Revenir aux choses sérieuses…

Pendant que l’opinion publique canadienne est occupée par les demandes d’excuse à la chroniqueuse du Globe and Mail, des gens continuent de réfléchir à des enjeux qui me semblent davantage préoccupants dans l’optique que cesse le type de tragédie dont les milieux scolaires sont trop souvent l’objet. Je suis satisfait que les premiers ministres montent aux barricades (M.M. Charest et Harper), mais une fois la poussière retombée, il faudra bien s’intéresser aux liens à faire entre le fait que plusieurs écoles soient ciblées par des tireurs fous (à l’exemple des événements au Collège Dawson) et le profil des individus qui agissent comme tel.
Ce billet et la discussion qui a suivi me portent à croire que la recherche de d’autres informations est impérative. Ce matin, Le Devoir publie un article qui va dans le sens de mes préoccupations : « Peut-on prévenir? » Denis Lafortune attire l’attention des lecteurs sur les travaux de deux chercheurs (James McGee et Caren De Bernardo) qui ont tracé un genre de portrait synthèse des « classroom avenger » à partir de plusieurs événements survenus dans une école. Un extrait :

« L’auteur de «fusillade par vengeance dans une école» est un jeune homme de classe moyenne, en bonne santé physique et d’intelligence moyenne. Il habite le plus souvent en région rurale ou dans la banlieue. Il fréquente une école publique et provient assez souvent d’un milieu familial perturbé. Il habite un foyer où on a facilement accès à des armes. Solitaire, il entretient de pauvres relations avec les gens de son âge. Très sensible à la critique, il éprouve de vifs sentiments d’aliénation, de rejet par autrui, et rumine mentalement différents scénarios de vengeance. Il est extrêmement critique et intolérant envers les autres. Il développe un intérêt très marqué pour toutes les représentations de violence qu’il est possible de trouver dans les arts et dans les médias. Il a tendance à se vanter publiquement de ses fantaisies violentes et de sa cruauté. Il prémédite et planifie habituellement son assaut et va même jusqu’à communiquer explicitement son intention de passer à l’acte (par des lettres, des journaux intimes ou des graffitis). Au moment de choisir ses cibles, il est à noter que, dans un mouvement de «triomphe vengeur», il s’en prend souvent d’une façon toute particulière aux femmes ou aux étudiants qui se démarquent par leurs talents scolaires ou sportifs. Plusieurs des auteurs de fusillade luttent contre une profonde dépression, ce qui fait en sorte qu’ils entretiennent des fantaisies suicidaires ou de «suicide par les policiers» (« suicide by cop »). »

Tout comme M. Lafortune, je constate que nous ne pouvons présumer que Kimveer Gill a agi par vengeance à Dawson. Il y a quelques éléments dans ce profil qui cadrent très bien avec ce qu’on sait (par les médias) de lui par contre. J’apprécie beaucoup avoir eu accès à ces données qui posent « les premiers jalons d’une démarche permettant aux proches d’identifier certains des individus les plus à risque de s’engager dans cette descente aux enfers. » J’écris ce billet animé du même désir, mais je me pose aussi la question de ce qui peut être fait dans une école pour prévenir l’hyperviolence. Dans un autre article au Devoir, Alexandre P.-Pelletier pose de vraies questions :

« Nos jeunes possèdent-ils des outils pour exprimer leurs angoisses, leurs frustrations, leur tristesse ? Ont-ils les outils pour agir, pour construire et pour se manifester ? Ont-ils les outils pour se réaliser en dehors du cadre scolaire, ont-ils un soutien psychologique adéquat ? Qu’est-ce qui pousse un jeune à tuer, à se suicider en entraînant d’autres jeunes avec lui ?

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Quand Mme Wong aura fait son mea culpa, on pourra peut-être revenir aux choses sérieuses?

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7 Commentaires
  1. Christian 16 années Il y a

    Je pense que nous ne pourrons pas toujours faire l’économie d’une reflexion sur ce que pourrait être un système d’éducation authentiquement libéral, et donc non-violent. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que les professeurs soient un peu plus stressés par leur charge professionnelle. Mais leur but devrait être que les élèves, quant à eux, le soient un peu moins. Un chirurgien se stresse, et il est excellent si son patient, quant à lui, n’est pas du tout stressé.

