À gauche de la droite et à droite de la gauche, il y a le centre ou l’art de tourner en rond

Un des classements les plus contre-productifs que je connaisse dans le domaine politique est cette histoire de gauche, de droite et de centre. C’est un repère sur l’échiquier qui n’a pas que des défauts, mais qui me semble jeter beaucoup de confusion quand vient le temps d’essayer de se comprendre au niveau des idées. Ainsi, du plus à gauche au plus à droite, parmi les cinq principales formations politiques du Québec, il y aurait Québec solidaire, le Parti vert du Québec, le Parti québécois, le Parti libéral du Québec et l’Action démocratique du Québec/Équipe Mario Dumont. Je dis «il y aurait» parce qu’objectivement, je n’arrive pas à me faire une représentation claire de ce qui caractérise la gauche, la droite et le centre au Québec. Ni le récent débat chez Mme Bazzo, ni la lecture de quelques billets (1, 2, 3, 4 et 5), ni mes autres recherches ne m’ont réellement réconcilié avec la perspective de pouvoir clairement départager «quand-est-ce-que-des-idées-sont-de-droite-ou-de-gauche?» Depuis la publication des «11 idées de l’IEDM», je suis encore plus convaincu que cette dynamique où tout doit «entrer» obligatoirement dans la case «gauche» ou «droite» pour être analysé, mine notre compréhension des choses.
Le cas du Libéralisme est intéressant dans cette dynamique. J’aime bien ce que Wikipédia en dit:

«Selon les pays et les circonstances, les libéraux se retrouvent à «gauche», lorsque le libéralisme économique prime, mais que le conservatisme ne s’exerce pas sur les mœurs (cas des É.-U. où les libéraux sont assimilés à des sociaux-démocrates) ou, inversement, à «droite», lorsque l’interventionnisme économique est dominant, mais que les moeurs sont relativement strictes (cas des principaux États européens comme la France) ou encore, dernière possibilité, ces deux aspects peuvent s’observer en même temps (cas de l’Allemagne, par exemple).»

Cela démontre à quel point il est fastidieux de tout vouloir positionner à droite ou à gauche. La droite et la gauche sont devenues des concepts beaucoup trop relatifs pour nous servir de repères constructifs d’autant plus que personne ne se représente les mêmes valeurs quand on invoque l’un des axes. Est-ce que Pauline Marois peut avoir de bonnes idées qui sont à droite sans s’aliéner les membres de son parti prétendument à gauche? Peut-on dire que Mario Dumont possède une certaine marge de manoeuvre pour proposer certaines idées «de gauche» sans faire monter ses partisans (identifiées à la droite) dans les rideaux? J’espère que la réponse à ces deux questions est positive parce que je ne comprendrais pas qu’il puisse être impossible de sortir de ce cadre (gauche-droite) beaucoup trop étroit en matière de politique.

J’ai beau lire les blogues gauchistes en parallèle avec ceux «affichant un fort penchant» à droite (voir les blogues dans la liste de ceux de David Chrétien sous la rubrique «Blogues Droitistes & Membres de la Coalition des Esprits Libres») et je ne parviens pas à voir l’utilité de ce clivage qui se manifeste davantage avec ceux qui se positionnent aux extrêmes. Comme je mentionnais hier chez Michel Vastel:

«Ses tactiques visant à démoniser le centre et le centre-droit [en parlant de la gauche] (il n’y a pas de vraie droite au Québec) ne passent plus chez un grand nombre de personnes. Son culte de la vitesse du plus lent, le monopole qu’elle tente de prendre sur la compassion et sa propension à «so-so-so-solidariter» à toutes les sauces lui ont fait perdre beaucoup de crédits [j’aurais dû employer le mot « crédibilité »].»

À l’inverse, chez les «très à droite», on entend trop souvent qu’il faille d’abord créer la richesse avant de la distribuer comme si on ne pouvait pas marcher et mâcher de la gomme. Quand je lis que les pauvres n’ont que ce qu’ils méritent en cette période où le taux de chômage est bas ou quand j’entends l’expression «gauche caviar» associée à toute personne qui croit que l’homme est naturellement bon, je me dis que les gens s’accrochent à des étiquettes qui les enferment. J’ai déjà écrit sur le genre de gauche que je ne suis plus capable de blairer, mais il me faudra écrire sur celle dont je ne pourrais me passer; peut-être tomberais-je moi-même dans le piège que je décris en le faisant, par contre…

