Rapporter, débattre, échanger, analyser ou faire dans l’opinion… Pas simple la vie de journaliste !

«Je vous remercie de vos très nombreux commentaires sur l’ensemble de l’oeuvre, comme sur des aspects plus particuliers. Je sais que je n’y ai pas répondu avec assez d’assiduité. Bien franchement, le plus souvent par manque de temps; plus profondément parce que je ne crois pas que mon métier consiste à débattre. Ni avec les élu(e)s ni avec le public.»

J’ai lu ce dernier paragraphe du plus récent billet de Jean Dussault sur son carnet Web parce qu’un message de Miche Dumais (sur Twitter) a frappé mon attention. Il fait partie d’une longue séquence de gazouillis en commentaires de la Révision de l’ombudsman de Radio-Canada au sujet des propos de Michel C. Auger à l’émission Tout le monde en parle, le 9 mai 2010. Un extrait (qui est, de fait, la conclusion) du texte de Julie Miville-Dechêne:

«La direction de l’Information et Michel C. Auger ont reconnu que les propos en cause étaient inappropriés, et qu’ils pouvaient être perçus comme une remarque désobligeante. Le journaliste s’en est excusé auprès de la plaignante. Dire à la blague qu’il y a un « manque de contrôle de qualité » chez les politiciens au pouvoir s’apparente à de l’opinion sur une question controversée. Les Normes et pratiques journalistes de Radio-Canada n’ont donc pas été respectées.»

Les propos de Michel C. Auger et la position de Mme Miville-Dechêne ont été commentés sur le blogue de Patrick Lagacé, mais c’est sur Twitter que les échanges entre journalistes me paraissent être les plus intéressants…

