écoles privées, la perte de 50% des élèves signifie la fermeture des établissements. Résultat, ce sont 100% des élèves de ces écoles qui devront fréquenter le public, si une telle mesure survient. La seule exception serait sur l’Île de Montréal où une douzaine d’écoles ont beaucoup plus de demandes que de places disponibles. Plus d’une centaine d’écoles privées dont la majorité se trouvent hors de l’Île de Montréal ne pourraient même pas survivre avec 30% de baisse de fréquentation.

Une étude publiée en 2014 affirme que non seulement il n’y aurait pas une économie de 100 million$ telle que évoquée par QS, mais plutôt un coût additionnel de 600 million$. D’ailleurs dans cette étude, il est aussi question de l’aide qu’on apporte aux élèves pour qui l’argent limite l’accès à l’école privée, « plus de 80 p. cent des établissements disposent d’un service d’aide financière et ces établissements octroient environ 3,5 millions $ en bourses d’études à près de 3000 élèves ».

Je me souviens d’avoir écrit un billet en janvier 2015 sur une autre des hypothèses mal fondées de QS à propos des soi-disant pratiques de sélection des élèves au privé.

« Sur les 190 écoles regroupées par la Fédération des établissements d’enseignement privés, je serais très étonné qu’il y en ait plus qu’une vingtaine au total, au Québec, qui privilégie cette approche. Sûrement pas les douze établissements qui offrent exclusivement des services en adaptation scolaire à des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation et d’apprentissage ou les dix-sept pensionnats. Très peu d’écoles privées ont moins de places à offrir que la demande pour les occuper. Très peu d’écoles ont « le luxe » de se priver d’élèves sur la base d’une sélection parce que leur financement est basé sur le nombre d’élèves et que des places qui resteraient non comblées nuiraient à la santé financière de l’établissement. »

Le débat s’est poursuivi aujourd’hui à l’émission Faut pas croire tout ce qu’on dit qui a posé la question « L’école privée doit-elle être subventionnée par l’État? ». À l’écoute, j’ai cherché quelques références sur le concept du taux de résilience dont a parlé Nancy Brousseau de la FEEP, invoquant que « le Québec n’est devancé que par le Japon en pourcentage d’élèves résilients ».

Voici comment l’OCDE définit ce que sont les élèves résilients : « Les élèves résilients sont des élèves défavorisés (autrement dit, qui font partie du quart inférieur du statut socio-économique d’un pays ou d’une région donnée) dont les résultats aux tests de mathématiques du PISA se situent dans le quart supérieur tous pays confondus » (source).

Ce tableau concrétise ces résultats…

À partir de ces faits, je formule donc cette autre hypothèse : les programmes particuliers des écoles publiques et le haut niveau d’accessibilité des écoles privées du Québec ont beaucoup à voir avec cette résilience affichée par les élèves du Québec.

Les pistes pour améliorer cette résilience seraient l’attitude et le temps passé à étudier, dans un premier temps puis « l’effet enseignant » et les systèmes scolaires, dans un deuxième temps. En septembre 2015, j’ai aussi écrit sur les leviers pour passer du libre accès à l’éducation vers la réussite du plus grand nombre et deux facteurs émergent : l’autonomie et la responsabilisation.

Mise à jour du 12 février: Communiqué de la Fédération des établissements d’enseignement privés, « Les faits sur l’abolition des subventions aux écoles privées ».

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