Après avoir décrit pourquoi je ne voulais pas m’enfermer dans ces catégorisations, je vais devoir trouver une meilleure façon de me définir au travers de ce dédale, sans faire référence au cadre «droite-gauche», mais en admettant que je penche plus souvent à droite qu’à gauche! Définir un certain credo politique personnel pourrait s’avérer une bonne idée, dans un contexte où j’ai amplement eu l’occasion de me connaître au fil des dernières années et de me situer par rapport aux valeurs à privilégier; en éducation, en particulier. Je devrai commencer par ce domaine, parce que c’est celui que je connais le mieux et aussi parce que c’est celui qui, au quotidien, me préoccupe. Je ne sais combien de fois par jour dans les derniers mois j’ai été confronté aux impacts des décisions politiques prises sans que je puisse vraiment aller au bout de ma pensée. Rien ne m’en empêche… pourquoi ne pas faire l’exercice d’aller au fond des choses?

Je me souviens d’avoir écrit sur le blogue du RAEQ «qu’il y avait moyen [dans le passé] avec l’orientation des trois principaux partis politiques au Québec en éducation de cheminer efficacement sans devoir s’engager plus loin.» Je vois venir le temps où je devrai soit afficher mes convictions politiques soit accepter de rentrer dans les rangs et subir les choses étant donné que les positions des trois partis ont tendance à s’éloigner. J’ai bien de la difficulté à voir comment je pourrais me contenter du deuxième choix, si je veux rester brancher sur mon désir de servir les apprentissages le mieux possible.

La droite et la gauche me paraissent de plus en plus diviser les gens pour rien. Il y a maintenant si peu de personnes capables de s’entendre sur les caractéristiques de l’une et de l’autre et s’identifiant à 100% à un côté ou l’autre… Il me semble que le temps soit venu de s’affranchir de cette grille et j’aimerais bien y contribuer.

Mise à jour du 27 octobre 2010: Billet intéressant qui touche ce sujet chez Joseph Facal: Éloge de la complexité

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7 Commentaires
  1. Photo du profil de SylvainB
    SylvainB 10 années Il y a

    De par mon expérience, la polarisation excessive des positions dans un débat finit par rendre le tout stérile, ou mène à la catastrophe ou au démantèlement d’une organisation…
    Dans le cas de nos institutions séculaires politiques, ça fait un bon show en Chambre, ça régale les journalistes à la recherche de cotes d’écoute et tutti quanti…
    À part ça, je ne crois pas que ça fasse avancer quoi que ce soit, ou si peu…

  2. Photo du profil de LucPapineau
    LucPapineau 10 années Il y a

    La notion de droite et de gauche est bien relative, en effet. N’oubliez pas qu’au Canada, nous avons même eu droit à des progressistes-conservateurs…
    C’est en analysant la plate-forme politique des partis qu’on peut arriver à les catégoriser et encore! Par exemple, le PQ semble plus à gauche parce qu’il propose davantage de mesures sociales ou d’interventions de l’État dans certains dossiers. L’ADQ semble plus à droite parce qu’elle favorise davantage le désengagement de l’État dans plusieurs sphères d’activités.
    Au niveau canadien, il est étonnant de voir les Libéraux proposer des mesures de protection économiques et aller à l’encontre du libéralisme économique.
    Ce qui est aussi mélangeant, c’est qu’au Québec, les trois principales formations politiques sont plutôt centristes par opportunisme politique (pléonasme) et que les Québécois ont beaucoup de valeurs communes. Quand tu vises à recueillir une majorité de votes, tu dois plaire un peu à tout le monde. Les tiers-partis ont peu de chances d’exister à cause de notre système politique.
    En soi, je me demande si les qualificatifs droite-gauche s’applique au Québec. Pendant longtemps, c’était davantage le débat constitutionnel qui servait à départager les formations politiques.
    Même en Europe, on a vu des partis dits de gauche mettre de l’avant des mesures dites de droite.