  2. Photo du profil de LucPapineau
    LucPapineau 16 années Il y a

    Messieurs,
    Tout d’abord, à moins que je ne me trompe (et je suis prudent là-dessus), mais il existe un jeu vidéo basés sur les événements de Colombine. Allez tout le monde: on s’amuse à mitrailler nos camarades de classe!
    Par ailleurs, j’aimerais comprendre le sens de l’intervention de Christian.
    – qu’est-ce qu’un système d’éducation authentiquement libéral?
    – en quoi un système d’éducation authentiquement libéral serait-il non violent? — Et que veut-il dire par: «Je ne vois pas d’inconvénient à ce que les professeurs soient un peu plus stressés par leur charge professionnelle.»

  3. Photo du profil de FrancoisGuite
    FrancoisGuite 16 années Il y a

    La détresse chez les jeunes a toujours existé. Mais sans doute est-elle plus grande aujourd’hui en raison du type de vie que nous menons et de la pression que ressentent ceux qui sont plus vulnérables. Par conséquent, je crois qu’ils sont plus nombreux à éprouver de la détresse et à craquer.
    Mario pose la bonne question, à savoir qu’est-ce que les écoles peuvent faire pour prévenir la violence ? (du point de vue des jeunes, j’entends)
    Malheureusement, cela se situe au-delà des capacités d’un seul. Il revient à la collectivité d’intervenir.
    Pour apporter ma mince contribution, donc, je suggère qu’on lance la balle aux élèves et qu’on leur donne la parole au moyen de quelque chose qui ressemble à un forum ou des états généraux d’école. Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud. Par la même occasion, on pourrait traiter de l’intimidation (bullying).

  4. Photo du profil de LucPapineau
    LucPapineau 16 années Il y a

    Messieurs,
    Pour ma part, je me permets cette réflexion, peut-être fantaisiste: je trouve totalement incohérent que les CLSC ne soient pas mieux intégrés dans les écoles. Me semble qu’une école de 2 000 élèves pourrait avoir un CLSC comme annexe?
    Chose certaine, les profs sont souvent trop débordés pour porter attention aux comportements «déviants» ou dangereux de certains élèves et on perd aussi un temps fou à régler des cas de discipline qui relèvent des parents. Résultat: on ne voit pas des signaux annonciateurs de catastrophes.
    Par ailleurs, je remarque qu’on reproche souvent aux enseignants de brimer les jeunes garçons qui ont une attitude plus physique dans la cour d’école, par exemple. La limite est donc difficile à tracer.
    D’un autre part, ces jeunes ont des parents (enfin devraient avoir des parents). Moi, si mon jeune s’achetait une arme à feu, je me poserais de drôle de questions et je m’assurerais de bien l’encadrer, de l’écouter. C’est remarquable comment, au Québec, les profs refusent de responsabiliser les parents comme si on avait quelque chose à se reprocher nous-mêmes.
    Enfin, je veux juste ajuster un dernier point: Lépine, Fabrikant et Kimveer Gill n’étaient pas des enfants, mais bien des adultes.

  5. Photo du profil de MarcSt-Pierre
    MarcSt-Pierre 16 années Il y a

    « Nos jeunes possèdent-ils des outils pour exprimer leurs angoisses, leurs frustrations, leur tristesse ? Ont-ils les outils pour agir, pour construire et pour se manifester ? »
    Je vais dire les choses comme je les pense. Ce qu’on appelle ici des outils, et pour qu’ils servent aux fins qu’on voudrait, il faut forcément que ces « outils » soient des personnes. L’équation posée en ces termes, il faut plutôt se demander s’il y a des personnes de qualité qui sont disponibles pour accompagner et prendre en charge de façon significative des jeunes. Je pourrais poser la question à la façon de Camille Bouchard et vous demander si chaque jeune a, dans sa vie,aujourd’hui, au moins un adulte qui est fou de lui ? Et, dans la négative, il se passe quoi pour ce jeune ?
    Je n’ose pas parler des parents. Eux, si leurs rôles et leurs obligations changent et que les familles se reconfigurent,ce qui se conçoit bien, il reste que parents et familles avaient des fonctions sociales de « caring » à remplir et que visiblement, ils ne les remplissent plus comme avant, à tort ou à raison, sans jugement aucun. Mais qui ou quoi va prendre la relève ?
    Il reste l’école. Tous les enfants y vont, juste parce que c’est normal d’y aller, pas parce qu’ils sont blessés ou malades. Je vois l’école comme le principal « pourvoyeur » de stabilité au plan de la présence d’adultes significatifs, d’accompagnateurs engagés émotivement.
    Encore faut-il que ces adultes restent en place, avec un groupe limité d’élèves, sur une assez longue période de temps pour que se développent des relations significatives, des mentorats porteurs de sens.
    Mais quand on est là, à faire passer les enfants d’une école à l’autre, d’une classe à l’autre, avec des adultes nombreux qui changent souvent, qui est vraiment responsable de qui ? Alors qu’on devrait se corrdonner pour assurer un suivi et une continuité dans les services, ce sont trop souvent les jeunes qui tentent de coordonner les adultes autour d’eux. Et quelquefois, bien malheureusement, ces tentatives prennent des dimensions immensément tragiques.
    Oui, c’est intéressant d’avoir des « outils » pour identifier qui sont les jeunes à risque. A posteriori, quand le mal de vivre s’est installé.
    Mais il n’y a pas de substituts vraiment efficaces à la présence continue d’adultes qui nous connaissent et nous reconnaissent. Et vers lesquels on peut revenir, plus tard, et qui se souviennent. C’est Françoise Dolto qui écrivait, si justement, qu’il revenait d’agir à celui qui voyait.
    Moi, comme éducateur, qu’est-ce que je fais quand je vois la misère?

