La chasse aux délinquants sexuels de MySpace est-elle une bonne façon de faire en matière de prévention Internet?

Mercredi dernier, la BBC rapportait que le site MySpace avait révoqué le profil de 29 000 personnes aux États-Unis, des gens qui ont été accusés de crimes sexuels. En Angleterre, la nouvelle a fait beaucoup de bruit, mais ici, je ne crois pas avoir lu de manchette sur le sujet. Ma collègue blogueuse Stephanie Booth de Lausanne a publié plusieurs bons textes en suivi étant sur la piste d’un livre qui traiterait des adolescents et d’Internet. Elle vient de rédiger un super billet en français qui attire mon attention sur un aspect bien particulier de la nouvelle chasse de MySpace:

«C’est problématique d’une part, car suivant l’État dans lequel elles ont été condamnées, ces personnes enregistrées peuvent être coupables de choses aussi anodines que: relations homosexuelles, nudisme, uriner dans un lieu public, faire l’amour dans un lieu public, etc. D’autre part, je rappelle les chiffres provenant d’une récente étude sur les crimes sexuels impliquant des mineurs, qui vont à l’encontre de l’idée qu’on se fait habituellement de ce genre de cas. En agissant ainsi, possiblement poussé par la paranoïa ambiante, MySpace contribue à cette paranoïa. Je regrette que la presse joue systématiquement le jeu de la peur et ne se fasse pas l’avocate d’une attitude moins paniquée face à la question des prédateurs sexuels en ligne. (En résumé: les enfants courent plus de risques hors ligne qu’en ligne, et probablement bien plus à chaque fois qu’ils montent dans une voiture ou traversent la route…)»

Ni moi, ni Stephanie bien sûr ne voudrions faire de l’obstruction aux tentatives d’empêcher des prédateurs sexuels d’utiliser Internet pour commettre des crimes.
Il est quand même étonnant que les médias d’ici n’aient pas relevé la nouvelle, mais si ça se faisait, ce serait bien que l’angle choisi soit celui que suggère Stephanie:

  • «La définition de “sex offender” est problématique (dans certains états, on peut finir sur ces listes pour avoir montré ses fesses ou eu des relations homosexuelles).»
  • «Une telle action de la part de MySpace (pour sauver leur image, principalement) est problématique d’une part, car elle renforce la peur (peu justifiée) ambiante autour des prédateurs sexuels en ligne, et d’autre part, car c’est une mesure peu utile, car elle est déconnectée de la réalité des “problèmes/agressions à caractère sexuel” que rencontrent les ados en ligne.»

Le portail «Branchez-Vous» a choisi de traiter la «nouvelle» en lien avec le contexte de la législation canadienne qui empêcherait MySpace de repérer et d’expulser les délinquants sexuels au pays. «La chasse aux délinquants sexuels dans Internet n’est plus un défi technique, mais plutôt un problème d’ordre politique», ajoute John Cardillo, PDG de Sentinel Tech, la société responsable du système de détection des délinquants sexuels employé par MySpace.

Je souhaite vraiment que le domaine de la prévention Internet prenne un virage différent. Passer du «culte de la peur» à celui «du dialogue entre les parents et les enfants» me paraît bien plus urgent que ces questions entourant l’accès au registre des délinquants sexuels du Canada.

Bravo Stephanie! À sa suggestion, je vous réfère au texte de Kevin Anderson pour plus d’information: «Think of the children. Yes, but also think about the journalism».

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1 Commentaire
  1. Photo du profil de LucPapineau
    LucPapineau 12 années Il y a

    En résumé: les enfants courent plus de risques hors ligne qu’en ligne, et probablement bien plus à chaque fois qu’ils montent dans une voiture ou traversent la route…
    Voilà un genre de phrase qui banalise quelque peu les risques que l’on peut courir quand aux cyberprédateurs, non?

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