  3. Photo du profil de ClementLaberge
    ClementLaberge 10 années Il y a

    J’ai été à plusieurs reprises confronté au relativisme des concepts de gauche et de droite en politique depuis mon arrivée en France. Ce qui est de gauche au Québec peut parfois sembler de droite ici… Alors, suis-je de gauche? suis-je de droite? et par rapport à quels repères? Bel exercice de remise en question personnel et politique en tout cas.
    Ma réflexion à ce jour est qu’au moment de juger du « positionnement » d’un parti, d’un homme ou d’une femme politique, nous faisons trop souvent l’erreur de porter notre attention sur sa méthode d’intervention ou sur des actions particulières alors que c’est plutôt à l’aune du projet qu’il ou qu’elle porte qu’il faudrait juger. Et comme les projets portés par les partis politiques ne sont pas particulièrement clairs par les temps qui courent, les repères pour les définir les uns par rapport aux autres ne le sont pas davantage. Je pense que c’est dont rend bien compte ton texte.
    En effet, est-ce que de faire appel aux leviers de l’État pour réaliser un projet de société fait de quelqu’un un politicien de gauche?
    Et est-ce que de confier à des sociétés parapubliques, voire à des entreprises privées des mandats traditionnellement remplis par les pouvoirs publics font d’un autre un homme de droite?
    Je pense que toutes ces questions, tous ces débats, toutes ces interrogations ont surtout pour effet de nous empêcher de réfléchir aux Projets proposés? C’est un écran de fumé qui convient à tout le monde et qui contribue au marasme politique dans lequel nous sommes. Quelle société chacun de ces politiciens nous proposent? Et ces projets, sont-ils plus progressistes? plus conservateurs? …par rapport aux repères traditionnels de la société dans laquelle nous vivons, par exemple?
    Après deux ans en France, à ne plus trop savoir si je suis de gauche ou de droite, et si je dois accepter l’une ou l’autre des étiquettes (et en évitant de succomber au déplorable: « je ne suis ni de gauche ni de droite ») ce que j’ai appris avec le plus de certitude, c’est que j’adhère encore et toujours à un projet de société qui fait le pari d’une très grande ouverture à l’Autre et qui accorde une large place à la solidarité. En ce sens, je veux bien qu’on me dise « de gauche ». Par contre, sur les moyens à mettre en oeuvre pour voir prendre forme cette société, je me dis de plus en plus qu’il faut faire appel à des méthodes plus « libérales » pour créer des conditions d’innovation qui nous permettront d’aborder les défis auxquels nous sommes confrontés sous des angles inédits. Et en ce sens, on pourrait très bien me dire de plus en plus « à droite ».
    Tout ça pour dire que si je suis d’accord avec toi pour dire que les repères de gauche et de droite ont perdu beaucoup de leur sens dans le discours politique actuel, je pense que ce n’est pas parce que maintenant tout est relatif, tout se vaut et que finalement tout dépend des circonstances et que le pragmatisme et la real politik sont maîtres du jeu. Dire cela ne ferait encore qu’accroître l’effet d’écran de fumée, de noyer les débats, de permettre aux politiciens de continuer à ne rien proposer de concret et d’alimenter dans la population l’illusion qu’au fond toutes les idées se valent. Je refuse cette vision. Il y a bien des projets de société plus progressistes et des projets plus conservateurs. C’est une réalité. Là où les repères sont troubles, c’est en ce qui concerne les méthodes politiques et les moyens d’actions… ce n’est pas dans les projets en tant que tels. Dire le contraire ce serait faire un pas vers un renoncement du Projet, et donc du long terme, au profit du quotidien, c’est-à-dire de l’actualité et du cirque médiatique. Une forme d’abdication politique. Tu ne crois pas?
    Je pense vraiment que la confusion que tu décris tient au fait que nous avons perdu de vue que faire de la politique c’est d’abord et avant tout proposer un projet de société… et qu’à défaut de projets de société clairement formulés, toutes les propositions, les décisions et les actions perdent de leur sens…
    Que Mario Dumont propose ceci;
    Pendant que Pauline Marois propose cela;
    Et que Jean Charest réalise plutôt cela;
    …au fond, qu’importe, si je ne sais pas quelles idées et quelles valeurs, quelle société chacun d’entre eux me propose pour dans dix ans, vingt ans, pour mes enfants, pour alimenter mon besoin de me projeter dans le futur et de rêver.
    Alors avant de dire que Pauline est trop à droite, ou Mario trop à gauche, ou l’inverse, parce qu’ils ont appuyé telle ou telle mesure… demandons-nous plutôt quelle vision de la société les anime… et si ce n’est pas clair exigeons qu’ils la formulent plus clairement avant de leur accorder notre confiance.
    Je suis convaincu que cela aura plus son sens de faire appel aux repères « gauche » et « droite » pour comparer leurs visions de la société plutôt que pour le faire sur la base d’une accumulation de citations et de mesures ponctuelles, souvent anecdotiques au regard de l’histoire même si la lentille déformante des médias nous porte parfois à croire le contraire.
    Pardonne-moi cette envolée spontanée, qui méritera peut-être d’être nuancée ou dont j’aurais pu éliminer quelques longueurs…