  • «La SRC est chanceuse d’avoir Julie Miville-Dechênes comme ombudsman. Plus de rigueur que ça, tu diriges le Columbia School of Journalism.» (Marie-Claude Lortie)
  • «C’est rigoureux de s’appuyer sur une plainte anonyme? Ah bon.» (Rémy Charest)
  • «L’identité de la plaignante n’a pas été rendue publique, mais elle n’est pas anonyme. Auger s’est même excusé directement à elle.» (Marie-Claude Lortie)
  • «Je viens d’aller relire la décision. Effectivement, son identité n’est pas publique, mais elle n’est pas anonyme.» (Rémy Charest)
  • «Ceci dit, je trouve quand même ça étrange qu’elle ne soit pas nommée, alors que c’est la norme même pour des sujets plus délicats.» (Rémy Charest)
  • «Non seulement JMDechêne ombudsman a raison, Auger a été le premier à reconnaître son glissement. Deux bons journalistes. Même conclusion.» (Marie-Claude Lortie)
  • «Auger a été le 1er à voir son erreur. JMD élargi: ce n’est pas tant sa faute que le risque d’envoyer des journalistes à TLMP.» (Marie-Claude Lortie)
  • «En fait l’ombudsman redistribue la responsabilité sur la politique risquée de la SRC de mousser ses émissions d’info sur ds plateaux variété.» (Marie-Claude Lortie)
  • «Oui, là-dessus. D’accord. @kick1972 [Patrick Lagacé] va trop loin dans ses reproches à JMD. La valeur d’Auger n’empêche pas qu’il a glissé un peu.» (Rémy Charest)
  • «Pour le premier propos (« qualité »), JMD a raison. Pour le « film d’action », je ne vois pas le problème, même en lisant les normes.» (Rémy Charest)
  • «Je traverse les normes et rien ne me semble proscrire l’usage d’une image colorée, en soi. Je bogue sur ce bout-là de la décision.» (Rémy Charest)
  • «Ni JMD ni Auger sont à blâmer si on préfère le commentaire à la langue de bois, mais bien les règles strictes de la SRC.» (Marie-Claude Lortie)
  • «En tout cas, je viens d’écrire à l’ombudsman pour des précisions sur la non-divulgation des noms et l’usage des phrases imagées.» (Rémy Charest)
  • «Rigueur et neutralité ne sont pas synonymes. On peut très bien sortir de Columbia J-School sans croire au journalisme « neutre ».» (Jérôme Lussier)
  • «Les normes journalistiques de la SRC sont celles du journalisme neutre, tu le sais… Rigueur + neutralité.» (Marie-Claude Lortie)
  • « »+ de rigueur que ça, tu diriges le Columbia School of Journalism. » Est-ce que la CGJS approuverait la décision de JMD? Sais pas.» (Jérôme Lussier)
  • «Je me suis souvent posé la question de la neutralité comme historien (ma formation). Le débat est très similaire.» (Rémy Charest)
  • «Une référence incontournable à ce sujet, That Noble Dream, par Peter Novick: http://tinyurl.com/2dkj8kz.» (Rémy Charest)
  • «Elle ne décide pas dans l’absolu. Elle applique les règles de la SRC. Si on n’est pas d’accord, les règles sont à [ré]viser.» (Marie-Claude Lortie)
  • «Pardon ? Elle ne fait qu’appliquer les règles ? C’est ce que disent les flics zelés, Marie-Claude.» (Patrick Lagacé)
  • «Faudra que RC sorte de sa schizo « analyse : oui », « opinion : non », parce que la nuance est tellement mince, c’en est absurde.» (Patrick Lagacé)
  • «Je l’écoute, Michel, au TJ et à la radio. Moins coloré qu’à TLMEP, oui. Mais il y donne des opinions. On maquille sous « analyse »» (Patrick Lagacé)
  • «Sa décision invite la SRC à clarifier son attitude. Sur le glissement analyse/opinion et l’envoi de journ ds les shows de variétés.» (Marie-Claude Lortie)
  • «Où, le glissement ? Où, la grande tendance inquiétante des journalistes dans les shows de variétés? Combien ont dit des bêtises?» (Patrick Lagacé)
  • «Où est le glissement, le dérapage quand on constate simplement, après 30 ans de métier, le « niveau » des élus actuels ?» (Patrick Lagacé)
  • «Tu vas quand même pas appeler ça une analyse, dire que le contrôle de qualité des élus est déficient? En +, Auger s’est excusé.» (Rémy Charest)
  • «Un texte à (re)lire sur le nouveau rapport entre le public et médias traditionnels, de Jay Rosen: http://bit.ly/t6VwQ» (Jérôme Lussier)
  • «Je vous invite à lire le dernier billet de Jean Dussault, et particulièrement le dernier paragraphe http://ow.ly/1XDTP» (Michel Dumais)
  • «À mon avis, tu [à Patrick Lagacé] confonds deux choses. 1. Si les normes de R-Can. sont appropriées. 2. Si elles sont appliquées par l’ombudsman.» (Rémy Charest)
  • «J’ai lu les normes de R-Can. et la révision de l’ombudsman, après avoir échangé avec @mclortie. Sa lecture est rigide, mais juste.» (Rémy Charest)
  • «J’ai également écrit à JMD et elle m’a répondu très soigneusement ce matin. Pour le « contrôle de qualité », elle est dans le mille.» (Rémy Charest)
  • Et s’adressant à Michel Dumais… Rémy ajoute: «Merci du lien. Cette dernière phrase fait réfléchir. La question posée, dans le cas Auger, c’est: quel est le rôle de chacun?

    La discussion va probablement se poursuivre. Personnellement, j’aurais le goût d’ajouter qu’un journaliste qui choisit de ne rapporter que les faits offre quand même un «certain» traitement journalistique. Il privilégie quels faits ? Il tait, lesquels ? Quand il s’assure de rapporter «les deux côtés de la médaille (voire trois, dans certains cas), il fait preuve de rigueur, certes, mais au moment où il commence à expliquer ce qu’il voit/entend, quand il commence à faire de l’analyse… il s’approche de l’opinion, non ? Je dis bien «approche»… Avant tout, je crois (qu’on se comprenne bien, je ne suis pas journaliste), il veut être compris ce journaliste. Il souhaite «communiquer». Je me pose deux questions: Comment un journaliste peut-il vouloir vérifier s’il se fait comprendre s’il n’échange pas ? Jusqu’à quel point un journaliste fait-il un bon travail de communication s’il n’intervient pas quand le feedback qu’il reçoit lui fait croire qu’on ne l’a pas compris ? Jean Dussault écrit qu’il «ne croit pas que son métier consiste à débattre». «Ni avec les élu(e)s ni avec le public», ajoute-t-il. Je veux bien.