  6. Photo du profil de MarcSt-Pierre
    MarcSt-Pierre 16 années Il y a

    Ha oui, j’oubliais celle-là, pour M. Papineau: il existe des modèles de collaboration école-communauté qui marchent fort. Dans certains programmes, développés localement, par des gens qui veulent travailer ensemble, il y des intervenants de CLSC (maintenant fusionnés aux CSSS) qui sont sont basés dans les écoles. L’école est un lieu d’intégration de service. L’école et le CLSC, pour certains types de services, finissent, du point de vue de l’usager, par ne faire qu’un.
    Mais je vous voulais surtout vous dire que: « Moi, si mon jeune s’achetait une arme à feu », je lui enlèverais… ; )

  7. Photo du profil de LucPapineau
    LucPapineau 16 années Il y a

    M. Saint-Pierre,
    Tout d’abord, content de savoir qu’il y a des liens étroits entre certaines écoles et des CLSC, mais je me demande s’il s’agit de la règle ou de l’exception.
    Par ailleurs, si mon jeune s’achetait une arme à feu, je lui parlerais et je l’écouterais avant de me livrer à quelque action que ce soit. Il me semble que c’est logique de l’écouter avant d’agir. On les écoute assez peu, les jeunes parfois. Je pense à ce documentaire de Michael Moore où l’on demande à Marilyn Manson ce qu’il dirait à son enfant s’il avait une arme. Ce suppôt de Satan avait répondu: «Je ne lui parlerais pas, je l’écouterais…»
    Après ce dialogue, je verrais. S’il aime la chasse , par exemple, c’est une réalité. J’ai connu aussi des amateurs de tir qui ne sont pas des maudits malades. Alors, je parlerais avant d’agir. Sauf que ses raisons d’en posséder une sont mieux d’être bonnes en titi…
    Pour en revenir au propos de votre billet, règle générale, à l’école, les profs ouverts aux élèves sont souvent sollicités ou débordés par plein de tâches administratives et d’horaires bêtes. J’ai souvent été là pour les enfants, j’en ai fait un burn out et il a fallu que je me batte avec ma CS pour m’assurer que je revienne au travail en bonne santé. Où est la logique? Oui à être des modèles et des personnes signifiantes, mais encore faut-il que le système nous laisse un peu de marge pour y arriver sans le faire au détriment de notre propre équilibre.
    Comme père pas permanent (la traditionnelle fin de semaine sur deux), il a fallu que j’apprenne à faire des efforts et à tisser des liens avec ma fille que je voyais parfois moins souvent que mes propres élèves. Ça demande des efforts, des remises en question, du temps. J’ai sué et j’ai appris. ce n’est pas parfait, mais aujourd’hui le lien est solide et sain.
    Loin de moi de vouloir jeter la pierre, mais il faudrait que les parents se responsabilent un peu plus et qu’ils arrêtent de se défendre en affirmant qu’on veut les culpabiliser. On dirait de grands enfants, parfois pire que leurs rejetons…
    La société demande sans cesse à l’école. Elle doit se redéfinir, accepter, tolérer, comprendre, aimer… et éduquer. Quelqu’un peut-il prendre le relais avant que celle-ci soit trop épuisée?
    Je terminerai avec cette anecdote. Une élève de mon école était en maison de jeunes l’année dernière. Si elle obtenait son DES, elle n’avait plus droit à ce service (hébergement, travailleuse sociale, psycholgue) alors qu’elle avait grandement besoin. Quel incitatif à la réussite scolaire, vous en conviendrez! Le MSSS et le MELSauraient gagné à se parler dans des cas semblables, ne trouvez-vous pas?

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