Visite au Collège de Bois-de-Boulogne sur le sujet de la démobilisation démocratique

J’étais invité hier par l’association étudiante du Collège de Bois-de-Boulogne à participer à une table ronde sur le sujet de la démobilisation démocratique. Un enseignant du Collège de Montréal, Sylvain Larose, était aussi l’un de ceux qui devaient échanger avec moi et la cinquantaine d’étudiants qui avaient choisi de passer l’heure du dîner avec nous… Nous étions animés par Frédérick Brousseau-Gauthier, le Coordonnateur aux luttes sociales de l’association.
M. Larose et moi avons d’abord été étonnés qu’autant de jeunes assistent à la rencontre; je me serais attendu à moins de jeunes. Nous avons alternativement pris quelques minutes pour présenter notre vision sur le sujet à partir de trois courtes questions: pourquoi, comment, et après?
J’ai défendu la position que la démobilisation, celle des jeunes vient beaucoup du manque d’information et du peu d’intérêt qu’ont les jeunes à s’informer par les canaux utilisés par «les politiques». À partir des analyses qu’on m’avait communiquées au moment de travailler sur le projet Pourquoi je vote, il devenait clair qu’une majorité de jeunes ne faisaient pas l’effort de connaître des détails aussi faciles à vérifier que le nom de leur circonscription électorale, l’adresse de leur bureau de vote ou le nom des candidats. Les programmes électoraux? On n’en parle même pas… En général, les politiciens «poussent» des messages et demandent aux gens de les écouter. En particulier, au moment des campagnes électorales. Les gens, à l’ère des nouvelles technologies, souhaitent davantage se retrouver en conversation avec ceux en qui ils ont confiance. Les jeunes en particulier sont dans ce mode du dialogue et de l’interactivité. Ils n’ont aucun intérêt pour un message «top-down». Enfin, j’ai plaidé qu’au moment où certaines questions les touchent de près, les jeunes sont capables de se mobiliser. J’ai apporté l’exemple d’un fort mouvement de protestation en Ontario au moment où Dalton McGuinty avait essayé de modifier les règles pour l’obtention des permis de conduire.
M. Larose s’est montré beaucoup plus cinglant que moi. Selon lui, l’absence de mobilisation démocratique vient de l’école qui n’encourage en rien, tout au long du parcours «qu’elle inflige», le prise de conscience des bienfaits de l’engagement. «L’école est une prison»… C’est ce qu’il a affirmé, calmement, surprenant presque ceux qui pouvaient s’attendre à une table ronde de vieux « schnock». L’argument de M. Larose a reposé sur douze principes de droits en vigueur dans notre société qui, selon lui, seraient bafoués (dix sur douze) dans la très grande majorité des écoles en Amérique du Nord:

  • La loi est la même pour tous.
  • Nul n’est censé ignorer la loi à partir de la majorité, civile et pénale.
  • Nul ne peut être mis en cause pour un acte dont il n’est pas l’auteur ou le complice.
  • Nul ne peut être mis en cause pour un comportement qui ne porte tort, strictement qu’à lui-même.
  • Toute infraction entraîne punition et réparation.
  • Un mineur est déjà sujet de droit, mais pas encore citoyen.
  • Pour une même infraction, un mineur est moins lourdement puni qu’un majeur.
  • Nul ne peut se faire justice à soi-même.
  • Nul ne peut être juge et partie.
  • Le citoyen obéit à la loi parce qu’il la fait avec les autres citoyens.
  • L’interdit de la violence ne se discute pas démocratiquement puisqu’il permet la discussion démocratique.
  • L’usage de la force n’est légitime que dans deux cas: 1’urgence, c’est-à-dire la légitime défense, ou l’assistance à personne en danger, et après épuisement de toutes les voies de droit pour rétablir le droit.

Seuls les deux derniers points seraient «respectés» selon M. Larose. Par exemple sur le principe #7 («Pour une même infraction, un mineur est moins lourdement puni qu’un majeur»), le prof Larose a apporté l’exemple des jeunes qui arrivent en retard et qui normalement se font coller en retenu et de l’adulte (l’enseignant) qui ne reçoit aucune sanction s’il se présente en retard à son cours…

L’intervention de M. Larose se voulait provocatrice, j’imagine. Il a aussi mentionné jusqu’à quel point les médias et les politiciens qui s’échangeaient le pouvoir avaient «avantage» à maintenir les règles du jeu actuelles qui favorisent cette démobilisation.

Plusieurs questions nous ont été adressées et je ne saurais ce soir en faire l’énumération exacte. Je me contenterai de mentionner celle qui touchait aux nouveaux moyens de communiquer (les blogues, les réseaux sociaux, etc.); on nous a demandé si l’abondante utilisation (des jeunes en particulier) pouvait changer la donne et augmenter les chances de se mobiliser davantage. Je me suis montré optimiste. Parce que maintenant, nous n’avons plus à convaincre un éditeur pour publier, parce qu’il n’est pas nécessaire de connaître les langages de programmation pour tenir «média» sur le Web, chacun peut s’exprimer et influencer. Plusieurs événements «politiques» (en Iran, par exemple) et «humanitaires» (la catastrophe en Haïti, par exemple) ont démontré l’importance des médias sociaux incluant les blogues au niveau de la mobilisation citoyenne. Est-ce qu’on verra naître une démocratie plus participative pour autant? J’en fais le pari, même si je n’en vois pas encore les signes tangibles.

Je dois dire qu’à cette question, mon compagnon a coupé court. S’il reconnait la puissance actuelle des dispositifs dont il est question ici (et le potentiel en «pouvoir subversif»), il s’est dit convaincu que les «gens qui détiennent actuellement le pouvoir» trouveront dans un avenir rapproché le moyen de neutraliser les effets qui pourraient leur causer problème.

Au sortir de l’activité, je me suis souvenu de cette douce atmosphère du Cégep où souvent, toutes les révolutions nous étaient permises. Les jeunes sont-ils plus passifs aujourd’hui que dans notre «jeune temps» où un vote de grève n’attendait pas l’autre? Je ne saurais quoi répondre… Mais à voir leur intérêt et le grand nombre de questions, je me suis dit que je devais multiplier ce genre de rencontre.

J’espère seulement que la conversation pourra se poursuivre ici, car j’ai sûrement oublié des éléments importants de ce débat à faire pour notre avenir collectif!

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2 Commentaires
  1. Photo du profil de LucPapineau
    LucPapineau 9 années Il y a

    Je suis curieux de vor comment M. Larose gère sa classe et comment il vit avec le «code de vie» de l’établissement ou il enseigne. Il ne s’agit pas d’un questionnement ironique, mais d’un intérêt véritable.

  2. Jean Desjardins 9 années Il y a

    M. Larose enseigne au Collège de Montréal.
    J’ai eu la chance de l’avoir comme chargé de cours en didactique de l’histoire en 2000, un des 4 seuls cours importants de la partie prof de mon bac.

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