  4. Photo du profil de LaurentGloaguen
    LaurentGloaguen 10 années Il y a

    Je ne pense pas que les concepts de gauche et droite existent au Québec, ça m’a toujours frappé comme observation. Le brouillage de la question indépendantiste et le manque de débats en sont sont doute les principales raisons. Comment imaginer un parti qui fasse coexister des gens aux idées proches de l’extrême droite et d’autres franchement à gauche, ça a pourtant existé, ça s’appelait le PQ.

  5. Photo du profil de AmineTehami
    AmineTehami 10 années Il y a

    @Mario/ « Définir un certain credo politique personnel pourrait s’avérer une bonne idée, […] et de me situer par rapport aux valeurs à privilégier; en éducation, en particulier. » Si ça peut t’être utile, cette page m’a un jour été d’une grande utilité pour m’aider à m’auto-expliciter mon propre credo pédagogique. La mise en page est agaçante, le contenu penche plus à gauche (je te préviens!) mais ce sont les catégories qui avaient stimulé ma réflexion.
    Quant à la question de la pertinence de cette dichotomie, peut-être connais-tu Philip Converse, LA référence en sciences po sur la question des croyances politiques et du comportement électoral. Dans une série d’enquêtes séminales au début des années 60, il avait révélé que l’immense majorité des américains (et je pense qu’il n’est pas imprudent d’extrapoler sa thèse aux Québécois) 1) n’ont pas de constance dans leurs croyances (ils croient blanc un jour et noir une autre fois) ni 2) de consistance (exemple classique : ils se disent en faveur simultanément de l’État-providence et des baisses d’impôt). Si jamais ça pique ta curiosité, cette page propose une bonne entrée en matière. Je te le mentionne pour te dire que, comme nous dans cette discussion, cela ne l’a pas découragé d’utiliser les catégories gauche/droite. Elles lui ont même permis de réaliser une carrière exemplaire!
    Que les gens soient généralement confus, Converse l’attribue simplement au fait que la plupart des gens (du moins ceux qui ont accès aux catégories abstraites requises pour suivre la chose publique) sont trop pris par l’urgence du quotidien et les priorités immédiates pour trouver temps et énergie afin de méditer cette chose publique. Les politiciens qui courtisent leur vote le savent, si bien qu’ils ne font rien pour clarifier les clivages. J’abonde dans le sens de Clément : en éducation comme ailleurs, il y a des projets conservateurs et d’autres qui sont progressistes. Si je me targue de pencher en faveur de ces derniers, il faut croire que je suis conservateur quand il s’agit du clivage droite/gauche!
    Bonne réflexion, Mario.

  6. Photo du profil de Vincenz
    Vincenz 10 années Il y a

    Dans tous les sens: la gauche caviar, c’est parcequ’en 82 Mimi a crû bon de passer les oeufs de poisson comme bien de première nécessité, donc taxé à 5.5.
    Le mois dernier, des députés européens (du PSE) bulgares, roumains et hongrois ont traité les eurodéputés socialistes européens de communistes. La gauche est très à gauche en France car la droite est également très à gauche.
    En France, le mot libéral est encore associé à ultralibéral.
    Comprennent rien

  7. Photo du profil de YvanSt-Pierre
    YvanSt-Pierre 10 années Il y a

    Bonjour,
    J’ai moi-même pondu un billet il n’y a pas si longtemps sur cette question, et l’essentiel de ma conclusion à cet égard – toute provisoire évidemment – était que le clivage gauche-droite repose essentiellement sur une croyance fondamentale quant à la source des normes relatives au mérite.
    Ainsi à droite, on pense qu’il est méritoire de se conformer à une éthique qui transcende les idées produites socialement, préférant plutôt s’en remettre à Dieu, au Destin ou à la Nature, tandis qu’à gauche on pense qu’il revient à la société elle-même de décider des normes à suivre, sans se référer à de telles entités extérieures à celle-ci.
    Faites-le test: à peu près toutes les autres manières de distinguer la gauche ou la droite se justifient de cette manière, en dernière analyse. Non?

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