    La frontière est mince, je trouve, entre un journaliste qui s’explique en échangeant et un autre qui s’engage dans un débat. Celui qui analyse doit débattre, il me semble. Celui qui rapporte (le plus objectivement possible) doit échanger, il me semble aussi. Est-ce que les journalistes qui font bien leur travail n’ont pas la responsabilité de lire/écouter les réactions et les commentaires qui sont consécutifs à l’exécution de leur travail pour ainsi le réguler et mieux communiquer ? Cela peut-il se faire sans échange ou sans débat ? Peut-être…

    M. Dussault qui prend sa retraite avec la fin cette session parlementaire participe souvent à des tables ronde (aux «Coulisses du pouvoir», entre autres) et j’admire son travail. Je suis certain qu’il croit en la valeur des échanges, à tout le moins entre journalistes. Dans le contexte de ces échanges (entre journalistes) sur Twitter, je suis curieux de pousser un peu plus loin ma réflexion sur la valeur des débats/échanges avec le public et les élu(e)s pour un journaliste. La réflexion de M. Dussault ne me paraît pas clore le sujet. Pas plus que la révision de Julie Miville-Dechêne…

    N.B. J’ajoute un texte que me réfère Jérôme Lussier par l’entremise de Twitter: «Je ne suis pas objectif. Et vous non plus.»

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2 Commentaires
  1. Photo du profil de Guy Vézina
    Guy Vézina 11 années Il y a

    Il demeure évident pour moi qu’un journaliste doit demeurer le plus objectif possible lors de l’exécution de son boulot qui est de transmettre une nouvelle, un fait, une analyse…
    Mais nul n’est tenu à l’impossible! Or tout être humain est manifestement subjectif à tout le moins dans ses réactions quotidiennes et ne peut faire abstraction de ses opinions ou de ses émotions même si, idéalement…
    Madame a fait son travail et monsieur a été pris au piège par la situation à TLMP pour réaliser, après coup, qu’il avait justement été entraîné à se laisser aller! Une émission qui te permet cela devant plus d’un million de téléspectateurs est certes une occasion qui n’est pas donnée à tout le monde!
    Bref je crois que les deux personnes (ombudsman & journaliste) n’ont rien à se reprocher: l’une a fait son travail (d’une façon un peu trop zélée selon moi) et l’autre a été victime d’une occasion de s’exprimer librement dans le cadre d’une émission de variétés qui n’a rien a voir avec son métier de journaliste, même si ce genre d’émission peut souvent créer des situations plutôt inconfortable après coup.

  2. Photo du profil de Re
    Re 11 années Il y a

    Je crois que Rémy Charest touche quelque chose d’important lorsqu’il dit que la question de la neutralité journalistique est semblable à celle de l’objectivité, qui se pose dans les sciences de l’homme.
    L’objectivité me semble être une position que l’on tente de maintenir méthodiquement face à un objet,. Rien, évidemment, ne garantit que l’objet ne puisse être contaminé par le sujet. Tout est question de rigueur et de méthode. Et de débat, sur la méthode plutôt que sur l’objet lui-même. Je crois que c’est ce que Dussault dit.
    Ce perpétuel débat sur l’objectivité journalistique est bien évidemment nécessaire. Mais j’ai toujours quelques craintes lorsque refait surface l’idée que l’objectivité n’existe pas (voir «Je ne suis pas objectif. Et vous non plus.»). C’est dire, implicitement, que tout est opinion, que tout se vaut. Or, à mon avis, l’objectivité existe bien, sous la forme d’un idéal, lequel permet de départager le savoir et la connaissance de l’opinion et de l’idéologie. Mon grain de sel.

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